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Le cimetière de Saint-Privat

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Le cimetière de Saint-Privat, le 18 août 1870.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais - Photographe inconnu

Agrandissement - Zoom

Titre : Le cimetière de Saint-Privat, le 18 août 1870.

Auteur : Alphonse NEUVILLE (1835-1885)
Date représentée : 18 août 1870
Dimensions : Hauteur 118 cm - Largeur 190 cm
Technique et autres indications : Esquisse pour le tableau présenté au salon en 1881 et conservé au musée d'Orsay.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-518765 / 14628 ; Ed 347

  Contexte historique

La guerre franco-prussienne de 1870, déclarée le 19 juillet, se déroule en deux phases : la première sous la direction de Napoléon III jusqu’à la défaite de Sedan le 31 août où il est fait prisonnier ; la seconde, de la proclamation de la république le 4 septembre jusqu’à la signature du traité de Francfort le 10 mai 1871, qui met fin à la guerre.
La campagne d’août débute en Alsace avec les premières défaites françaises à Woerth et autour de Reichshoffen. Sous le commandement du général Bazaine, une partie de l’armée se replie sur Metz où vont se livrer plusieurs batailles décisives les 16 et 18 août 1870. Si l’armée française tient le terrain, elle n’exploite pas ses succès, faute de troupes de réserve et d’un commandement décidé. L’après-midi du 18 août, un combat s’engage entre le 94e régiment de ligne français (6e corps commandé par le maréchal Canrobert), retranché dans Saint-Privat, et l’infanterie ennemie. Après une heure de combats acharnés, la garde royale est décimée. L’artillerie prussienne prend alors la relève, et quatre-vingts pièces de canon pilonnent le village. Les derniers défenseurs français abandonnent Saint-Privat en flammes à la tombée de la nuit. Mais la défaite du 6e corps seul coûta à l’armée prussienne 10 400 hommes ; et le lendemain, le roi Guillaume télégraphiait à la reine Augusta : « Ma garde a trouvé son tombeau devant Saint-Privat. » L’armée française se réfugie dans Metz. Elle n’en sortira que pour se rendre. La stratégie de Bazaine est jugée responsable de la déroute de l’armée du Rhin. Accusé de haute trahison, Bazaine est jugé pour avoir livré Metz et condamné. En 1881, date du Salon où l’œuvre est présentée, il s’est évadé du fort de Sainte-Marguerite où il était incarcéré et s’est réfugié en Espagne.

  Analyse de l'image

Inspiré de témoignages d’officiers présents à Saint-Privat, l’épisode choisi par l’artiste est le moment critique où la bataille va basculer définitivement en faveur de l’ennemi. Dans le village en flammes, des colonnes d’un régiment de Saxons s’avancent vers le cimetière, ultime refuge des Français. La porte est enfoncée, et les derniers soldats qui la défendaient tués. Des corps jonchent les tombes, tandis que plusieurs blessés, désarmés, se tiennent le long d’un des murs. Dans ce tableau, Alphonse de Neuville a repris plusieurs motifs déjà utilisés dans ses précédentes compositions, notamment la porte comme espace du drame, mais aussi le soldat hors combat dont l’héroïsme est désormais vain, et il a porté une attention particulière au dessin des cadavres. C’est la première génération de peintres militaires à représenter des cadavres vrais, loin de toute pose conventionnelle.
Le peintre s’est rendu sur place pour dessiner le village, alors en territoire allemand. Dans la composition finale, il a accentué la distance entre le cimetière et les maisons de la place du village.

  Interprétation

Surtout connu pour les Dernières cartouches (1873) qui représente un épisode de la bataille de Sedan, Alphonse de Neuville s’est fait une spécialité des tableaux exaltant l’héroïsme malheureux des troupes françaises durant cette guerre : « Je désire raconter nos défaites dans ce qu’elles ont eu d’honorable pour nous, et je crois donner ainsi un témoignage d’estime à nos soldats et à leurs chefs, un encouragement pour l’avenir. Quoi qu’on en dise, nous n’avons pas été vaincus sans gloire, et je crois qu’il est bon de le montrer ! » (Lettre d’Alphonse de Neuville au critique d’art Gustave Goestschy, 1881)
Le cimetière, choisi comme dernier lieu de résistance, renforce la signification symbolique du tableau tout comme le format d’assez grandes dimensions (235 x 341 cm). La peinture d’Alphonse de Neuville a suscité une grande émotion dans le public français, qui vivait dans le souvenir de la défaite et de l’humiliation. Le patriotisme de sa peinture ne doit pas faire oublier les qualités du peintre, incontestables dans la mise en scène « théâtrale » de la guerre et jusque dans son traitement du paysage.

Auteur : François ROBICHON


Bibliographie

  • Philippe CHABERT, Alphonse de Neuville, l’épopée de la défaite, Paris, 1979.
  • Bernard GIOVANANGELI, Eric LABAYLE, Jean-François LECAILLON, Henri ORTHOLAN, 1870. Les soldats et leurs batailles, Paris, 2006.
  • François ROBICHON, L’armée française vue par les peintres, 1870-1914, Paris, 1998.
  • Lt-Colonel ROUSSET, Histoire générale de la guerre franco-allemande (1870-1871), Paris, sd. [1910].

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