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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Exposer l'autre : la muséographie des objets non occidentaux au tournant du XXe siècle

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Buste d'Herzog Johann Albrecht de Mecklenburg dans la galerie coloniale.

© BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais - Gisela Oestreich

Agrandissement - Zoom

Titre : Buste d'Herzog Johann Albrecht de Mecklenburg dans la galerie coloniale.

Auteur : Franz KULLRICH (1864-1917)
Date de création : 1896
Date représentée : 1896
Lieu de Conservation : Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz (BPK) (Berlin (Allemagne)) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-513933

  Contexte historique

Le discours muséographique colonial

Avec l’exploration et la colonisation des pays non occidentaux se développent les expositions d’objets exotiques collectés par les voyageurs, les missionnaires, les scientifiques ou les militaires qui sillonnent le globe. La présentation de ces artefacts est alors l’occasion de produire un discours sur l’altérité qui révèle la manière dont les Occidentaux considéraient les peuples étrangers.
Outre les musées d’ethnographie, créés au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les expositions universelles et coloniales sont les lieux privilégiés pour montrer les productions non occidentales. Empruntes d’évolutionnisme, ces muséographies témoignent des préjugés avec lesquels les Européens ont appréhendé ces artefacts.
Vingt-cinq ans après la proclamation de l’Empire allemand, l’Exposition industrielle de Berlin de 1896 a pour dessein de montrer la richesse du pays et ses progrès industriels et économiques de manière à renforcer l’unification de l’Allemagne et la place politique de Berlin. La présence d’une galerie coloniale au sein de cette exposition dévoile alors la nouvelle place accordée à l’expansion coloniale dans l’entreprise de développement de l’Empire allemand. Resté jusqu’alors en marge de la colonisation, l’Empire allemand relance en effet l’effort colonial pour consolider et augmenter son statut à l’étranger ; Herzog Johann Albrecht de Mecklenburg est l’une des personnalités qui s’emploie à soutenir cette nouvelle politique étrangère.

  Analyse de l'image

Une mise en scène d’objet

Cette photographie montre une partie de la galerie coloniale de l’Exposition industrielle de Berlin en 1896. Dans un renfoncement délimité par des drapés formant rideaux sont exposés de nombreux objets provenant de pays non occidentaux. Des armes, des boucliers, des instruments de musiques et des trophées de chasse (cornes et têtes d’animaux) sont accrochés aux murs ou déposés au sol selon un agencement recherché : les objets sont disposés symétriquement ; les fusils placés en équilibre à la verticale composent de petites pyramides ; les armes indigènes sont associées ensemble de manière à reproduire l’aspect des trophées militaires – ces motifs décoratifs formés d’armes, de drapeaux et autres objets liés à la guerre groupés autour d’une armure, d’un casque ou encore d’un blason. À l’entrée de la niche, au centre, se trouve un buste de facture classique de Herzog Johann Albrecht de Mecklenburg tout aussi savamment présenté. Sur un piédestal, encadré par deux défenses d’éléphants et entouré de plantes et de roches il est mis en valeur telle une figure tutélaire des objets placés derrière lui. Toute la symétrie de la pièce est d’ailleurs organisée en fonction de ce buste et les artefacts semblent mis en scène (comme le rappelle la présence des drapés agencés tels des rideaux de théâtre) pour constituer un arrière plan à la figure de Herzog Johann Albrecht de Mecklenburg.
À travers cette muséographie, il s’agit donc de glorifier Herzog Johann Albrecht de Mecklenburg qui usait de son influence et s’engageait activement pour promouvoir l’idée coloniale en Allemagne et pour agrandir et conforter l’Empire allemand à l’étranger. Les objets sont agencés de façon à exprimer la reconnaissance que les colonies allemandes lui doivent. Toutefois, cette disposition muséale dévoile également un aspect plus général de l’idéologie colonialiste : le sentiment de suprématie des Occidentaux et la pensée évolutionnisme qui dirigeait la conquête et l’annexion des pays non occidentaux.

  Interprétation

La domination occidentale

La présentation, en faisant ostensiblement référence à l’iconographie des trophées, tant dans l’organisation des armes que dans l’accrochage de dépouilles animales, fait tout d’abord montre de la puissance militaire des Occidentaux : les objets sont exposés tel un butin commémorant victoire. Ils témoignent ainsi implicitement de l’infériorité des pays conquis. La manière même dont les objets sont disposés symétriquement pour former des motifs décoratifs est également une affirmation symbolique de domination. Les objets sont soumis à un ordre occidental, à une présentation selon les canons esthétiques européens. Enfin, le mélange d’artefacts fabriqués par les indigènes, de plantes et de restes d’animaux associe les peuples non occidentaux à la nature, c’est-à-dire à un état primitif d’existence, dont témoigne d’ailleurs le caractère « rudimentaire » de leurs armes comparées aux fusils présentés dans le même espace.
De la sorte, si les objets ne sont pas classés par type et agencés hiérarchiquement selon leur degré de complexité technique, comme cela était le cas dans la plupart des musées ethnographique, cette partie de la galerie coloniale manifeste tout autant les conceptions évolutionnistes qui prédominaient à l’époque. Les expositions universelles et coloniales servaient en effet à justifier l’entreprise de domination occidentale en montrant non seulement les richesses accumulées grâce à l’exploitation des colonies mais également l’infériorité et la sauvagerie supposées de ces populations. Ainsi, les Occidentaux étaient investis d’une mission civilisatrice : il s’agissait d’apporter la civilisation aux « sauvages ». Aujourd’hui, le Pitt Rivers Museum à Oxford est l’un des seuls musées à avoir conservé intact ce genre de muséographie pour rendre compte d’un type de mise en exposition des objets non occidentaux.

Auteur : Claire LE THOMAS


Bibliographie

  • Marianne DEGLI, Marie MAUZE, Arts Premiers : le temps de la reconnaissance, Paris, Gallimard, Réunion des musées nationaux, 2000.
  • Sally PRICE, Arts primitifs, regards civilisés, Paris, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, 1998.
  • « Les musées d’ici et d’ailleurs », Gradhiva, n° 24, 1998.

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