© Photo RMN-Grand Palais - F. Vizzavona
Titre : Attaque du 1er régiment de tirailleurs marocains, le 28 juin 1918, à 5 h 5 m.
Auteur : Charles Paul RENOUARD (1845-1924)
Date représentée : 28 juin 1918
Technique et autres indications : Exposé au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1919.
Photographié par François Antoine Vizzavona.
Lieu de Conservation : Agence photographique Rmn, fonds Druet-Vizzavona (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 97-027517 / VZC9955
Les troupes coloniales marocaines dans « la seconde bataille de la Marne »
Libérées du front de l’est par le traité de Brest-Litovsk (1917) qui voit la Russie se retirer du conflit, les forces allemandes s’acheminent sur le front ouest, pour lancer l’offensive finale. En mars en Picardie, puis en mai dans l’Aisne, elles avancent de plus de 50 km, enfonçant les lignes Françaises. Les Allemands décident une nouvelle offensive dans la Marne, qu’ils veulent cette fois décisive, appelée le « Friedensturm » ou bataille pour la paix. Débute alors « la seconde bataille de la Marne » (27 mai - 6 août 1918) : les troupes alliées résistent et lancent la contre-offensive. Le 1er régiment de Tirailleurs marocains, créé le 1er janvier 1915 à partir des Troupes auxiliaires marocaines (qui datent de 1912) joue alors un rôle décisif lors de la bataille de Cutry (28 juin).
Soldats marocains à l’attaque ou en représentation
L’image Attaque du 1er régiment de tirailleurs marocains, le 28 juin 1918, à 5 h 5 m. est une photographie en noir et blanc d’une œuvre de Paul Renouard, dessinateur et graveur célèbre pour avoir représenté les grands événements de son époque, comme le procès Dreyfus. Elle présente, d’un point de vue fixe, le passage des soldats qui chargent en dévalant la pente d’un plateau. Au premier plan à gauche, tout près du spectateur et comme saisi sur le vif par l’artiste, un homme au faciès marocain (moustache et pommettes saillantes). Vêtu de l’uniforme et du casque en usage en 1918, il court, fusil avec baïonnette au poing. Son air est à la fois grave, déterminé et concentré. Plus éloignés et sur la droite, deux autres soldats que l’on devine marocains le devancent et, poursuivant le mouvement sont en train de sortir du cadre, sur le point d’échapper au point de vue qui détermine la représentation. Au second plan, trois ou quatre hommes se détachent encore, quoique beaucoup moins nettement, d’une masse que l’on devine en mouvement, de plus en plus imprécise jusqu’à se confondre avec le relief et la brume de l’aube.
Les soldats marocains s’inscrivent pleinement dans l’armée et la patrie
L’œuvre de Renouard insiste d’abord sur la cohésion entre les soldats du 1er régiment de tirailleurs marocains. Chargeant comme un seul homme, ils forment un seul corps, soudé par le combat. Ce n’est qu’au privilège d’une position de spectateur plongé dans l’action, que l’on peut distinguer un homme, comme par accident, et pour un instant seulement.
L’image signifie ensuite l’avancée et la reconquête : le caractère indéfini de la masse qui se poursuit en arrière plan suggère qu’un grand nombre d’hommes (autant qu’il en faut) est prêt à livrer bataille. Et cette masse soudée et en mouvement semble impossible à arrêter : elle déferle sur son objectif, irrésistible.
Enfin, la confusion des hommes avec le relief et les éléments pourrait signifier que ces soldats, même « coloniaux », s’ancrent pleinement dans la patrie, nourrissant son sol de leur sang, se mariant corps et âme avec elle dans l’épreuve du feu. Dans une perspective à la fois documentaire et historique, Renouard montre bien que l’homme au premier plan est marocain, mais surtout qu’il appartient au régiment et à la France.
Auteur : Alban SUMPF