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Titre : Camille Desmoulins, sa femme Lucile, et leur fils Horace.
Auteur : Jacques-Louis DAVID (1748-1825)
Date de création : 1792
Date représentée : 1792
Dimensions : Hauteur 100 cm - Largeur 123 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 87EE328/MV 5651
Les prémisses de la Révolution française
Dans la France des années 1780, les idées nouvelles des philosophes des Lumières, défenseurs d’une monarchie parlementaire à l’anglaise, des droits du citoyen et de l’idée de Nation, se répandent dans les couches sociales supérieures, tandis que privilégiés et non-privilégiés commencent à manifester des signes de mécontentement à l’encontre du pouvoir royal, les nobles revendiquant le retour de leurs prérogatives politiques traditionnelles et l’augmentation des droits féodaux, la bourgeoisie la reconnaissance de ses droits et l’établissement d’une monarchie à l’anglaise et le Tiers-État une amélioration de ses conditions de vie, fortement dégradées sous la pression fiscale et les mauvaises récoltes de 1788. Malgré des tentatives de réformes judiciaires et fiscales qui rencontrent l’opposition farouche des Parlementaires, le roi ne peut empêcher la tenue d’États-généraux le 1er mai 1789. Très vite, un bras de fer s’engage entre la monarchie et le Tiers-État qui se proclame le 17 juin « Assemblée nationale », et des émeutes éclatent devant le refus du roi de céder aux revendications et le renvoi de Necker. Au milieu de cette effervescence se dessine le destin commun de deux personnages tout dévoués à la cause de la Nation, Lucile et Camille Desmoulins.
Lucile et Camille Desmoulins, un même destin
Née à Paris en 1770 dans un milieu bourgeois aisé, Lucile Duplessis-Laridon partage sa vie entre les deux propriétés familiales de la rue de Condé, à Paris, et de Bourg-la-Reine. Au début des années 1780, elle fait la connaissance de celui qui deviendra son mari, Camille Desmoulins, jeune avocat parisien rêvant de jouer un rôle dans la France nouvelle qui s’ébauche. En décembre 1790, après avoir fréquenté assidûment la famille de Lucile, ce dernier finit par obtenir sa main, et le mariage est célébré à l’église Saint-Sulpice. Parmi les témoins figure Robespierre, ancien condisciple de Camille. Dès lors, la vie de Lucile Desmoulins se confond avec celle de son mari, dont elle partage pleinement les idéaux anti-aristocratiques et les fréquentations. De leur union naîtra un fils, Horace Camille, le 6 juillet 1792, ainsi que le montre un portrait de la famille Desmoulins peint par Jacques-Louis David. Chef de file du mouvement néoclassique et révolutionnaire engagé, David a réalisé un grand nombre de portraits de figures emblématiques de la Révolution, dont celui-ci qui met en scène Camille Desmoulins assis à sa table de travail, entouré de sa femme et de leur jeune fils. Dans cette construction pyramidale, les gestes tendres et les échanges de regard entre les trois protagonistes suggèrent un bonheur familial épanoui. Dès le début de la Révolution française, Camille Desmoulins se lance avec enthousiasme dans la politique. Élu aux États-généraux de 1789, il devient l’un des orateurs les plus écoutés des jardins du Palais Royal et publie brochures et journaux politiques. En 1792, après avoir milité aux côtés de Robespierre en faveur de la paix, il change de camp et se rapproche de Danton et Marat, les partisans de la guerre. Après la chute de la monarchie le 10 août 1792, au cours de laquelle Danton joue un rôle crucial et est nommé ministre de la justice, Camille Desmoulins devient son secrétaire général. Bientôt député de Paris à la Convention, il siège avec les Montagnards ; déstabilisé par la condamnation des Girondins le 30 octobre 1793, il devient le porte-parole des Indulgents, le mouvement dont Danton est le chef de file, et lance en décembre un nouveau journal, le Vieux cordelier, qui attaque violemment les hébertistes, partisans de la Terreur à outrance. Le 31 mars 1794, il est arrêté avec les Dantonistes et exécuté en même temps que Danton et Fabre d’Églantine le 5 avril. La veille, Lucile Desmoulins avait été arrêtée et incarcérée à la prison du Luxembourg. Là, elle est accusée d’avoir voulu fomenter dans la prison une rébellion en faveur de son mari avec le général Arthur Dillon, avec lequel elle avait entretenu par le passé des relations sociales. Jugée le 13 avril 1793 pour avoir conspiré contre la sûreté du peuple, elle est guillotinée le soir même, avec Arthur Dillon et la veuve de Jacques-René Hébert.
Un couple moderne ?
Unis jusque dans la mort, Camille et Lucile ont transmis à la postérité l’image de deux héros de tragédie, épris de liberté et de romantisme et victimes de la tourmente révolutionnaire. Tous deux sont parvenus à construire un couple dans lequel l’un et l’autre étaient placés sur un pied d’égalité, loin du modèle du despotisme marital régnant que l’ère napoléonienne n’a fait que renforcer, malgré les avancées révolutionnaires en faveur des droits civils des femmes (droit au divorce, égalité successorale, etc.). Lucile fit siens les combats de son mari, participa à ses enthousiasmes et à ses craintes, à ses joies et à ses peines, tempérant ses ardeurs et l’aidant à acquérir la détermination qui lui faisait parfois défaut. Le journal intime qu’elle tint entre 1788 et 1793 fourmille d’anecdotes sur la vie qu’elle mena aux côtés de son mari et sur les événements révolutionnaires qu’elle suivit de près ou de loin, comme cette terrible nuit du 9 au 10 août qu’elle vécut chez les Danton, dans l’attente de nouvelles de Camille, et dont la narration restitue bien l’atmosphère dramatique qui régnait alors dans les rues de la capitale. Comme d’autres femmes de son époque, Lucile fréquenta les nouveaux lieux de sociabilité révolutionnaires qu’étaient les salons parisiens, tenant elle-même un salon dont les Danton furent des habitués, et assista aux séances de la Convention, sans pour autant revendiquer un rôle politique pour les femmes, rejoignant en cela les prises de position de Madame Roland qui considérait que les femmes devaient se cantonner à la sphère privée.
Auteur : Charlotte DENOËL
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