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Le palais de la Porte Dorée, témoignage de l'histoire coloniale

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Palais de la Porte Dorée. Vue de la façade.

© Photo RMN-Grand Palais - T. Ollivier

Agrandissement - Zoom

Titre : Palais de la Porte Dorée. Vue de la façade.

Date de création : 1931
Lieu de Conservation : Cité nationale de l'histoire de l'immigration (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 02-011566

  Contexte historique

Un palais permanent hérité de l’Exposition coloniale de 1931

Le palais de la Porte Dorée représente de seul vestige monumental de l’Exposition coloniale internationale de 1931, une manifestation destinée à montrer l’influence de l’Empire colonial français et européen. Après la rupture de la Grande Guerre, la France entendait soutenir et développer le rayonnement de son impérialisme, et voulait inciter les métropolitains à investir dans l’essor économique de ce que l’on nommait alors « la Plus Grande France ». Les maîtres d’œuvre de cette Exposition, dont le Maréchal Lyautey, avaient élu un site inhabituel pour une manifestation d’envergure semblable à une exposition universelle : le Bois de Vincennes, en bordure de l’ancienne porte de Picpus (aujourd’hui Porte Dorée). Ce choix dénotait la volonté des pouvoirs publics de dynamiser ce quartier encore très populaire, notamment en prolongeant la ligne n°8 du Métropolitain. La première pierre du Palais fut posée en 1928, sous le patronage de Gaston Doumergue, Président de la République française. Pendant l’Exposition, il prit le nom courant de Palais des colonies. Il abrita une section rétrospective, une section de synthèse et plusieurs réceptions officielles. Une haute statue du sculpteur Léon Drivier, représentant une minerve dorée et guerrière de sept mètres de haut, accueillait les visiteurs. Elle est aujourd’hui déplacée de quelques dizaines de mètres sur un terre-plein.

  Analyse de l'image

Une architecture éclectique et un décor grandiose

Classé au nombre des monuments historiques depuis 1987, le Palais de la Porte Dorée est un bâtiment unique dans le panorama de l’architecture parisienne. Témoin du goût conjugué des années trente pour l’exotisme et le rationalisme des formes, il est l’œuvre d’Albert Laprade et de Léon Jaussely. Ces deux architectes imposèrent dans la capitale un éclectisme en rupture avec la tradition néo-classique encore prônée par l’Ecole des Beaux-Arts. La façade du palais, scandée par de puissants piliers, est pourvue d’un somptueux décor de pierre très animé qui contraste avec l’architecture rectiligne du bâtiment. Confié au sculpteur Alfred-Auguste Janniot, le bas-relief se développe sous la forme d’une vaste fresque de 1130 mètres carrés. Ce tour de force artistique fut mené à terme en deux années seulement, à l’aide d’une bonne équipe de praticiens qui traduisirent dans la pierre les modèles en terre sculptés par Janniot. Rythmée par des allégories, la représentation de toute la faune et la flore exotique, cette parure de pierre exalte les richesses coloniales. L’intérieur du palais est également somptueusement décoré, avec de nombreuses mosaïques de sol et un immense décor de fresque réalisé par Ducos de la Haille dans la grande salle des fêtes. Certains Salons ont également reçu un choix de mobilier art déco dessiné par le célèbre ensemblier Ruhlmann.

  Interprétation

Un bâtiment à vocation de propagande

L’architecture d’un bâtiment officiel est vouée à délivrer un message idéologique, symbolique ou commémoratif tout de suite identifiable. Les organisateurs de l’Exposition coloniale de 1931 souhaitaient faire montre de la puissance de la colonisation républicaine. Le Palais de la Porte Dorée, seul bâtiment à demeurer permanent à l’issue de la manifestation, devait donc satisfaire par son architecture et son décor à la délivrance de ces idéaux politiques du moment. Les deux architectes ont ainsi réalisé une synthèse architecturale des différents styles de l’empire colonial, en reprenant notamment le principe des palais marocains. Afin d’inscrire cette récupération dans l’héritage culturel occidental, ils y ont associé la monumentalité des temples antiques. La grande fresque de pierre qui recouvre la façade, exécutée magistralement par Alfred Auguste Janniot, délivre également un message à la fois pédagogique et propagandiste. A l’instar d’un grand livre imagé représentant les colonies, le décor illustre les apports de l’Empire à la métropole. Les ethnies colonisées y sont minutieusement détaillées, et des inscriptions permettent d’identifier plus clairement les produits et les régions représentées. Par un jeu de réponse entre l’intérieur et l’extérieur, la fresque de Ducos de la Haille traite du thème de l’apport de la métropole à l’empire colonial. Le musée fut également pensé comme un mémorial de la colonisation, puisque l’on trouve gravée sur la façade latérale gauche du bâtiment une liste de personnalités scientifiques ou administratives qui se sont illustrées dans la conquête des colonies. Monument du colonialisme français, le Palais de la Porte Dorée servit à partir de 1960 d’écrin au Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie (M.A.O.O.), dont les collections ont rejoint le Musée du Quai Branly ouvert en 2006. Depuis Octobre 2007, il abrite la Cité Nationale de l’Histoire et de l’Immigration.

Auteur : Claire MAINGON


Bibliographie

  • Charles-Robert AGERON, « L’exposition coloniale de 1931 : mythe républicain ou mythe impérial », dans Pierre NORA (dir.), Les Lieux de mémoires, t. 1, La République, Paris, Gallimard, 1984, rééd. Quarto, 1997.
  • Maurice CULOT et Anne LAMBRICHS, Albert Laprade (1883-1978), Paris, éd. Norma, 2007.
  • Anne DEMEURISSE (sous dir.), Alfred-Auguste Janniot (1889-1969), Paris, éd. Somogy, 2003.
  • Catherine HODEIR et Michel PIERRE, L’Exposition coloniale de 1931, Bruxelles, Complexe, 1991.
  • Maureen MURPHY, Un Palais pour une cité, du Musée des colonies à la Cité Nationale de l’Histoire et de l’Immigration, Paris, éd. RMN, 2007.
  • Germain VIATTE (sous dir.), Le Palais des colonies, Histoire du Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie, Paris, éd. RMN, 2002.

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