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Ecole de jeunes filles en Algérie

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Ecole de jeunes filles en Algérie.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Agrandissement - Zoom

Titre : Ecole de jeunes filles en Algérie.

Auteur : Félix-Jacques Antoine MOULIN (1802-1875)
Dimensions : Hauteur 16.2 cm - Largeur 22 cm
Technique et autres indications : Vers 1856-1857.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-002364 / Pho1985-191

  Contexte historique

Un intérêt croissant pour l'Algérie

Après la prise d'Alger par les Français le 5 juillet 1830, la Monarchie de Juillet, un temps hésitante, confie à Bugeaud, nommé Gouverneur général en 1840, la véritable conquête militaire du pays. Celle-ci est achevée en décembre 1847 avec la reddition d'Abd el-Kader. Et en 1848, l'Algérie est officiellement déclaré « territoire français ».
Cependant, ce n'est qu'avec la Seconde République (1848-1852) et surtout avec le Second Empire (1852-1870) que l'administration de la nouvelle possession, concernant à la fois les colons et les indigènes, se met réellement en œuvre. La photographie Ecoles de jeunes filles en Algérie prise en 1856-1857 date de cette période pendant laquelle naît une véritable politique concernant l'Algérie : prenant peu à peu conscience du caractère spécifique et essentiel d'une telle entreprise, Napoléon III crée un Ministère de l'Algérie et des colonies en 1858.
L'intérêt croissant pour l'Algérie est autant culturel que politique : « l'orientalisme », en peinture (Delacroix et son célèbre Femmes d'Alger dans leur intérieur en 1849) comme en littérature, contribue aussi à faire de cette colonie un lieu de voyages « exotiques », une terre d'intérêts, un sujet de débats et de passions de plus en plus ancré dans l'imaginaire des français de métropole.

  Analyse de l'image

Une scène de classe presque improvisée

La photographie Ecoles de jeunes filles en Algérie est l'œuvre de Félix Moulin (1802-1875), photographe spécialisé dans les études de nus féminins. En 1856, il fait partie d'une mission d'exploration envoyée en Algérie par le gouvernement. Il fait de nombreux clichés, des villes (Alger, Oran et Constantine) et de leurs habitants, qui sont réunies dans un album Souvenirs d'Alger ou l'Algérie photographiée. Il s'agit donc d'un travail presque documentaire, qui vise à présenter la réalité objective à ceux qui ont commandé cette mission, mais aussi à un public français de plus en plus curieux de l'Algérie.
La photographie présente une salle de classe qui semble presque improvisée, délimitée à gauche et au second plan par un ou deux draps tirés sur des murs de pierre décrépis. Au fond, une vaste carte, qui semble représenter la côte nord de l'Afrique, confirme qu'il s'agit d'un lieu d'apprentissage. Sur les draps, deux petits panneaux sont accrochés, indéchiffrables (celui de gauche semble comporter des inscriptions en arabe).
Dans cette « salle de classe », des jeunes filles indigènes, vêtues de robes et pour certaines de foulards algériens, sont assises en rond sur des tapis orientaux et semblent s'exercer à la lecture et à l'écriture sur des petits manuels ou des ardoises. L'une d'elles, à gauche, regarde l'objectif, se détournant un instant du travail scolaire. Au fond et en dehors de ce cercle d'étude, trois jeunes filles, à l'écart, nous font face, adossées au mur. L'institutrice debout, les aide et les dirige dans leur travail. Une assistante, elle aussi debout, dans des habits traditionnels, tient un tableau sur lequel sont inscrits des caractères arabes. Deux personnages se distinguent à tous les sens du terme : un homme à l'air sérieux, en costume occidental surveille la scène, assis sur le bord d'une chaise de bois. L'autre chaise est réservée à une femme plus âgée, qui porte une robe assez élaborée, du type de toilettes occidentales. Elle se penche pour regarder, avec préoccupation, le travail de l'une des élèves.

  Interprétation

Premiers pas du développement de l'instruction en Algérie ?

La Seconde République avait tenté de développer un enseignement primaire en français pour les indigènes. Napoléon III, soucieux, de développer l'instruction (en métropole comme en Algérie) promeut les « écoles arabes-françaises » où l'enseignement est dispensé dans les deux langues. On tente aussi de multiplier, pour les indigènes, des écoles où seul l'arabe est enseigné. Elles représentent la majorité des établissements d'enseignement élémentaire en 1856. Le cliché montrerait les premiers résultats d'une telle politique : une nouvelle « école », d'autant plus remarquable qu'elle accueille des jeunes filles, ce qui reste plus rare à l'époque. Le photographe se serait alors déplacé exprès, dans un but documentaire. Mais il révèle aussi ses limites et donc les efforts matériels et humains que ceux-là même qui ont commandé cette mission d'exploration devront consentir pour poursuivre cette politique.
On peut en effet supposer qu'il s'agit là d'une « école » assez récente. On a même l'impression que la scène de classe a été aménagée depuis peu, avec les moyens du bord, presque chancelante : le drap sur la gauche repose de manière incertaine sur un pilier, et il pourrait presque s'affaisser, emportant avec lui les symboles de l'apprentissage (carte et panneaux). De même, le tableau n'est pas accroché, mais apporté et tenu là de manière forcément temporaire : il n'est pas fixé, pas plus que ne l'est l'habillage assez pauvre de la pièce d'origine en lieu d'étude. Le froid et le vent qui semblent s'infiltrer, que renvoient les murs nus (certaines filles sont emmitouflées) ; les installations et le matériel rudimentaires confirment cette impression.
Les deux personnes assises seraient alors des « notables », chargés de surveiller la mise en place de la nouvelle institution, fiers aussi d'assister aux débuts des progrès de la civilisation.
L'enseignement se fait en arabe : le temps de « l'assimilation » n'est pas venu, Napoléon III préférant à partir de 1860 la « politique du Royaume arabe » selon laquelle, les indigènes peuvent garder, s'ils le souhaitent, leur culture et leur religion.

Auteur : Alban SUMPF


Bibliographie

  • Pierre GUILLAUME, Le monde colonial XIXéme-XXéme siècle, 2e édition, Armand Colin, 1994.
  • Antoine LEON, Colonisation, Enseignement, et Education, étude historique et comparative, éd. L'Harmattan, Paris, 1991.
  • Benjamin STORA, Histoire de l'Algérie coloniale 1830-1954, La Découverte, Paris, 1991.

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