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La tache noire.

© DHM/Berlin

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Titre : La tache noire.

Auteur : Albert BETTANIER (1851-1932)
Date de création : 1887
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Deutsches Historisches Museum (Berlin) ; site web
Contact copyright : Deutsches Historisches Museum
Unter den Linden 2 - 10117 Berlin ; site web

  Contexte historique

Le traité de Francfort (10 mai 1871) entérine l’annexion de fait de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine comprenant la ville de Metz. En 1872, les habitants ayant opté pour la France vont s’installer en Lorraine française, notamment à Nancy, à Paris ou en Algérie. La nouvelle frontière franco-allemande s’impose. Symbolisée par un simple poteau, elle se franchit aisément, mais elle est, au fond des cœurs, inacceptable. La naissance du mythe d’une Lorraine unie découle de la perception des événements de la guerre et de l’occupation. Jeanne d’Arc devient à la fois le symbole de la Lorraine occupée et de l’esprit de revanche.
Albert Bettanier, né à Metz en 1851, opte pour la nationalité française en 1872. Il intègre l’atelier d’Isidore Pils, bon peintre militaire, et poursuit sa formation à l’École des beaux-arts de Paris avec l’aide de l’Œuvre de l’instruction d’Alsace-Lorraine. N’ayant pas perdu contact avec la Lorraine, Bettanier débute sa carrière de peintre au Salon de 1881 et présente jusqu’en 1890 une série de tableaux faisant référence explicitement à l’annexion, dont La Tache noire au Salon de mai 1887. Puis il abandonne cette carrière pour celle de peintre verrier, qui lui vaut la Légion d’honneur en 1908. Lorsque les rapports avec l’Allemagne se tendent après 1905, Bettanier reprend le thème de l’annexion au Salon avec quelques tableaux marquants : La Conquête de la Lorraine en 1910 ou encore Oiseaux de France en 1912.

  Analyse de l'image

Dans une salle de classe située vraisemblablement à Paris compte tenu de la carte accrochée au mur du fond, un instituteur montre avec sa règle les « provinces perdues » sur une carte de France à un élève en uniforme de bataillon scolaire, formation organisée par Paul Bert (1833-1886), ministre de l’Instruction publique en 1881, qui permet aux élèves de s’exercer à la marche, au tir et au maniement des armes. D’abord mis en place à Paris, les bataillons scolaires seront généralisés à toute la France par un décret du 6 juillet 1882 (article premier : « Tout établissement public d’instruction primaire ou secondaire ou toute réunion d’écoles publiques comptant de deux cents à six cents élèves âgés de douze ans et au dessus pourra, sous le nom de bataillons scolaires, rassembler ses élèves pour des exercices gymnastiques et militaires pendant la durée de leur séjour dans les établissements d’instruction. »
Le culte de la patrie est entré à l’école et les instituteurs ont pour ambition de faire de leurs élèves des patriotes sincères :

Pour la Patrie un enfant doit s’instruire
Et dans l’École, apprendre à travailler.
L’heure a sonné, marchons au pas,
Jeunes enfants, soyons soldats.
(L’École maternelle, 1er mai 1882)

On distingue dans le fond de la classe un râtelier de fusils et, derrière le bureau du maître, un tambour. Cette ambiance martiale est renforcée par la présence de l’élève habillé en blanc qui porte la croix de la Légion d’honneur, ce qui laisse supposer qu’il fut un héros.

  Interprétation

En pleine fièvre boulangiste, Bettanier célèbre ce « hussard noir de la République », l’instituteur qui, sur une carte de France, montre à la classe cette partie de la France perdue que certains rêvent alors de reconquérir. Le général Boulanger, nouveau ministre de la Guerre nommé en janvier 1886, apparaît comme le vengeur des humiliations de 1870. Il est soutenu par Paul Déroulède, poète et président de la Ligue des patriotes. Boulanger se distinguera, en avril 1887, lors de l’affaire Schnaebelé qui lui vaudra le surnom de « général Revanche ». Si le tableau de Bettanier fait sensation lors de son exposition au Salon en mai 1887 et connaît une large diffusion, c’est pour le sentiment patriotique qui l’a inspiré plus que pour ses qualités d’exécution. En France, l’idée de revanche va progressivement s’estomper à partir de 1890 avec la normalisation des relations franco-allemandes, l’expansion coloniale française et l’autonomie politique accordée à la population du « Reichsland Elsass-Lothringen ». Après la guerre, Bettanier est accueilli et célébré par l’Académie de Metz, mais c’est à Paris qu’il meurt en 1932.

Auteur : François ROBICHON


Bibliographie

  • La guerre de 1870/71 et ses conséquences, Actes du XXe colloque historique franco-allemand, 1984 et 1985, Bonn, 1990.

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