Grandes peintures sur la Révolution Française (8 oeuvres)
Insurrections et guerre de Vendée (8 oeuvres)
© Musée des beaux-Arts de Rennes, Dist. RMN-Grand Palais / Adélaïde Beaudoin
Titre : Scène de la guerre des chouans.
Auteur : Auguste Emile BELLET (1856-1911)
Date de création : 1882
Date représentée : 1794
Dimensions : Hauteur 320 cm - Largeur 235 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de Rennes (Rennes) ; site web
Contact copyright : Musée des Beaux-Arts de Rennes, 20 quai Emile Zola. 35000 Rennes. Tél: 02-99-28-55-85 Chargé de la documentation : Patrick Daum : daum@mbar.org
Référence de l'image : INV 01591
La chouannerie
La chouannerie, opposition armée des paysans de l’ouest de la France aux assemblées révolutionnaires, est un thème de prédilection des peintres d’histoire au XIXe siècle. En Bretagne, le soulèvement de l’hiver 1793-1794 concerne l’Ille-et-Vilaine, le Morbihan (en avril), la moitié des Côtes-d’Armor et la province du Léon. Cette révolte est violemment réprimée en quinze jours par l’armée et les gardes nationaux. En revanche, l’insurrection se développe en Vendée, où les paysans s’allient à la noblesse locale qui va les encadrer et constituer avec eux l’armée catholique et royale de Vendée. La IIIe République, se voulant unificatrice, oppose l’émeute des chouans à la guerre des républicains. La Vendée et la Bretagne sont alors les symboles de la contre-révolution, et l’esprit républicain de l’époque considère la chouannerie comme une rébellion de paysans ignorants et fanatiques manipulés par la noblesse et le clergé.
Une iconographie qui n’évite pas l’imagerie
Parfait exemple de cette iconographie développant l’héroïsme des chouans, ce tableau est une œuvre de salon (elle a été exposée en 1882) pour des Parisiens ignorants de l’histoire des chouans et recherchant l’imagerie.
Un chouan breton, désarmé et blessé, s’agrippe à une croix. Il a rampé jusqu'à ce calvaire, abandonnant en chemin chapeau, fusil et sabot. A l’horizon s’éloigne le peloton de soldats républicains qui a eu raison de sa résistance. Ce martyr de la foi dont la mort est imminente reproduit le stéréotype du paysan breton aux cheveux longs, vêtu d’un gilet et portant des sabots. Le calvaire devient un symbole de la douleur du Christ sauveur de l’homme et un lieu où s’effondrent les chouans qui combattent pour l’Eglise. L’auteur retient surtout le geste de piété ostentatoire et le détail du costume.
Le format vertical gigantesque donne une impression de monumentalité à la scène et en accentue l’aspect spectaculaire, faisant de ce tableau une icône de la chouannerie. Une mise en page efficace donne toute sa clarté au sujet. Cette peinture d’histoire n’évite cependant pas l’anecdote et rivalise avec la photographie dans sa description scrupuleuse des détails réalistes. La Mort du chouan n’est ici grande que par le format. Le drame se conclut avec emphase. Cette toile conjugue la mise en scène du martyre du chouan dont on célèbre le sacrifice et l’exaltation de l’identité bretonne, notamment celle du paysan rustre mais opiniâtre.
La peinture d’histoire d’inspiration révolutionnaire
A la veille de la célébration du centenaire de la Révolution, les peintres reproduisent abondamment des épisodes liés au soulèvement des chouans. Cette accumulation d’images de la chouannerie lui fait perdre sa force militante au profit d’une exploitation d’un genre. Le sentiment religieux breton s’exprime dans la représentation du chouan, qui peut être considérée comme une sous-catégorie au sein de la peinture d’histoire, en raison de son succès. Qu’ils soient bretons ou non, les artistes s’attachent à peindre l’affirmation de cette province de Bretagne. Le XIXe siècle, passionné d’histoire, suscite un vif intérêt pour l’histoire locale des provinces et offre aux artistes l’occasion de développer des thèmes historicistes, en relation avec leur région d’origine, mais à l’iconographie souvent imaginaire ou réductrice. L’ouest de la France est un territoire de référence pour cette peinture à la finalité souvent pédagogique, destinée à entretenir le souvenir.
Auteur : Patrick DAUM