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Cosette.

© Photo RMN-Grand Palais - Bulloz

Agrandissement - Zoom

Titre : Cosette.

Auteur : Emile Antoine BAYARD (1837-1891)
Dimensions : Hauteur 44.5 cm - Largeur 27 cm
Technique et autres indications : Fusain ; pastel.
Lieu de Conservation : Maison de Victor Hugo (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-008876 / Dessins

  Contexte historique

Comme Hector Malot, Eugène Sue ou Alphonse Daudet, Victor Hugo s’est beaucoup préoccupé, dans ses romans qui se fondent souvent sur des faits-divers relatés dans la presse, des enfants malheureux et de leur exploitation par des ravisseurs ou des nourrices sans scrupules. Mais Cosette, contrairement à Gavroche ou à L’Homme qui rit, n’est pas qu’une description littéraire. Elle a, depuis plus d’un siècle, les traits du personnage dessiné par Émile-Antoine Bayard, artiste qui illustra de nombreuses publications de Louis Hachette, notamment celles de la Bibliothèque rose. La gravure est, en effet, continuellement reproduite, à l’identique ou détourée comme sur l’affiche réalisée pour la mise en scène théâtrale des Misérables — par Robert Hossein — où le buste de Cosette est imprimé sur fond de drapeau tricolore.

  Analyse de l'image

Pourquoi, parmi tant d’images de Cosette est-ce celle d’Émile-Antoine Bayard qui s’est imposée au point de devenir un logo capable d’exprimer toute la misère juvénile ?
La fillette, debout au centre de la composition, est seule, dans un espace crépusculaire, donc à une heure tardive où, d’ordinaire, les mineurs sont rentrés. La porte close et les grilles à la fenêtre, soulignent l’enferment dehors. La fille de Fantine se tient debout, pieds nus dans les flaques d’eau et couverte de haillons. Son regard vide trahit la solitude et la souffrance. L’épaule dénudée laisse deviner la violence physique que la famille d’accueil, les Thénardier, exerce sur ce frêle personnage. Elle force aussi le lecteur/spectateur à regarder attentivement les vêtements déchirés et à comprendre que le long jupon et le corsage, ne sont pas ceux d’une petite fille mais d’une adulte. Or, cet habit de femme, voire de prostituée, s’oppose totalement à la candeur du visage, avec la frange puérile et le chapeau trop petit pour contenir la chevelure, juste là pour arrondir et adoucir le minois, pour en renforcer l’innocence. Afin d’émouvoir plus encore le destinataire, les deux seuls accessoires placés dans le cadre sont géants : le balai est deux fois plus grand que Cosette et le seau, colossal et rempli d’eau, ne semble pas pouvoir être porté.

  Interprétation

En France, jusqu’à la fin des années 1870, date à laquelle les premières crèches sont ouvertes, les femmes qui travaillent n’ont pas de mode de garde et sont obligées de recourir à une « gardienne » ou à une « soigneuse ». Quand le bébé est chétif, ou que sa mère, telle Fantine, est célibataire, il est confié à un meneur. Celui-ci le place à la campagne, chez une nourrice qui voit souvent dans cette fonction un simple complément de ressources. Dans ce foyer, les conditions de salubrité et de sécurité sont généralement médiocres. Certaines femmes administrent aux nouveaux-nés de fortes doses de thériaque ou d'alcool pour qu’ils dorment continuellement, pour pouvoir les laisser seuls et vaquer à une autre activité. Lorsque la mère décède, abandonne son enfant ou se trouve dans une ville trop éloignée pour pouvoir le visiter régulièrement tout peut arriver : les bambins sont à peine nourris et mal vêtus ; dès que possible, ils travaillent jusqu’à quinze heures par jour, sans repos hebdomadaire ; ils sont frappés sous le motif le plus futile. Lorsque personne n’est venu les rechercher, à l’adolescence, la famille d’accueil a tous les droits sur eux : les filles sont parfois forcées par leur nourrice marâtre de se prostituer, telle Fleur de Marie dans Les Mystères de Paris ; dès seize ans, les garçons peuvent être présentés, au tirage au sort de la milice, en remplacement d’un fils, d’un frère ou d’un neveu vivant au domicile. Beaucoup de jeunes, ne supportant pas la condition qui leur est faite, s’enfuient et vont renforcer les bandes de mineurs délinquants.
Mais, tout au long du XIXe siècle, les enfants placés ne sont pas les seuls à être maltraités. Comme l’ont expliqué dans leurs mémoires plusieurs compagnons, d’Agricol Perdiguier à Norbert Truquin en passant par Martin Nadaud, le sort réservé aux apprentis n’est guère plus enviable. Eux aussi sont sous alimentés et disputés par la maîtresse de maison déjà épuisée par ses propres enfants. Eux aussi sont fréquemment battus par des maîtres qui les forcent à travailler sans relâche dans les périodes de plein emploi, quelquefois à boire avec eux lorsque l’ouvrage manque.
Quant aux enfants trouvés, comme par le passé, ils continuent d’être placés chez des agriculteurs ou des industriels où ils fournissent une main d’œuvre à bon marché, et s’ils ne donnent pas entière satisfaction, à aller peupler les toutes nouvelles colonies agricoles de Mettray, de Saint-Ilan ou de Citeaux, lesquelles s’apparentent plus à des bagnes qu’à des familles de substitution et des lieux d’éducation.

Auteur : Myriam TSIKOUNAS


Bibliographie

  • Nadaud MARTIN, Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon, éd. commentée par Maurice Agulhon, Paris, Hachette, 1976 (rééd. commentée par Jean-Pierre Rioux).
  • Pierre PIERRARD, Enfants et jeunes ouvriers en France (XIXe-XXe siècles),, Paris éd. Ouvrières, 1974 (rééd. 1987).
  • Jean SANDRIN, Enfants trouvés, enfants ouvriers (17e-19e siècles), Paris, Aubier, coll. « Floréal », 1982, 255 p.
  • Norbert TRUQUIN, Mémoires et aventures d’un prolétaire à travers la révolution, 1888, rééd. Paris, Maspero, 1977.

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