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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Dans la ligne Maginot

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Dans la ligne Maginot.

© ADAGP © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Emilie Cambier

Agrandissement

Titre : Dans la ligne Maginot.

Transcription

Auteur : Louis-Joseph SOULAS (1905-1954)
Dimensions : Hauteur 38.8 cm - Largeur 47.4 cm
Technique et autres indications : Bois de fil, pochoir.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-502868 / DEP 3640 , Eb 1453

  Contexte historique

La fin de la « drôle de guerre ».

Le 3 septembre 1939, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne qui a agressé puis envahi la Pologne alliée. A part une timide incursion française en Sarre vite interrompue (septembre 1939), il y a peu de combats terrestres : c’est « la drôle de guerre », selon l’expression employée par Roland Dorgelès dans le Figaro en janvier 1940. Préparant la suite, les armées alliées se concentrent en partie autour de la ligne Maginot.
Ce gigantesque système de fortifications, propre à une stratégie défensive et statique, s’étire des Alpes aux Ardennes, avec une concentration des zones fortifiées de Charleville à Strasbourg. Elle doit son nom à André Maginot, ministre de la guerre de 1929 à 1932. Construite principalement de 1929 à 1936, et faisant face à la ligne de défense Allemande Siegfried, elle consiste en un système souterrain élaboré de galeries abritant des casernes et des blocs de béton équipés d’artillerie lourde (obus, canons, mortier notamment).
En avril 1940, date d’imprimerie de l’estampe Dans la ligne Maginot, les choses s’accélèrent. En mer du Nord, enjeu stratégique pour l’approvisionnement en matières premières, et qui avait été le théâtre d’affrontements sporadiques entre sous-marins Allemands et flottes (aériennes et maritimes) françaises et anglaises depuis septembre 1939. La zone devient le lieu de combats plus importants au début d’avril : les alliés tentent de défendre la Norvège (batailles de Trondheim et de Bergen le 10) finalement prise, ainsi que le Danemark, par les nazis. La guerre est réellement engagée, ici comme, pense-t-on, près de la ligne Maginot.

  Analyse de l'image

La guerre vue de l’intérieur.

L’estame Dans la ligne Maginot a été réalisée par Louis-Joseph Soulas (1905-1954), peintre-graveur et illustrateur français.
Il est mobilisé en 1939 dans les Vosges et, tout en accomplissant ses devoirs de simple soldat, il réalise, à la demande des généraux de l’armée d’Alsace, des planches (gravées sur bois) pour affiches. Ce sont des images patriotiques coloriées à la main, dans le style des images d’Epinal.
Celle-ci est imprimée à Strasbourg près du front où il est mobilisé. Elle recouvre bientôt certains murs d’Alsace, puis elle est reproduite ailleurs en France. C’est donc un soldat qui nous fait voir la guerre de l’intérieur, dans un but explicitement mobilisateur, tant pour les autres soldats que pour les civils.

L’image aux couleurs vives et aux traits simples montre 5 hommes dans une des casemates (blocs en béton, enterrés, où sont installées les pièces d’artillerie et d’observation montées sur tourelles) de la ligne. Point de vue remarquable, puisque de l’extérieur, la ligne Maginot ne laisse rien apparaître de son fonctionnement (tous les ouvrages principaux sont enterrés). Le spectateur est ainsi plongé au cœur de l’action et du combat : sur le front d’Alsace, Dans la ligne Maginot.
Les hommes portent des vêtements rappelant autant ceux de soldats que d’ouvriers qualifiés : combinaisons et sacoches font même plus penser aux seconds ; casques de militaires qui pourraient aussi être ceux de mineurs ; béret pour l’un des hommes, valant pour les deux univers.
Ils effectuent un travail d’équipe coordonné, précis et aux gestes maîtrisés. A gauche, trois d’entre eux, concentrés et appliqués, chargent et orientent une pièce d’artillerie (obus). A droite, les deux autres semblent observer (ou viser ?) à l’aide d’un périscope ou de jumelles : on peut penser que leur tâche est complémentaire de celle des trois autres.
La salle est nette et propre, comme les armes (on voit même l’instrument pour nettoyer le canon) qui sont représentées dans le détail de leurs rouages et équipements (manivelles, chasse) et dont le fonctionnement est ainsi figuré en acte.
Un texte légende l’image, peut-être écrit par André Chamson, alors capitaine de Soulas et écrivain.

