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La mobilisation à l'arrière : Juan Gris et le « retour à l'ordre »

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Le Tourangeau.

© Photo CNAC/MNAM Dist. RMN-Grand Palais - © Droits réservés

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Titre : Le Tourangeau.

Auteur : Juan GRIS (1887-1927)
Date de création : 1918
Dimensions : Hauteur 100 cm - Largeur 65 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée national d'Art moderne - Centre Pompidou (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 49-000737 / AM3976P

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  Contexte historique

La mobilisation à l’arrière

Après le nationalisme et le patriotisme exacerbés qui exprimèrent leur adhésion idéologique à la guerre contre l’Allemagne, l’enlisement du conflit conduisit les populations civiles à donner une autre forme à l’effort de guerre. L’« Union sacrée », pour opposer un front commun à l’ennemi, devait être plus qu’un état d’esprit et s’exprimer dans des actes. Chacun devait supporter avec fermeté les restrictions multiples, aider les poilus et travailler à la victoire de la France en produisant de la nourriture, des équipements militaires ou en apportant son soutien intellectuel à la cause de la France.
À leur manière, les artistes manifestèrent eux aussi leur engagement : la révolte, la subversion artistique qui caractérisaient les avant-gardes au début du XXe siècle, laissèrent place à une volonté de classicisme, de retour à la tradition française dans les sujets et les formes stylistiques.
Ainsi Juan Gris, établi en Touraine dans le village natal de sa femme Josette pendant une partie de la guerre, modifia-t-il sa manière de peindre et son iconographie dans ce sens. Des œuvres comme Femme à la mandoline d’après Corot, Le Meunier ou Le Tourangeau témoignent de ce changement d’orientation.

  Analyse de l'image

Une sobriété et une stabilité nouvelles

Le Tourangeau représente un homme assis à une table dans un intérieur devant un journal, un verre, une bouteille de vin et une pipe. Par sa sobriété, cette œuvre contraste beaucoup avec les peintures et les collages réalisés par Juan Gris avant la guerre : la composition est simple, limitée à une figure et quelques objets disposés selon deux plans bien différenciés ; les formes sont simplifiées géométriquement et bien délimitées par les aplats colorés ; les couleurs sont réduites à un camaïeu de noir et gris rehaussé de quelques plages de bleu, de blanc et de brun. Les tableaux de 1912-1914 paraissent, en comparaison, bien plus complexes avec leur coloris riche et éclatant, leurs sujets plus fournis et leur fragmentation formelle. Les plans et les objets s’y imbriquent sous l’action de lignes horizontales, verticales ou obliques qui pénètrent les objets et les déforment.
Dans Le Tourangeau, au contraire, les formes, pleines et fermées, sont facilement lisibles ; stables et pesantes, elles sont bien ancrées dans la figuration, alignées sur des verticales ou des obliques qui les relient entre elles, telles la ligne qui suit le bord de la porte et rejoint la bouteille ou la diagonale du journal qui se poursuit dans les boutons et se termine dans l’embrasure de la porte. Des rimes visuelles consolident cette cohésion structurelle et renforcent l’unité de l’œuvre : le motif des points par exemple se répète dans la toile. La réitération des formes à angle droit, tout en participant à cette harmonisation, affermit également la composition.

L’iconographie elle-même est inédite pour Juan Gris : la représentation de paysans est particulière à cette période de son œuvre. Parce qu’aucun trait ne permet d’individualiser le personnage, cette toile semble moins figurer un modèle que l’archétype du paysan de Touraine. Cette impression est accentuée par les couleurs empruntées aux combinaisons chromatiques de l’architecture traditionnelle de la région : le gris de l’ardoise, le brun des tuiles, le gris clair et l’ocre des murs… Le choix même de ces accords colorés souligne la recherche de permanence, de stabilité dans l’œuvre : Gris suggère ainsi une équivalence avec les constructions de Touraine, avec les surfaces pérennes visibles autour de lui.

  Interprétation

[Interprétation] Exprimer son engagement par des moyens plastiques

Ce changement de style et d’iconographie est particulièrement représentatif de l’idéologie qui a imprégné la société française pendant la guerre de 1914-1918 : elle a idéalisé un passé plus ou moins proche où s’illustraient exactement les valeurs de grandeur, de permanence, de stabilité dont la privait cette période de rupture, d’incertitude et de difficulté.

La clarté et l’équilibre recherchés dans cette toile renvoient à la tradition picturale classique, tandis que la figure archétypale du paysan poursuit cette référence au passé en signifiant l’éternel, le constant. Plus particulièrement, le travailleur de la terre, associé à une certaine intemporalité, se présente ainsi comme une image de la force tranquille, de la solidité, autant de notions traduites par les signes de force physique du personnage – mains larges, corps dense –, le rendu ferme des formes et la composition très structurée. Le paysan peut également être vu comme une métaphore de la terre natale pour laquelle les soldats se battent et un rappel de la surreprésentation de cette population parmi les poilus.

Cet accent sur le passé français et cette adhésion aux valeurs mises en avant par l’« Union sacrée » ont été pour Gris une manière de montrer son engagement pour la France. Sa situation d’étranger et d’homme non mobilisé était en effet très délicate en ces temps de patriotisme exacerbé. Ce changement d’orientation a été pour lui un moyen, conscient ou inconscient, de participer à l’effort de guerre.

Auteur : Claire LE THOMAS


Bibliographie

  • Stéphane AUDOIN-ROUZEAU et Annette BECKER, 14-18, retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000.
  • Nicolas CENDO et Véronique SERRANO (dir.), Juan Gris, peintures et dessins, 1887-1927, catalogue de l’exposition du musée Cantini de Marseille, 17 septembre 1998-3 janvier 1999, Marseille-Paris, Musées de Marseille-R.M.N., 1998.
  • Christopher GREEN, Juan Gris, catalogue de l’exposition de la Whitechapel Art Gallery de Londres, 18 septembre-29 novembre 1992, Londres-New Haven, Yale University Press, 1992.
  • Kenneth E. SILVER, Vers le retour à l’ordre. L’avant-garde parisienne et la Première Guerre mondiale, 1914-1925, Paris, Flammarion, 1991.

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