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Les tricoteuses pendant la Révolution française

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Les tricoteuses jacobines.

© Photo RMN-Grand Palais - Bulloz

Agrandissement - Zoom

Titre : Les tricoteuses jacobines.

Auteur : Pierre-Etienne LESUEUR
Technique et autres indications : Gouache.
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-022115

  Contexte historique

La situation des femmes au début de la Révolution française

Les premières années de la Révolution française ont vu naître un courant en faveur d’une amélioration de la condition féminine. Très vite s’est posée la question des droits des femmes, dans le sillage de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (26 août 1789), selon laquelle « tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit » (art. 1er). Rien n’étant prévu pour les femmes dans ce texte, Condorcet rédige le 3 juillet 1790 le traité Sur l’admission des femmes au droit de cité, où il déclare : « Celui qui vote contre le droit d’un autre, quels que soient sa religion, sa couleur ou son sexe, a dès lors abjuré les siens. » Olympe de Gouges lui emboîte le pas en septembre 1792 avec sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dont le premier article fait écho à celui de la Déclaration des droits de l’homme : « La femme naît et demeure égale à l’homme en droits. » S’appuyant sur ce principe fondamental, Olympe de Gouges revendique pour les femmes la participation à la vie politique et au suffrage universel. Sur le plan civil, ce féminisme théorique entraîne l’adoption de plusieurs décrets qui visent à améliorer la condition des femmes : reconnaissance des droits des femmes dans les successions (8 avril 1791), institution du divorce (30 août 1792), admission des femmes comme témoins à l’état civil (20 septembre 1792).

  Analyse de l'image

Les tricoteuses ou l’engagement politique des femmes

L’année 1793 est marquée à Paris par un fort engagement politique de femmes issues des milieux populaires dans la lutte contre les Girondins, le fédéralisme et les modérés. On les retrouve alors dans les tribunes publiques des assemblées de section ou de la Convention, aux côtés des sans-culottes, pour défendre l’action des Jacobins, ainsi que le montre cette gouache haute en couleur récemment attribuée aux frères Jean-Baptiste et Pierre-Étienne Lesueur. D’un grand intérêt documentaire, elle appartient à un ensemble de gouaches représentant des scènes et des personnages de l’époque révolutionnaire et probablement destinées à un petit théâtre. La légende, sans doute ajoutée postérieurement, identifie les figures représentées comme des tricoteuses jacobines en l’an II. Surnommées ainsi péjorativement en référence à une occupation à laquelle elles auraient normalement dû se livrer en privé, au sein de leur foyer, au lieu de s’afficher sur la scène publique, ces trois femmes prêtent une oreille attentive aux délibérations de la Convention. L’expression farouche de la femme debout à droite, mains sur les hanches, est à la mesure de son engagement politique et de sa détermination contre les Girondins.

Ces femmes furent l’un des maillons les plus actifs du mouvement révolutionnaire, à Paris et en province. Tandis qu’elles soutenaient les motions révolutionnaires dans la tribune des Jacobins à la Convention et se réunissaient au sein de clubs politiques, comme celui des Citoyennes Républicaines Révolutionnaires, créé le 10 mai 1793, elles entretenaient sur le terrain une agitation populaire permanente, appelant à l’insurrection contre les Girondins, en particulier du 31 mai au 2 juin 1793, journées qui virent la chute de la Gironde, et s’attroupant autour de la guillotine chaque fois que celle-ci était utilisée contre les ennemis de la Révolution. De ce fait, ces « tricoteuses » ont laissé dans la mythologie collective une image fantasmatique souvent faussée, celle de monstres assoiffés de sang, aux antipodes d’un ordre naturel dans lequel la femme doit remplir son rôle de mère et d’épouse aimante, sans s’engager dans une quelconque activité politique qui la ferait sortir de la sphère privée.

  Interprétation

La réaction politique contre les femmes

Cette vision négative de la femme a conduit les autorités à tenter de réprimer cette sans-culotterie féminine à partir des années 1794-1795, lors de la réaction thermidorienne. Dès l’automne 1793, les clubs féminins, et en particulier celui des Citoyennes Républicaines Révolutionnaires, sont interdits, et les femmes se voient refuser le droit à la citoyenneté, qu’elles revendiquaient depuis la déclaration d’Olympe de Gouges. Cette dernière sera d’ailleurs exécutée sur l’échafaud le 13 brumaire de l’an II (3 novembre 1793) pour ses prises de position girondines. La répression à l’encontre des « tricoteuses de Robespierre » se durcit à la suite des journées de Thermidor (27-29 juillet 1794), durant lesquelles les robespierristes furent arrêtés et exécutés : le 1er prairial de l’an III (20 mai 1795), la Convention interdit aux femmes l’accès à ses tribunes, elles sont pourchassées durant la nuit, puis, trois jours plus tard, bannies de toute forme d’assemblée politique et de tout attroupement de plus de cinq personnes dans la rue. Cette volonté de tenir les femmes à l’écart de la vie politique, quel que soit le parti dont elles se réclament, reflète les craintes de la société quant à la possible violence des femmes, qui a parfois pris des proportions démesurées en l’an II.

Le bilan de la Révolution française apparaît donc mitigé pour les femmes : si on leur reconnaît désormais une personnalité civile et une certaine égalité par rapport aux hommes en matière de succession, de majorité civile ou de divorce, elles sont pourtant exclues des débats politiques, et il faudra attendre la loi du 2 novembre 1945 pour que le droit de vote leur soit accordé, puis la Constitution du 27 octobre 1946 pour que l’égalité des hommes et des femmes dans tous les domaines soit établie.

Auteur : Charlotte DENOËL


Bibliographie

  • Philippe de CARBONNIÈRES, Lesueur. Gouaches révolutionnaires. Collections du musée Carnavalet, Paris, Paris musées-Éditions Nicolas Chaudun, 2005.
  • Marie-Paule DUHET, Les Femmes et la Révolution, 1789-1794, Paris, Gallimard, coll. « Archives », 1979.
  • Dominique GODINEAU, Citoyennes tricoteuses. Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française, Aix-en-Provence, Alinéa, 1988, 2e éd., Paris, Perrin, 2003.
  • Dominique GODINEAU, « Histoire d’un mot : tricoteuse de la Révolution française à nos jours », Langages de la Révolution, Paris, I.N.A.L.F.-Klincksieck, 1995.
  • Jean-René SURATTEAU et François GENDRON, Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, P.U.F., 1989.
  • Jean TULARD, Jean-François FAYARD et Alfred FIERRO, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, Paris, Laffont, 1987.

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