  Interprétation

Une guerre réelle et moderne, qui requiert une mobilisation collective.

Les généraux commandent ces affiches à Soulas pour montrer l’action de la Ve armée en Alsace : il s’agit de combattre l’idée démobilisatrice et dangereuse d’une « drôle de guerre ». Des hommes, au front, chargent des obus qui tuent, comme d’autres, en mer, combattent et meurent. La guerre n’est pas lointaine, réservée aux côtes de Norvège : elle concerne aussi l’Alsace, si symbolique.
D'ailleurs, la représentation pourrait être celle d' un sous-marin. C’est la même guerre qui est livrée partout, avec la même urgence et les mêmes hommes, et notamment « des fils d’Alsace » qui savent que la défense de la patrie est partout et toujours en jeu.

Cette guerre n’est plus celle des tranchées boueuses : il s’agit d’un travail technique minutieux et spécialisé, presque qualifié, exécuté avec netteté dans des lieux propres, où tout est réglé dans le détail, et où chaque chose est à sa place. En cela, l’image rappelle les représentations positives du travail de l’ouvrier moderne, très nombreuses dans les années 1930.
Une guerre moderne, mais qui s'inscrit dans une tradition de savoir-faire et de mobilisation nationale : le recours à l'imagerie d'Epinal, moins utilisée depuis les années 1930, rappellant les affiches militaires de la Grande Guerre.

Peut-être s’agit-il de mobiliser les soldats en valorisant leur rôle et en insistant sur le fait qu’ils ne seront pas dans les mêmes conditions que ceux de 1914. On peut aussi penser que l’affiche s’adresse aux civils, et notamment aux ouvriers, pour les inciter à maintenir l’effort : tous sont, à leur manière, sur le front d’Alsace (d’autant que l’affiche sera surtout placardée dans cette région), qui symbolise et dramatise tous les autres. Ils portent les mêmes vêtements et effectuent le même travail, (maîtrisant des machines modernes, puissantes et perfectionnées) et, comme des « fils d’Alsace », ils doivent combattre.
La mobilisation et l’effort de guerre se font donc en équipes et en unités coordonnées : les trois hommes entre eux ; puis avec le groupe de deux ; puis avec les marins de mer du Nord ; puis avec les ouvriers de l’arrière ; puis avec tous les civils.

Auteur : Alban SUMPF


Transcription - Dans la ligne Maginot.

SOLDATS de l’Armée d’Alsace, gardiens de la forteresse, vous ressemblez aux marins qui patrouillent sur les mers. Dans les blocs et les tourelles, vous faites les mêmes gestes que vos frères de combat qui luttent en MER DU NORD. Cuirassés de la montagne ou croiseurs de la vallée vogueront vers la victoire de concert avec l’escadre maîtresse des OCÉANS, où combattent aujourd’hui tant d’autres FILS DE L’ALSACE.

IMAGERIE DE L’ARMÉE D’ALSACE – Imprimé à STRASBOURG, Avril 1940


Bibliographie

  • Jean-Pierre AZEMA, De Munich à la libération 1938-1944, Le Seuil, 1979.
  • Marc BLOCH, L’étrange défaite. Témoignage écrit en 1940, Paris, Société des Éditions Franc-Tireur, 1946.
  • Yves DURAND, La France dans la 2e guerre mondiale, 1939-1945, A. Colin, 1993.
  • Jean-Bernard WAHL, Il était une fois la Ligne Maginot, Jérôme Do Betzinger Éditeur, 1999.

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