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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Ali Ben Ahmed, calife de Constantine, lors de la conquête française de l'Algérie

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Ali Ben Ahmed, [...], suivi de son escorte en vue de la ville de Constantine.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

Agrandissement - Zoom

Titre : Ali Ben Ahmed, [...], suivi de son escorte en vue de la ville de Constantine.

Auteur : Théodore CHASSERIAU (1819-1856)
Date de création : 1845
Dimensions : Hauteur 325 cm - Largeur 260 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Titre complet : Ali Ben Ahmed, dernier Khalifa de Constantine, chef de la Tribu des Harakta, suivi de son escorte en vue de la ville de Constantine- représenté lors de sa visite à Paris en 1845.
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-003989 / MV5407

  Contexte historique

Les yeux tournés vers l’Orient.

Depuis 1830, le pays s’est lancé dans la conquête de l’Algérie. Inaugurée par Charles X, poursuivie par Louis-Philippe Ier, cette aventure coloniale se déroule dans un contexte militaire difficile. Malgré leur supériorité technique, les troupes françaises se heurtent à des résistances locales farouches dont l’émir Abd El-Kader est la figure de proue. Malgré le Traité de Tafna en 1837 qui instaurait un état de paix et un partage de souveraineté entre les Français et Abd El-Kader, les hostilités reprennent après la violation de cet accord par Louis-Philippe qui ordonne la prise de Constantine. Originaire de Constantine, le calife Ali Ben Ahmed joua dans ces circonstances un rôle clé. Son ralliement à la France fut un appui précieux pour assurer le contrôle de la région. Théodore Chassériau réalisa ce tableau à l’occasion de la venue à Paris de ce personnage. Le calife, conquis par la qualité de l’œuvre invita le peintre en Algérie où il séjourna durant l’année 1846. Originaire de Saint-Domingue, Théodore Chassériau fut marqué très jeune par les paysages exotiques. Dans la flambée orientaliste qui touche la peinture française de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, il occupe une place prépondérante.

  Analyse de l'image

La noblesse d’une population bientôt conquise.

La richesse du pays est révélée par les vêtements des personnages : les broderies d’or sur une tunique bleue nuit de velours ou de soie, une cape elle aussi brodée avec des motifs complexes. L’harnachement de la monture du calife renforce cette impression par la décoration luxueuse de la selle et des œillères.
Visuellement ce tableau se divise en deux parties : la partie basse évoque le mouvement et la partie haute le calme. En effet, sur la moitié basse les chevaux sont des purs-sangs aux réactions brusques. Ils sont par contre parfaitement dressés comme le montre la posture au pas de celui du calife. La synchronisation des mouvements des pattes antérieures des deux chevaux de droite renforce cette impression de vigueur mais aussi de maîtrise. Par opposition, la partie haute de l’œuvre met en évidence le calme des personnages. Face à la furia de leurs destriers, le calife et sa suite gardent une allure princière. Les regards tournés vers le peintre et le spectateur traduisent cette sérénité.
Fidèle aux valeurs du romantisme auquel il est très lié, l’orientalisme met en jeu les divers sens. La vue bien sûr, mais également l’ouïe avec le hennissement du cheval à l’arrière-plan ainsi que le bruit des sabots martelant le sol. L’odorat n’est pas en reste en raison de la poussière se dégageant des pas des purs-sangs. Le toucher est rendu grâce à la variété des tissus, au pelage des chevaux et au vent emportant la crinière de la monture du calife.
Alors que l’Algérie n’est pas encore pacifiée, ce tableau, loin de représenter l’ennemi comme un barbare, insiste sur la grandeur d’âme des chefs « indigènes ».

  Interprétation

La fascination pour un Orient en cours de conquête.

Dans toute la peinture orientaliste, la représentation de l’Algérie et de ses habitants est toujours empreinte de respect et de fascination. Loin des arguments justifiant dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le rôle civilisateur de la colonisation française, les années 1830 insistent au contraire sur la noblesse des peuples nord-africains.
Certes, Ali Ben Ahmed a choisi de soutenir la France mais les mêmes représentations existent sur « l’ennemi » Abd El-Kader. Outre une fascination des artistes pour les couleurs et les motifs orientaux, ce choix artistique peut également s’expliquer par la volonté de magnifier l’adversaire ou tout du moins le peuple conquis. Riches étoffes, fières montures, dignité des attitudes, diversité ethnique des peuples conquis grâce à la présence d’un cavalier noir à l’arrière-plan contribuent à une accumulation d’éléments valorisants. De plus, une vision négative du vaincu ne met pas en valeur le conquérant en suggérant que la victoire s’est révélée aisée..
Cette soumission de l’Algérie, personnifiée par le calife de Constantine, est symbolisée par la présence à son cou d’une croix de la Légion d’Honneur et dont ce personnage a été gratifié pendant le règne de Louis-Philippe. Cette distinction fait par conséquent entrer Ali Ben Ahmed parmi les serviteurs de la France mais également parmi ceux étant dignes d’être honorés. Une fois pris en compte ces éléments, il est évident que le tableau met en jeu un décorum orientalisant, insistant sur la grandeur des peuples et des territoires nouvellement conquis mais également sur leur soumission à la France.

Auteur : Vincent DOUMERC


Bibliographie

  • Delacroix. Le voyage au Maroc, catalogue de l'exposition, 27 septembre 1994-15 janvier 1995, Paris, Institut du Monde Arabe.
  • Jacques FREMEAUX, La France et l’Algérie en guerr, 1830-1870, 1954-1962, Paris, Economica, 2002.
  • Marion VIDAL-BUE, l'Algérie des peintres - 1830-1960, Editions Paris-Méditerranée, 2002.

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