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Le Grand jeu du Bébé jumeau

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Grand jeu du bébé Jumeau.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

Agrandissement - Zoom

Titre : Grand jeu du bébé Jumeau.

Auteur : ANONYME
Date de création : 1889
Date représentée : 1889
Technique et autres indications : Lithographie coloriée.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-509103 / 50.39.1280D

  Contexte historique

L’Exposition universelle dans la Ville-Lumière (1889)

Depuis les années 1850, chaque décennie, la capitale française accueille l’Exposition universelle qui permet de présenter aux populations du monde entier les avancées de la science, de l’art et de l’industrie. Des concours récompensent les plus inventifs, la foule se presse par millions pour admirer les produits de la Révolution industrielle qui est en train de bouleverser la vie des Européens. L’organisation de chaque exposition favorise aussi la compétition entre nations, puisque chacune dispose de son propre pavillon qui incarne le savoir-faire national. A Paris, c’est le Champ de Mars, vaste esplanade en bord de Seine, qui se couvre traditionnellement des structures temporaires de l’exposition. Celle de 1889, d’une étendue de 96 hectares, a été mémorable à plus d’un titre : après l’échafaudage de la Statue de la Liberté se découpant sur l’horizon de la ville, les Parisiens ont assisté fascinés à l’érection contestée de la Tour Eiffel, aujourd’hui encore symbole de Paris et de la France. L’Exposition a aussi été l’occasion rêvée pour la toute nouvelle République, instaurée en 1870 mais devenue républicaine en 1879, de fêter le centenaire de la Révolution française. Près de 30 millions de visiteurs ont ainsi participé à l’immense fête qui a duré du mois de mai au mois d’octobre 1889.

  Analyse de l'image

Tour Eiffel et Statue de la Liberté, deux symboles universels

Le Grand Jeu du Bébé jumeau est une sorte de jeu de l’oie « dédié aux jeunes filles françaises » qui met en regard deux allégories enfantines (et jumelles) : celle de la République française et celle des anciennes Treize colonies qui forment les Etats-Unis d’Amérique. Le jeu se présente sous la forme d’une lithographie richement colorée qui représente en vue aérienne le Champ de Mars où se déroule l’Exposition universelle. Le point de vue est spectaculaire, puisqu’il associe à la perspective visible depuis la colline de Chaillot un gros plan rapproché sur la Tour Eiffel, monument le plus célèbre de l’événement. De fait, en comparaison de sa hauteur, jamais atteinte jusqu’alors pour une construction humaine, les pavillons provisoires qui forment pourtant un véritable palais apparaissent ridiculement modestes ; la structure apparente de la tour, dentelle d’acier, ferait presque passer leurs longues verrières dignes du Crystal Palace pour des vestiges d’un ancien temps. L’inventeur Eiffel, la hauteur, l’exploit technique, le symbole de puissance industrielle et la dimension artistique lient intimement la Tour et la Statue qui se détache à l’arrière-plan. La transition entre les plans s’opère grâce à l’eau et aux mouettes qui survolent Paris et New York, espace urbanisé où fument les cheminées de l’industrie triomphante.

  Interprétation

France et Amérique, les nations des révolutions

Le XIXe siècle a été l’ère des révolutions : révolutions politiques où la liberté (collective comme individuelle) et les peuples formant nation triomphent des despotismes impériaux ; révolutions industrielles où l’homme dompte la nature en maîtrisant toujours mieux la solidité et la reproductibilité des choses qu’il fabrique. Les années 1880 voient l’entreprise de Gustave Eiffel (et en son sein l’ingénieur Maurice Koechlin) se distinguer pour ses structures en acier pudlé et riveté qui permettent aux 46 mètres de la Statue de la Liberté et aux 300 mètres de la Tour Eiffel de se dresser sans s’effondrer ni s’enfoncer sous leur propre poids. L’homme se libère ainsi des contraintes naturelles et peut aménager l’espace à sa guise. La gémellité de la France et des Etats-Unis ne s’arrête pas à leur place dans le progrès et la compétition industrielle. Elle se double d’un rôle prépondérant dans la promotion des valeurs républicaines dans un monde encore largement monarchique. La Statue célèbre l’Indépendance américaine et, indirectement, rappelle l’aide apportée par la France à l’ancienne colonie britannique. La Tour lui répond de l’autre côté de l’Atlantique, scellant symboliquement l’amitié des deux peuples au moment du Centenaire de la révolution française.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • 1889, la tour Eiffel et l'exposition universelle, Paris, Musée d’Orsay, 1989.
  • Roland BARTHES, André MARTIN, La Tour Eiffel, Paris, CNP/Seuil, 1989.
  • Marie-Sophie CORCY, Nathalie VU HONG, Lionel DUFAUX, La Statue de la Liberté : Le défi de Bartholdi, Paris, Gallimard, 2004.

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