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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Edouard Drumont, le chantre de l'antisémitisme dans la France de la fin du 19e siècle

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Edouard Drumont.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Agrandissement - Zoom

Titre : Edouard Drumont.

Auteur : Pierre PETIT (1832-1909)
Technique et autres indications : Épreuve sur papier albuminé.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 99-023812 / Pho1983-165-546-254

  Contexte historique

Édouard Drumont, un homme de son temps ?

La photographie de Pierre Petit appartient à la célèbre collection Félix Potin. Ce précurseur dans le domaine de la grande distribution se proposait d’offrir à ses clients en échange de leurs achats une image d’un personnage renommé dans les domaines politique, culturel, artistique ou sportif. Il mena cette opération en deux étapes : une première série de 510 photographies en 1885 et une autre en 1907. Cette image doit appartenir à la seconde collection, car Drumont, né en 1844, y semble plus proche de soixante ans que de quarante. En outre, en 1885, il n’a pas encore publié son ouvrage phare, La France juive, essai d’histoire contemporaine, qui ne paraîtra qu’en 1886.

C’est grâce à l’affirmation d’un antisémitisme virulent qu’Édouard Drumont acquiert une forte notoriété dans la France de la fin du XIXe siècle. En plus du best-seller qu’a constitué La France juive (65 000 exemplaires vendus en un an), Drumont en publie une version illustrée en 1887 et crée en 1892 un journal d’opinion, ouvertement antisémite, La Libre Parole. Cette mise au pilori des juifs sera portée à son paroxysme lors de l’affaire Dreyfus (1894/1906) par Drumont et par beaucoup d’autres tels Maurras ou Barrès. Ce corpus idéologique s’appuie également sur un antiparlementarisme forcené et sur un rejet de la république opportuniste et parlementaire. La Libre Parole sera d’ailleurs à l’origine du scandale politico-financier du canal de Panamá (1892), où seront impliquées des personnalités comme Clemenceau ou Albert Grévy (frère de l’ancien président).

Édouard Drumont s’inscrit donc dans un mouvement d’extrême droite antisémite et antirépublicain, non majoritaire à l’époque, mais fortement actif dans la vie publique. Loin d’être un individu isolé et dépourvu de soutiens, il fut un homme de son temps.

  Analyse de l'image

Drumont ou l’image du « vieux sage »

On peut s’intéresser en premier lieu au cadre de cette photographie. Le format des images distribuées par les enseignes Félix Potin est standard (7,5 cm par 4 cm). Conscients de l’avenir radieux qui s’offre à la grande distribution, les responsables de Félix Potin veulent se démarquer de la concurrence en offrant des photographies à leurs clients. Le nom de la marque apparaît donc de manière claire au-dessus de l’image. Le procédé publicitaire est évident : faire connaître l’enseigne et inciter les clients à compléter leur collection. La société de consommation naissante au début du XXe siècle invente la réclame, sans que l’on puisse encore parler de marketing. Les personnages représentés doivent avoir une certaine renommée, voire un certain coefficient de sympathie chez les potentiels clients de la marque.

Quant au contenu de la photographie, il tranche avec l’image traditionnelle de Drumont, « le bouffeur de juifs ». En 1907, son influence dans la société tend à décliner. Pierre Petit a représenté un homme ayant participé à des luttes politiques et idéologiques fortes, mais ne se trouvant plus au cœur de l’actualité. Le buste droit, les bras croisés, la tête haute et le regard fixé sur l’objectif donnent à ce personnage, pris en plan américain, une allure sévère, voire quelque peu rigide. Cette impression est atténuée par quatre éléments importants : l’âge de l’individu, qui flirte avec les soixante ans, le sourire bonhomme, les lunettes et la barbe imposante, grisonnante, qui confèrent à Drumont l’image d’un sage. Il a été écrivain, journaliste, député d’Alger de 1898 à 1902, ses idées, quoique extrémistes, ont été partagées par des millions de Français. Plus que le tribun antisémite, c’est l’homme d’expérience que l’on met ici en valeur.

  Interprétation

Une volonté de respectabilité

Né dans les années 1830, Pierre Petit devient très vite un photographe reconnu du Tout-Paris. Il réalise à partir de 1862 plus de 25 000 portraits d’ecclésiastiques et gagne le titre de « photographe de l’épiscopat ». Il est ensuite nommé, sous le Second Empire, photographe officiel de l’Exposition universelle de Paris en 1867. Enfin, il est envoyé à New York au début des années 1880 pour rendre compte de l’avancement de l’installation de la statue de la Liberté. Il s’agit donc d’un photographe confirmé, moralement reconnu, dont l’image positive rejaillit sur le modèle.

Rien dans cette photographie n’évoque les excès verbaux, les insultes directes proférées par Drumont dans La France juive ou dans La Libre Parole. Édouard Drumont veut rappeler qu’il a été, certes un polémiste violent, mais également un député de la République puisqu’il a été élu à Alger de 1898 à 1902, au moment où son implication politique était la plus affirmée. Il est vrai que toutes les villes de la colonie algérienne étaient à l’époque fortement marquées par des émeutes antisémites. En témoignent les deux assassinats et la centaine de blessés dans les émeutes de Bab el-Oued en janvier 1898.

Édouard Drumont est parvenu à imposer les théories antisémites dans la France de la Belle Époque, où cette posture idéologique ne rencontre pas un rejet global. La liberté d’expression est quasi totale, ce personnage peut donc être utilisé comme un produit d’appel publicitaire par le groupe Félix Potin. Pour les responsables de la marque, sa renommée en fait un homme respectable, qui a le droit de faire partie de ce catalogue des célébrités de la France de la Belle Époque.

Auteur : Vincent DOUMERC


Bibliographie

  • Pierre BIRNBAUM, Le Moment antisémite, Paris, Fayard, 1998.
  • Jean-Denis BREDIN, L’Affaire, Paris, Julliard, 1993.
  • Geneviève DERMENJIAN, La Crise antijuive oranaise (1895-1905). L’antisémitisme dans l’Algérie coloniale, Paris, L’Harmattan, 1986.
  • Jean-Marie MAYEUR, La Vie politique sous la IIIe République, Paris, Le Seuil, 1984.
  • Michel WINOCK, Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Paris, Le Seuil, 1982 (rééd. 2004).

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