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Promenades aériennes

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Promenades aériennes.

© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi

Agrandissement - Zoom

Titre : Promenades aériennes.

Auteur : Louis GARNERAY (1783-1857)
Date représentée : 2 août 1817
Dimensions : Hauteur 34.5 cm - Largeur 49 cm
Technique et autres indications : Taille douce.
Gravé par Lerouge (graveur), édité par Ch. Bance à Paris
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-509695 / 67.44.1 D

  Contexte historique

La folie Beaujon

Nicolas Beaujon (1708-1786), banquier à la cour de Louis XVI fait construire une folie entre le faubourg Saint-Honoré et les Champs-Elysées. Le pavillon en briques avec des jeux de miroirs est conçu par l’architecte Nicolas-Claude Girardin et le Moulin-Jôli est bâti par Pâris en 1786. Sous le Directoire, la propriété devient un lieu de distraction avec des cabarets, des attractions et des boutiques. En 1801, le parc d’attractions est dirigé par l’aîné des frères Ruggieri, entrepreneurs de feux d’artifices et il présente les montagnes françaises (ancêtres des montagnes russes). Le décor était dans le goût de l’époque avec un penchant pour le modèle antique et médiéval. Honoré de Balzac achète en 1846 les dépendances de la chartreuse de Beaujon, où il meurt le 18 août 1850.
Le lieu sera abandonné jusqu’en 1874 quand la veuve de Salomon Rothschild, la baronne Adèle rase tout pour y construire un hôtel particulier dans le style louis XVI. Cet hôtel abrite aujourd’hui le Centre National de la Photographie.

  Analyse de l'image

Visite royale

L’auteur de cette gravure, Ambroise Louis Garneray (1783-1857), est peintre, dessinateur et graveur, il connaît une vie d’aventurier : peintre de la Marine, corsaire avec Surcouf et Dutertre, il est aussi écrivain, précurseur du roman d'aventure maritime. Il appartient au mouvement romantique de son époque.
Le titre indique : Promenades Aériennes, Jardin Baujon. Honoré de la Présence de Sa Majesté, le 2 Août 1817.
Il s’agit effectivement d’une promenade aérienne, l’ancêtre des montagnes russes. Cette attraction possède un rail qui se divise en deux. Les passagers embarquent au bas de la montée centrale, dans d’élégantes voitures à trois roues et ils redescendent ensuite les deux rails latéraux, incurvés avant de revenir au point de départ. Les wagonnets peuvent alors atteindre prés de 60 km/h.
Comme le texte l’évoque, Louis XVIII est venu se divertir dans ce jardin. A peine sorti de son carrosse, accompagné par sa garde à cheval, il découvre l’impressionnante attraction. Cet événement mémorable a été, comme le texte le précise, Dessiné d’après nature par L. Garneray, gravé par Lerouge et vendu comme souvenir : A Paris au Jardin Baujon et chez Ch. Bance, Rue J.J. Rousseau.
Le public élégant de riches bourgeois et d’aristocrates déambule au premier plan, s’affiche en famille ou en couple. Les femmes ont des robes ceintes sous la poitrine, selon la mode de la Restauration. Deux personnages sont coiffés d’un bandeau comme pourraient l’être des Turcs. En bas, un couple se présente au guichet, prêt à embarquer pour la promenade aérienne. A l’extrême droite, la présence d’un café, avec un serveur apportant des boissons à un couple assis, atteste de la fonction purement délassante de ce lieu. Le parc est aménagé dans un seul souci de plaisir et de distraction.
Au fond, à droite, le Moulin Joli, véritable moulin, au fût en brique, de style néogothique, est situé sur une éminence. Les ailes entraînent une pompe à eau alimentant des cascades. Les moulins sont alors familiers dans le paysage parisien, présents aux portes de la capitale, ils servent alors comme ceux de la butte Montmartre, aussi bien à broyer le grain, la pierre, le plâtre ou les oignons. Certains ont traversé le temps comme la moulin de la galette ou le moulin Rouge.

  Interprétation

L’avènement des amuseurs professionnels

L’histoire des montagnes russes est exemplaire de celle des loisirs :
« La ramasse » est initialement une pratique populaire consistant à descendre les montagnes savoyardes sur des traîneaux glissant sur des fagots et provoquant une sensation nouvelle de vitesse. Avec l’occupation de Paris par les Russes en 1815, les Français redécouvrent le divertissement consistant à descendre une pente dans un wagonnet glissant sur des rails. Prés de sept établissements dans ce genre sont construits : les Montagnes françaises, le Delta, les Montagnes de Belleville, les Montagnes américaines, lilliputiennes, suisses et égyptiennes. A partir de 1850, ces parcs d’attractions, inspirés des lieux réservés à la distraction des aristocrates, sont payants et s’adressent alors aux bourgeois. La phase de vulgarisation permet aux « Montagnes russes » de rester et de structurer le parc d’attractions, comme c’est encore aujourd’hui le cas au Tivoli de Copenhague ouvert en 1845. A Paris, Joseph Oller, inventeur du PMU, propriétaire du Moulin Rouge, fait construire en 1887 des montagnes russes avec un rail de 200 mètres traçant un double huit. Elles se perfectionnent, deviennent des grands huit et, au seuil du XXe siècle sont conçues de façon à pouvoir être montées et démontées rapidement. C’est au même moment que le cirque commence à voyager sous de grands chapiteaux, où la gastronomie, lors des repas de mariage, pénètre dans les milieux populaires. Les foires jusqu’alors tournées vers le commerce et le divertissement, se spécialisent pour devenir, sous le Second Empire, des parcs d’attractions itinérants : les fêtes foraines.

Auteur : Valérie RANSON-ENGUIALE


Bibliographie

  • Alain CORBIN, L’avènement des loisirs 1850-1960, Paris, Flammarion 2001.
  • Zeev GOURARIER, Il était une fois la fête foraine... de A à Z, de 1850 à 1950, exposition à la Grande Halle de la Villette, 18 septembre 1995-14 janvier 1996. Paris, éditions RMN, 1995.

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