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Lucien Bonaparte, prince de Canino (1775-1840).

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

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Titre : Lucien Bonaparte, prince de Canino (1775-1840).

Auteur : Joseph-Charles MARIN (1759-1834)
Dimensions : Hauteur 64 cm - Largeur 30 cm
Technique et autres indications : Marbre.
Profondeur : 24 cm.
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 99-002185 MV1528

  Contexte historique

Dès la Renaissance, artistes et savants redécouvrent les civilisations de l’Antiquité et se passionnent pour l’architecture et la sculpture grecque. Certains cabinets d’amateurs possèdent même déjà des vases antiques. Cependant, il faudra attendre le XVIIIe siècle pour que naisse un intérêt véritable pour la céramique grecque. D’un voyage qu’il effectue dans le Levant et en Italie de 1715 à 1717, le comte de Caylus, antiquaire et graveur, rapporte de nombreux vases. De 1752 à 1767, il publie les différentes pièces de son cabinet dans un imposant ouvrage en sept volumes. Entre temps, il fait don au roi Louis XV de la plus grande partie de ses chefs-d’œuvre antiques, notamment de 72 vases qui sont à l’origine des collections du Cabinet des Médailles. De la même façon, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, Sir William Hamilton, ambassadeur de Grande-Bretagne à la cour de Naples, profite de son séjour en Italie pour constituer lui aussi deux grandes collections de vases grecs, à partir de fouilles organisées dans l’antique Campanie. La première de ces collections sera acquise par le British Museum en 1772, pour la somme colossale de 8000 guinées. Quant à la seconde, elle est peu à peu dispersée par lui-même et par ses héritiers. Chacune de ces deux collections a fait l’objet d’un luxueux catalogue. Cependant, c’est surtout dans la première moitié du XIXe siècle que se forment les grandes collections de céramiques antiques. Des amateurs fortunés dirigent des chantiers de fouilles en Italie du Sud et en Etrurie et commercialisent leurs trouvailles. C’est d’abord le Chevalier Edmond-Antoine Durand (1768-1835) qui, à la faveur de plusieurs séjours dans la péninsule italienne, rassemble bronzes, poteries, miroirs, armes… que le Louvre acquiert en 1825. Mais ce sont les fouilles systématiques et à grande échelle, effectuées à partir de 1828 par Lucien Bonaparte, prince de Canino (1775-1840), dans les nécropoles de Vulci, Cornetto et Canino, en Etrurie, qui sont incontestablement les plus productives. Les vases des collections Durand et Canino ont été irrémédiablement disséminés de par le monde : ils ont été achetés par de grands musées européens - Paris, Londres, Munich, Berlin… - mais aussi par une nouvelle génération de riches collectionneurs désireux de se constituer un cabinet d’amateur. C’est ainsi que s’édifient les collections Beugnot et Magnoncour. Les grands antiquaires parisiens, tels Gansberg, Montfort, Rollin ou Feuardent, acquièrent également de belles pièces à des fins essentiellement mercantiles.

  Analyse de l'image

Lucien Bonaparte, prince de Canino (1775-1840), représenté à l’antique sur piédouche, est une copie du buste original réalisé par le sculpteur Joseph-Charles Marin (1759-1834) vers 1805. Cette œuvre s’inscrit dans la plus pure tradition néo-classique : elle est l’un des nombreux témoignages de l’esthétique antique adoptée par l’empereur Napoléon Ier comme le style officiel du régime impérial. Les artistes néo-classiques se tournent résolument vers l’Antiquité grecque et romaine, tant sur le plan des valeurs esthétiques que sur celui des valeurs morales : le Beau idéal est celui qui allie la beauté des corps et celle de l’esprit. Le néo-classicisme témoigne donc d’un désir de l’art de participer aux mutations sociales, à la moralisation des mœurs, à l’avènement des révolutions, à une nouvelle conception du Beau. Il n’est pas surprenant que cette tradition néo-classique trouve son domaine d’élection dans l’art du portrait qui associe la pureté des formes et le souci d’une rigueur qui peut atteindre la froideur. L’imitation réfléchie des œuvres antiques crée ainsi une certaine distance entre l’œuvre et le spectateur, une distance froide tout à fait sensible dans ce buste de marbre blanc de Lucien Bonaparte.

  Interprétation

Second frère de Napoléon Ier, Lucien Bonaparte assuma d’importantes fonctions politiques sous le Directoire et le Consulat. Il fut d’abord Président du Conseil des Cinq-Cents puis, successivement, ministre de l’Intérieur, ambassadeur de France à Madrid et membre du Tribunat. Son rôle fut déterminant dans la réussite du coup d’Etat du 18 Brumaire et la proclamation de Napoléon Bonaparte comme Premier Consul. Les relations entre Lucien Bonaparte et son illustre frère, déjà fort compromises en raison de différends politiques - Républicain convaincu, Lucien n’approuvait pas la dérive autoritaire et monarchique de Napoléon -, se dégradèrent considérablement à la suite de son mariage avec une veuve, Alexandrine de Bleschamp. Il se réfugia à Rome, auprès du pape Pie VII dont il s’était concilié l’amitié en 1801 en soutenant le Concordat. Il se fixa près de Viterbe, dans l’antique terre étrusque de Canino que le pape érigea pour lui en principauté. Après la chute de l’Empire en 1815, il se consacra à l’archéologie et les fouilles qu’il effectua dans les nécropoles étrusques de Vulci, Cornetto et Canino mirent au jour entre 15 et 20 000 vases qui lui permirent de résoudre quelques difficultés financières, notamment en organisant plusieurs grandes ventes en 1834, 1837, 1838 et 1840. Menées de façon empirique, ces fouilles alimentèrent ainsi le marché de l’art et nourrirent l’inspiration des artistes et des créateurs du moment. Le célèbre céramiste anglais Wedgwood, la manufacture de Sèvres puisèrent largement dans le répertoire iconographique de la céramique grecque. Après un long séjour dans la sereine obscurité d’un tombeau étrusque, le vase antique retrouvait ainsi un statut commercial, redevenait une marchandise, changeait de mains… en dehors de toute considération archéologique.

Auteur : Alain GALOIN


Bibliographie

  • Lucien BONAPARTE, Mémoires de Lucien Bonaparte, prince de Canino, écrits par lui-même,, Paris, 1836.
  • François PIETRI, Lucien Bonaparte, Paris, Plon, 1939.
  • Antonello PIETROMARCHI, Lucien Bonaparte, prince romain, Edition française, Paris, 1985.

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