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Jean-Étienne Despréaux et le renouveau de la danse

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Jean-Étienne Despréaux.

© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés

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Titre : Jean-Étienne Despréaux.

Auteur : Jean-Baptiste ISABEY (1767-1855)
Dimensions : Hauteur 6.1 cm - Largeur 6.1 cm
Technique et autres indications : Miniature sur ivoire.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 98-021673 / RF5050

  Contexte historique

C’est grâce à Joséphine de Beauharnais que Jean-Étienne Despréaux (1748-1820), ancien danseur et maître à danser de l’Académie royale de musique (futur Opéra) sous Louis XV et Louis XVI, reprend sous le Directoire sa carrière d’enseignant. Il offre alors ses services à la jeunesse dorée qui entoure Bonaparte, donne des cours de danse et organise des bals et des dîners avec son épouse, la célèbre ancienne danseuse de l’Académie royale de musique Marie-Madeleine Guimard (1743-1816). Despréaux devient le professeur de danse et de maintien non seulement des enfants de Joséphine, mais aussi de Désirée Clary, ex-fiancée de Bonaparte, future épouse de Jean-Baptiste Bernadotte et reine de Suède, et de Caroline Bonaparte, future épouse de Joachim Murat et reine de Naples. Bien que critique, dans ses mémoires posthumes, à l’égard de ceux qu’il considère comme des parvenus élevés au rang de souverains, Despréaux se montre toujours reconnaissant envers Joséphine et Napoléon pour leur bienveillance.

Grâce à son expérience de courtisan d’Ancien Régime, Despréaux se voit confier l’organisation des fêtes publiques données sous le Consulat et sous l’Empire, jusqu’en 1812. Lorsque, en 1810, Napoléon épouse en secondes noces Marie-Louise d’Autriche, Despréaux est appelé à Compiègne pour donner des cours de danse et de maintien à la jeune impératrice et pour apprendre la valse à l’empereur.

Maître à danser expérimenté et habile organisateur de spectacles et réjouissances, Despréaux est aussi un brillant auteur de chansons, vaudevilles et poèmes de circonstance. À la naissance du fils de Napoléon, Despréaux célèbre l’heureux événement en écrivant le poème « La naissance du Printemps de 1811, ou l’Espérance et la Réalité », chanté au banquet donné dans le grand foyer de l’Académie impériale de musique le soir même de la naissance du Roi de Rome.

Sous l’Empire, Despréaux est à la fois inspecteur de l’Académie royale de musique et du Théâtre des Tuileries, inspecteur général de la Cour, professeur de danse et de grâce au Conservatoire de musique et répétiteur des cérémonies de la cour. Il s’éteint à Paris en 1820, quatre ans après la mort de son épouse et un an avant celle de Napoléon à Sainte-Hélène.

  Analyse de l'image

Le célèbre portraitiste et miniaturiste Jean-Baptiste Isabey (1767-1855) commence comme Despréaux sa carrière sous l’Ancien Régime pour obtenir ensuite la faveur de Napoléon et de Joséphine et devenir le portraitiste officiel de la cour avec ses beaux, grands portraits à l’huile et au pastel. Représentant de l’excellence de l’école française de miniaturistes, Isabey atteint une très grande renommée en Europe grâce à son habileté dans la peinture sur émail et à ses remarquables ivoires peints à la gouache, souvent entourés de cadres précieux ou sertis dans des boîtes d’or.

Si le portrait qu’Isabey réalise de Despréaux n’est pas richement encadré – il ne s’agit que d’un simple médaillon en ivoire peint –, il témoigne néanmoins du statut du maître à danser à la cour de Napoléon : Despréaux n’est pas une personnalité politique à célébrer dans un tableau imposant, mais il joue un rôle important dans la représentation culturelle et mondaine du pouvoir napoléonien. Lorsque Isabey peint cette miniature, Despréaux a plus ou moins soixante ans, et sa position à la cour est désormais affirmée. Son visage pâle, que sa canitie et sa cravate blanche encadrent, ressort du fond sombre de la miniature : l’impression qu’il donne est celle d’un homme élégant, mais sans luxe excessif ; son regard fier et pensif révèle un homme à l’esprit vif, conscient de ses privilèges et de ses responsabilités de maître de cérémonies.

