© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet
Titre : Réception de la Reine Victoria à Boulogne-sur-Mer, le 18 août 1855.
Auteur : Louis ARMAND
Date de création : 1856
Date représentée : 18 août 1855
Dimensions : Hauteur 120 cm - Largeur 218 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Compiègne (Compiègne) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88-003715 / C31D4;C1405;MV1938
Derrière le décorum, deux puissances conduisent la guerre de Crimée
En juillet 1853 l’expansionnisme de la Russie, justifié par sa vocation à la protection des orthodoxes, a mené à l’occupation de la Moldavie et de la Valachie, principautés roumaines alors sous obédience ottomane. Soucieux de maintenir les équilibres européens, Napoléon III, qui a rétabli l’empire en décembre de l’année précédente, s’accorde avec Londres pour demander le retrait des troupes tsaristes. Devant le refus de Nicolas Ier, France et Angleterre lui déclarent la guerre (27 mars 1854). À l’été 1855, loin de leurs bases, les armées sont engagées devant le port militaire de Sébastopol en Crimée. Mais les opérations piétinent. Dans ce contexte international tendu, il faut discuter au plus haut niveau de la conduite à tenir. C’est à cette fin qu’auront lieu deux visites officielles en 1855 : invité à Windsor au printemps, le couple impérial recevra ensuite la souveraine britannique en France à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris.
Ces grandes manifestations internationales constituent alors des jalons importants. Par-delà l’alliance politique, les deux pays jouent un rôle moteur dans le processus d’industrialisation. Si l’Angleterre détient le leadership, comme l’exposition londonienne de 1851 l’a montré, celle de Paris témoigne du dynamisme français.
Célébrer les fastes impériaux
En ce 18 août, le navire royal a accosté dans l’avant-port de Boulogne-sur-Mer, formé par l’estuaire de la Liane, où se déroule la cérémonie d’accueil. L’ensemble du tableau se situe sur la passerelle. L’empereur est allé à la rencontre de la souveraine. Debout, à quelques mètres en arrière, le prince consort est entouré de la princesse royale Victoria et du futur Édouard VII. Au même moment, les navires de guerre et les troupes stationnées sur la falaise tirent des salves dans la fumée desquelles ils disparaissent. Agglutinée sur l’esplanade que domine le bâtiment du Casino, la foule exulte, contenue par des unités de soldats en grand uniforme. Derrière le dais pavoisé, des bannières nationales attendent les landaus. Le cortège doit en effet rejoindre la gare. Il s’agit de gagner Paris où la population se masse entre la gare de l’Est et le château de Saint-Cloud, lieu de résidence de Victoria lors de son séjour parisien.
Sortir du carcan de la Sainte Alliance
Napoléon III donne une nouvelle dimension à l’Entente cordiale. Elle s’inscrit dans sa conception politique de l’Europe, fondée sur l’émancipation des nationalités. De plus, l’empereur est anglophile. Reconnaissant de l’accueil qu’il reçut outre-Manche lors de ses combats politiques, c’est un admirateur des institutions britanniques. C’est au nom de cette alliance que la France, d’abord médiatrice entre la Russie et la Porte, a accompagné l’Angleterre – elle aussi très soucieuse de la situation en Méditerranée orientale. L’issue victorieuse, sinon le déroulement chaotique du conflit, consolide la position du régime impérial en Europe. Les négociations ont lieu lors du congrès de Paris (25 février-8 avril 1856). Le principe de l’autonomie des nationalités y progresse avec l’émergence des principautés roumaines. L’Europe de Napoléon Ier avait été engloutie par les traités de Vienne et d’Aix-la-Chapelle instituant la Sainte puis la Quadruple-Alliance. Celle de son neveu émerge moins de quarante après. L’alliance anglaise dont témoigne ce tableau contribue à expliquer cette réussite.
Auteur : Bernard COLOMB