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La crinoline dans tous ses états

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La décadence de la crinoline.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

Agrandissement - Zoom

Titre : La décadence de la crinoline.

Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 46.6 cm - Largeur 36.6 cm
Technique et autres indications : Lithographie coloriée produite à Wissembourg.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-509604 / 53.86.4877 D

  Contexte historique

Sous le Second Empire, les jupons superposés (jusqu’à six ou sept) laissent place au jupon à cerceaux, avatar de la crinoline. Mais cette nouvelle crinoline est beaucoup plus élaborée techniquement que le vertugadin du XVIe siècle et nettement plus légère que les paniers du XVIIIe. Le jupon est structuré par plusieurs cerceaux métalliques souples, cousus dans le tissu ou accrochés autour de la taille par un système de cordons. Dessus, on enfile la robe « à deux ou trois jupes », alourdie de drapés. Le retour de la mode de la crinoline vers 1855 apporte aux femmes un nouveau bien-être. Elles ne sont plus entravées dans leurs mouvements par d’innombrables jupons et peuvent au moins remuer les jambes librement sous leur cage métallique. Mais, à l’usage, la crinoline se révèle porteuse d’autres menaces. Elle devient alors un sujet d’étude pour les caricaturistes.

  Analyse de l'image

Œuvre d’un caricaturiste anonyme, cette lithographie du Second Empire est exemplaire de ce que les journaux proposaient alors couramment à leurs lecteurs. Son auteur ouvre cette suite de scènes sur le « Dernier triomphe de la crinoline » où il montre une femme vêtue d’une robe imposante et une petite fille habillée elle aussi de jupons à crinoline et de culottes. Dans la dernière vignette, « La crinoline définitivement chassée par la mode du Ier Empire », il oppose frontalement cette mode vestimentaire à celle qui, en partie, la supplantera. Ces deux vignettes fonctionnent ainsi comme les première et quatrième de couverture de l’œuvre, mais elles établissent aussi une chronologie, les vignettes intermédiaires ayant pour rôle d’annoncer, sur le ton de la satire, la disparition de la crinoline.
Le dessinateur se moque d’abord de ce vêtement élitiste en le faisant porter par des hommes, qui s’en sont affublés pour le carnaval, ou par une jeune fille noire surnommée « Boule de neige » symbolique de la classe sociale la plus basse. Il s’amuse avec la forme de la crinoline, qui concurrencerait celle du dromadaire, puis pointe quelques risques inhérents à son volume : en pareille tenue, difficile de monter dans une diligence sans encombrer la voie publique et s’attirer les remontrances d’un gendarme. En outre, ce fardeau peut facilement s’enflammer, ce qui nécessiterait l’intervention des pompiers. La disparition annoncée de la crinoline l’amène ensuite à en imaginer le « recyclage » : abandonnées sur la voie publique, les crinolines sont utilisées par des paysans comme épouvantail ou bradées à la pesée. Enfin, le caricaturiste ne manque pas de relever l’ambiguïté de cette tenue : le diable lui-même s’habille en crinoline ou attise le feu sous la jupe. Garante d’une conduite irréprochable, véritable enceinte dressée autour de la femme, elle est aussi à l’évidence un instrument de séduction. « La crinoline est impertinente, écrit un chroniqueur. Impertinente par sa taille, par ce défi monstrueux contre l’homme. À celui qui s’approche la crinoline semble dire : « Voulez-vous bien descendre de ce trottoir ou allez-vous avoir l’audace de me frôler en passant, de vous serrer contre moi ? » »

  Interprétation

Du jeu visuel au détournement, de l’observation critique au jugement moral, d’événements réalistes à des situations imaginaires, la charge met en relief certains comportements de la bourgeoisie du Second Empire à travers la mise en scène du vêtement féminin le plus symbolique du régime. Les critiques contre la crinoline existent, relayées par des femmes opposées à ces tenues bouffantes : « Les jupes d’une ampleur modérée étaient désirées par quelques femmes réellement bien faites, mais la majorité des tailles défectueuses l’a emporté (T. de Beutzen, « La mode », in L’Illustration, 16 juin 1860). » Les caricatures de Cham, de Bertall, de Daumier, transforment les robes « trop » larges en autant de fardeaux : robes qui heurtent les passants, brûlent au contact des cheminées, se prennent sous les roues des véhicules. L’artifice « contraignant » se maintient pourtant encore dans les années 1860, favorisant un profil décoratif et figé, alors que l’enjeu porte sur les formes autant que sur la liberté.

La crinoline suscite donc la polémique. On débat de ses vertus, de ses dangers, de son hypocrisie. Elle subira plusieurs modifications, et sa vogue durera environ une quinzaine d’années. Symbole des fastes du Second Empire, elle s’effondrera avec lui. La République, elle, ne jure que par le fameux « cul de Paris », accessoire appelé aussi « tournure », qui consiste en un rembourrage porté sous la robe au bas du dos.

Auteur : Julien NEUTRES


Bibliographie

  • François-Marie GRAU, Histoire du costume, Paris, P.U.F., 1999.
  • James LAVER, Histoire de la mode et du costume, Paris, Thames & Hudson, 2003.
  • Michelle PERROT et Geneviève FRAISSE (dir.), Histoire des femmes en Occident, tome IV, « Le XIXe siècle », Paris, Plon, 1991.
  • Georges VIGARELLO, Histoire de la beauté, Paris, Le Seuil, 2004.

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