Dans ses Souvenirs posthumes, le vieux maître à danser retrace, non sans humour, sa carrière et ses rencontres avec les personnalités artistiques et politiques de son temps. Au-delà des mondanités, Despréaux apporte une contribution significative en adaptant la danse de société au goût du début du XIXe siècle.

  Interprétation

Despréaux ne se contente pas d’apprendre à danser aux têtes couronnées et aux nouveaux courtisans de l’ère napoléonienne, il s’interroge également sur l’avenir de la danse théâtrale en France. Au début du XIXe siècle, le ballet français ne craint pas encore la concurrence des artistes étrangers : Pierre-Gabriel Gardel (frère cadet de Maximilien, qui avait été le mentor de Despréaux) dirige la compagnie de danse de l’Académie royale de musique avec intelligence et autorité, en ménageant tradition et innovation dans le genre du ballet-pantomime ou ballet d’action que Jean-Georges Noverre a élaboré dans la seconde moitié du XVIIIe siècle ; toute l’Europe admire les exploits d’Auguste Vestris et reconnaît la suprématie de l’école française.

Despréaux pressentit cependant la future décadence du ballet français, due non seulement à la contamination du style national par l’influence des écoles étrangères et les excès de virtuosité de danseurs comme Vestris, mais aussi à la négligence des hommes de lettres et des institutions, comme le montre le poème satirique « La Ronde des beaux esprits, ou Arrivée subite de Madame Angot à l’Institut », où il se plaint de l’absence de la danse parmi les arts récompensés lors de la première distribution des prix du Conservatoire de musique, au Louvre, an XI (1803).

Après cet ouvrage au ton très ironique (madame Angot, archétype de la poissarde parvenue des vaudevilles et des opéras-comiques, est présentée ici comme la mère de la Danse), Despréaux compose un ambitieux poème en quatre chants, conçu comme un calque de L’Art poétique de Boileau et intitulé L’Art de la Danse. La référence à Boileau est une prise de position claire : Despréaux accepte l’évolution de la danse, à condition que cela n’entraîne pas le reniement des principes fondamentaux de la grâce, de l’élégance et du bon goût, c’est-à-dire de l’art de plaire sans avoir recours à la virtuosité et aux effets grotesques.

Dans ses dernières années, Despréaux travaille à un ouvrage théorique sur la danse, dont le point fort serait un nouveau système de notation chorégraphique, conçu dans le but de remplacer la désormais désuète Chorégraphie de Beauchamps et Feuillet. Ce système, baptisé par Despréaux « Terpsi-choro-graphie » en l’honneur de sa femme, surnommée « la Terpsichore du XVIIIe siècle », est une représentation originale et moderne du mouvement, mais malheureusement Despréaux meurt avant d’en terminer la rédaction, et personne ne s’est chargé de continuer son travail et de le publier. Le manuscrit est aujourd’hui conservé dans le fonds Deshayes de la bibliothèque de l’Opéra.

Auteur : Gabriella ASARO


Bibliographie

  • Albert FIRMIN-DIDOT, Souvenirs de Jean-Étienne Despréaux, Danseur de l’Opéra et poète-chansonnier 1748-1820 (D’après ses notes manuscrites), Issoudun, A. Gaignault Imprimeur, 1894.
  • Jean-Étienne DESPRÉAUX, Mes Passe-Temps, chansons suivies de l’Art de la Danse, Poëme en quatre chants, calqué sur l’Art Poétique de Boileau, Despréaux, par Jean-Étienne Despréaux, ornés de Gravures d’après les Dessins de Moreau le jeune, avec les airs notés, 2 tomes, Paris, Imprimerie de Crapelet, 1806.

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