© BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais © Archives Serkis © Droits réservés
Titre : Peter Lorre dans le film "M le maudit".
Date de création : 1931
Lieu de Conservation : Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz (BPK) (Berlin (Allemagne)) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-512601
Le fait divers comme source d’inspiration
En 1931, le célèbre cinéaste allemand (d’origine autrichienne) Fritz Lang réalise M le Maudit, son premier film parlant. Produit par la Nero-Film, ce projet plus modeste que ses grandes œuvres de la décennie précédente, Le Docteur Mabuse et Metropolis, est inspiré par l’affaire d’un tueur en série, le « vampire de Düsseldorf », alias Peter Kürten, qui a défrayé la chronique un an plus tôt après avoir assassiné plusieurs enfants, et dont Thea von Harbou a tiré un scénario. Le rôle du tueur est confié à l’acteur d’origine hongroise Peter Lorre qui s’est fait un nom quelque temps auparavant sur les scènes berlinoises en jouant des textes de Franz Wedekind et Bertold Brecht.
Peter Lorre
L’acteur Peter Lorre incarne un assassin de petites filles qui est recherché conjointement par la police et la pègre de la ville. On le voit ici l’air terrifié, de peur d’être arrêté et lynché. La vue est tirée de la séquence où, poursuivi de nuit par des malfrats qui veulent le neutraliser parce qu’il menace leurs affaires, Beckert tente d’échapper à ses poursuivants en se cachant dans le sous-sol d’un immeuble abandonné. Traqué comme une bête, le corps recroquevillé, l’air terrifié, il parvient à se réfugier derrière la porte métallique d’une cave qui ressemble beaucoup à une prison. Peter Lorre traduit avec force la panique et l’épouvante qu’il ressent en entendant les bandits qui se rapprochent pour le capturer.
Traqué comme une bête
La photo (qui est peut-être un photogramme extrait du film d’ailleurs) rend parfaitement compte du jeu extraordinaire de Peter Lorre. Son interprétation du rôle de Hans Beckert, alias « M » , est exceptionnelle. D’abord ombre, puis silhouette, l’acteur joue de l’étonnante capacité d’expression de son visage aux traits épais, aux yeux exorbités et globuleux, et parvient à donner à son personnage une innocence déconcertante. A travers cette histoire criminelle mise en scène de manière complexe, Fritz Lang aborde la question de la psychanalyse pour expliquer les origines du comportement criminel de « M », et de la nécessité de la justice pour le juger. En effet, malgré la monstruosité de ses actes, il apparaît aussi comme une victime. En tout cas, Lang montre clairement que ce ne sont pas les méthodes utilisées par le leader du syndicat de la pègre, qui cherche à rétablir l’ordre à son avantage, et dont l’action paraît autant sinon plus dangereuse pour la société, qui peut évaluer le degré de responsabilité du meurtrier d’enfants et décider de son sort.
Auteur : Laurent VÉRAY