L'Histoire par l'image 1789-1939

L'Histoire par l'image 1789-1939
Hors-série Napoléon Bonaparte
Réunion des musées nationaux en partenariat avec la Direction des musées de France et la Direction des Archives de France

La Deuxième République abolit l'esclavage

L'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises (27 Avril 1848).

© Photo RMN - G. Blot

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Titre : L'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises (27 Avril 1848).

Auteur : François BIARD (1798-1882)
Date de création : 1849
Date représentée : 27 avril 1848
Dimensions : Hauteur 261 cm - Largeur 391 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 92DE978/MV 7382


Contexte historique

1848, l'abolition de l'esclavage.
Affirmant l’égalité entre les hommes et leur droit naturel à la liberté, les philosophes du XVIIIe siècle engagent un débat sur la légitimité de l’esclavage. Des révoltes violentes, en 1791 à Saint-Domingue, provoquent une première prise de conscience. Pendant la Révolution française, en 1794, une première abolition de l’esclavage des Nègres dans les colonies est tentée, mais Bonaparte, sous la pression des planteurs antillais, le rétablit en 1802. Victor Schoelcher (1804-1893), sous-secrétaire d’Etat à la Marine en 1848, choqué par les horreurs du système esclavagiste, a consacré sa vie à la lutte pour l’émancipation. La République lui offre l’occasion de rendre effective et immédiate la liberté de tous les esclaves des colonies et des possessions françaises (décret d’abolition 27 avril 1848).


Analyse de l'image

L'émancipation immédiate.
Le tableau de Biard représente une scène d’émancipation dans les colonies, au moment de la proclamation de l’abolition de l’esclavage. Au centre, deux esclaves noirs manifestent leur joie, bras levés et chaînes déliées. D’autres, agenouillés, semblent bénir le député chargé de l’annonce, planté sur son estrade, représentant de la République qui vient d’adopter le décret dont il tient le texte en main. La ligne de fuite qu’indique son bras levé s’évanouit dans le drapeau bleu blanc rouge, confirmation de la présence symbolique de la République française. Sur sa gauche, des mousses rappellent la présence de la Marine comme force armée dans les îles. Sur la droite du tableau, c’est la société coloniale qui apparaît, toute de blanc vêtue, recevant dignement les remerciements d’une ancienne esclave agenouillée. Ombrelle, étoffes blanches et luxueuses et canotier s’opposent à la semi-nudité des esclaves, dont les corps noirs enchevêtrés forment une masse compacte. A l’arrière plan, une représentation typique des îles exotiques, avec cocotiers, plaines de culture et montagnes arides, suffit à évoquer n'importe quelle île à sucre.
Le tableau de Biard s’inscrit dans l’imagerie coloniale officielle. L’abolition de l'esclavage est une fête ou seule l’allégresse et la joie domine. L’image de l'harmonie entre les deux communautés, toujours différentes mais se mêlant dans l’effusion, correspond à l’écho qu’a voulu donner la République de son acte.


Interprétation

L’utopie quarante-huitarde.
La France n’innovait pas en la matière, puisque l’Angleterre, dès 1808, avait aboli la traite des noirs et incité de nombreux pays européens à faire de même. Mais le tableau rend bien l’utopie quarante-huitarde, forte de l’universalité de ses principes et encline à faire participer les colonies à la grande messe républicaine. L’abolition de l’esclavage est certes un pas immense dans la lente acquisition des libertés, que l’art se doit de célébrer, mais le tableau de Biard dit aussi le siècle des puissances impériales triomphantes, sûres de leur légitimité et de leur bienveillance à l’égard des peuples colonisés.

Auteur : Mathilde LARRÈRE


Bibliographie

  • Denise BOUCHE, Histoire de la colonisation, t.2, Flux et reflux, 1815-1962, Paris, Fayard, 1991.
  • Susan EVERETT, Les Esclaves, Nathan, Paris, 1979.
  • M. FAVRE, Esclaves et planteurs, Paris Gallimard, 1970.
  • Anne GIROLET, Victor Schoelcher, Abolitionniste et républicain…, Paris, Karthala, 2000.
  • Jean MEYER, Esclaves et négriers, Paris, Gallimard, 1986.
  • Jean MEYER et alii, Histoire de la France coloniale I : La conquête, Paris, Armand Colin, 1991.
  • Patricia MOTYLEWSKI, La Société française pour l'abolition de l'esclavage (1834-1850) , préface de L. Abénon, Editions du CHTS, coll. « Format », 1998.
  • Nelly SCHMIDT, Victor Schoelcher, Paris, Fayard, 1994.
  • Victor SCHOELCHER, Des colonies françaises, Abolition immédiate de l'esclavage, Paris, Editeur Pagnerre, 1842.
  • Marcel DORIGNY, Les abolitions de l'esclavage. De Léon-Félicité Santonax à Victor Schoelcher.1793/1794-1848, Paris, Editions de l'Unesco et Presses Universitaires de Vincennes, 1995 (réédition 1998).

Mots-clés

abolition de l'esclavage - histoire coloniale - Deuxième République - drapeau tricolore - droits de l'Homme - exotisme

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