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Paysage dévasté aux environs de l'Ailette et du mont des Singes (Picardie).

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais - Photographe inconnu

Agrandissement - Zoom

Titre : Paysage dévasté aux environs de l'Ailette et du mont des Singes (Picardie).

Auteur : ANONYME
Date de création : 1917
Date représentée : 1917
Dimensions : Hauteur 6 cm - Largeur 13 cm
Technique et autres indications : Epreuve argentique.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-533922 / 2005.30.20

  Contexte historique

Un site labouré et retourné par la Grande Guerre

Le cliché présenté montre de façon très brute les conséquences des combats qui eurent lieu sur le Chemin des Dames entre 1914 et 1918. Tout ce dont dispose l’observateur, c’est la vue des dégâts colossaux perpétrés à l’encontre de ce qui fut certainement la forêt de Pinon, touffue et giboyeuse. Le cliché date de 1917, année de l’offensive Nivelle, mais ces destructions sont aussi le résultat d’une accumulation : le Mont des Singes fut un lieu battu et rebattu par les belligérants. Ainsi, au lendemain de la bataille de la Marne, la tentative de poursuite des divisions allemandes par les Français et le Anglais débouche sur de violentes contre-attaques allemandes dans le secteur. Le front se stabilise fin 1914-début 1915, et sa ligne passe alors tout près du Mont des Singes. L’endroit se trouve ensuite au cœur de l’offensive française du printemps 1917 : sis à moins de quinze kilomètres de Soissons, et à quelque quatre kilomètres au nord du tristement célèbre Moulin de Laffaux, il est sur le chemin qui mène les troupes du françaises jusqu’à Laon (du moins selon la lettre des plans du 16 avril). Enfin, la reprise de la guerre de mouvement à compter du printemps 1918 ajoute encore aux traumatismes subis, avec les dernières offensives allemandes, puis alliées. Du fait des pilonnages intensifs ayant accompagné cette succession de combats, et notamment les batailles de 1917 et 1918, le site se trouve bouleversé.

  Analyse de l'image

Comment les hommes détruisent la forêt

Le degré de dévastation observable sur la photographie est comparable à celui produit par un ouragan de forte intensité. Les témoignages, de paysans surtout, disent souvent le sentiment de gâchis éprouvé en face des outrages inouïs subis par les terres fertiles de Picardie ou de Champagne. Pour ce qui touche au lieu étudié ici, le décor des environs de Laffaux dans l’immédiat après-guerre a été campé d’après des informations de visu par Roland Dorgelès. Les mots choisis par l’écrivain concordent de façon saisissante avec la photographie prise au Mont des Singes, au vrai tout proche : « un grand ravin se creusait là, ses pentes recouvertes d’arbres dont la plupart étaient réduits à un moignon, ou bien déracinés et couchés de leur long dans les broussailles. Les gaz en avaient empoisonné beaucoup, tous les sapins étaient morts » (R. Dorgelès, Le réveil des morts, p. 29). Les moyens employés pour arriver à ce résultat sont d’une puissance jamais égalée à l’époque, et forment un franchissement de seuil anthropologique dans l’histoire longue des formes de la violence de guerre. Car l’image ne doit pas égarer l’observateur : les cibles ici, furent bien des hommes et non des arbres. Certes, il n’y a aucune trace visible des combattants ayant été présents sur le site ou à proximité, mais leur présence est au-delà du probable. Comme en filigrane du cliché, ils lui confèrent une épaisseur humaine et un poids émotionnel troublant.

  Interprétation

De la désolation à la Reconstruction

Ce paysage de guerre, théâtre des combats, demeure inchangé quand le fracas des armes cesse. Il s’intègre alors dans un ensemble douloureusement à l’unisson de ruines d’habitations, de routes éventrées, de champs et vergers anéantis. Fin 1918, sur le Chemin des Dames comme dans les autres endroits les plus éprouvés du front, le temps des hostilités laisse place à celui de la reconstruction. L’ampleur des dégâts est incommensurable, et vaut au secteur baigné par l’Ailette entre Laffaux et Berry-au-Bac d’être classé, plus ou moins durablement, en « zone rouge ». Cette dénomination administrative repose sur des critères d’appréciation visuels, un peu sur le modèle des échelles de Richter pour les séismes ou de Beaufort pour le vent. Les communes ou particuliers sinistrées se voient ainsi ouvrir un droit à indemnisation, ainsi que des moyens pour réhabiliter les espaces endommagés. Mais, malgré des années d’un travail opiniâtre, les lieux les plus meurtris par la guerre conserveront à jamais les stigmates de l’épreuve vécue. De nos jours, l’absence sur le Chemin des dames d’un patrimoine médiéval tel qu’en possèdent les autres régions françaises réitère, au même titre que ces bouts d’obus et de barbelés que l’on trouve en quantité dans les champs et forêts, le récit des souffrances endurées là entre 1914 et 1918.

Auteur : François BOULOC


Bibliographie

  • Denis DEFENTE (dir.), Le Chemin des dames, 1914-1918, Paris, Somogy, 2003.
  • Roland DORGELES, Le réveil des morts, Paris, Albin Michel, 1923.
  • René Gustave NOBECOURT, Les fantassins du chemin des dames, Paris, Robert Laffont, 1965.
  • Nicolas OFFENSTADT (dir.), Le Chemin des dames, de l’événement à la mémoire, Paris, Stock, 2004.
  • Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

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