L'Histoire par l'image 1789-1939

L'Histoire par l'image 1789-1939
Hors-série Napoléon Bonaparte
Réunion des musées nationaux en partenariat avec la Direction générale des patrimoines

Théroigne de Méricourt

Théroigne de Méricourt.

© Photo RMN - G. Blot

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Titre : Théroigne de Méricourt.

Auteur : François Hippolyte DESBUISSONS (1745-1807)
Dimensions : Hauteur 7.1 cm - Largeur 7.1 cm
Technique et autres indications : Miniature sur ivoire.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88-004753-02 / RF41627


Contexte historique

L’engagement politique des femmes au début de la Révolution

Dès le début de la Révolution française, les femmes ont joué un rôle significatif, voire moteur, dans les événements : de la marche de milliers de femmes sur Versailles les 5 et 6 octobre 1789, pour réclamer du pain et reconduire le roi Louis XVI à Paris, à l’insurrection de prairial an III, en passant par l’engagement des « tricoteuses de Robespierre » à la Convention contre les Girondins en 1793, les femmes furent présentes à chaque étape-clé de la Révolution. Volontiers radicales dans leurs opinions politiques, on retrouve celles-ci lors de la fusillade du Champ de Mars le 17 juillet 1791, parmi les signataires de la pétition en faveur de l’abolition de la royauté ou dans le mouvement parisien des sans-culottes lors de la Terreur. Cette volonté de participer pleinement à la vie politique se manifeste également dans l’apparition des clubs de femmes à Paris et en province dès les années 1790-1791, dont le plus célèbre est celui des Citoyennes Républicaines Révolutionnaires, fondé le 10 mai 1793 à Paris. Affichant souvent des objectifs philanthropiques, ces clubs féminins ne tardèrent pas à se radicaliser sous la pression des événements et à intensifier leur action militante, tandis que de plus en plus de femmes se pressaient dans les tribunes publiques des sociétés et assemblées.


Analyse de l'image

Théroigne de Méricourt, une révolutionnaire radicale

Le parcours politique de Théroigne de Méricourt, dont le miniaturiste français François Hippolyte Desbuissons nous a laissé un portrait, illustre bien cette influence grandissante des femmes dans la vie publique sous la Révolution. Représentée en buste dans un médaillon sur ivoire de petit format, une technique artistique très prisée aux XVIIIe et XIXe siècles pour les portraits avant l’apparition de la photographie, Théroigne apparaît coiffée d’un bonnet girondin et vêtue d’une robe largement décolletée à la mode de l’époque. Née en 1762 près de Liège, de parents laboureurs, Anne Josèphe Tewagne, dite Théroigne de Méricourt, mène une vie de mondaine qui la conduit d’Angleterre en Italie. Arrivée à Paris en juin 1789, elle est rapidement gagnée aux idéaux de la Révolution et s’installe à Versailles dès le mois d’août pour suivre les travaux de l’Assemblée, où elle fait son instruction politique et tient le soir un salon, réservé aux hommes politiques. Vêtue en amazone pour se donner une allure masculine, la « Belle liégeoise », ainsi qu’on la surnomme, devient une figure très populaire des tribunes publiques, qu’elle fréquente assidûment et où elle n’hésite pas à proclamer ses opinions radicales. Revenue à Paris lorsque l’Assemblée y déménage, elle fonde en janvier 1790 avec Gilbert Romme le club des Amis de la Loi, devançant le mouvement des sociétés populaires qui devait s’épanouir quelques mois plus tard à Paris. Mais, trop élitiste, ce club, qui avait pour objectif de tenir le peuple informé des travaux de l’Assemblée, n’eut qu’une existence éphémère, et Théroigne tentera sans succès d’en fonder un autre, celui des Droits de l’homme. Pendant ce temps, les journaux royalistes mènent une campagne de dénigration contre Théroigne de Méricourt qu’ils accusent à tort d’avoir participé aux journées d’octobre, et un mandat d’arrêt est délivré contre elle en août 1790, alors que celle-ci était rentrée en Belgique. Là, elle est soupçonnée de soulever la population contre l’empereur autrichien. Le 15 février 1791, des émigrés français l’enlèvent et l’emmènent en Autriche où elle fut emprisonnée au château de Kufstein. Libérée après neuf mois de détention, elle revient à Paris en janvier 1792, où elle reçoit un accueil triomphal. Celle-ci s’engage alors activement en faveur de la guerre et réclame la chute de la royauté. Elle prend une part active aux manifestations révolutionnaires, en particulier lors de l’assaut des Tuileries le 10 août 1792 qui consacre la déchéance du roi. En 1793, tout en déplorant le conflit qui oppose la Gironde et la Montagne, elle prend parti pour les Girondins aux côtés de Brissot. En tant que partisane, elle est publiquement fouettée le 15 mai par des « citoyennes républicaines révolutionnaires » jacobines et sauvée in extremis par Marat. Mais sa santé mentale ne survivra pas à cette nouvelle humiliation et elle est internée dans un asile en 1795. Elle mourra à la Salpêtrière en 1817 sans avoir retrouvé la raison.


Interprétation

Un combat pour la liberté des femmes

Par sa participation politique à la Révolution et son engagement de militante, Théroigne de Méricourt passe pour l’une des figures féminines les plus radicales de l’époque. Elle réclamait notamment pour les femmes le droit de voter dans les sociétés, clubs et assemblées et celui de s’organiser en corps armé. Au-delà de ces revendications pratiques, l’enjeu était de permettre aux femmes de s’affirmer comme citoyennes à part entière et de sortir de leur condition dans laquelle « l’ignorance, l’orgueil et l’injustice des hommes les tiennent asservies », d’après ses propres paroles, prononcées le 25 mars 1792 devant la Société fraternelle des Minimes. Cependant, ce féminisme affiché, qui remettait en cause la suprématie masculine et pervertissait le rôle traditionnellement dévolu à la femme, celui de mère au foyer et d’épouse, fit considérer Théroigne de Méricourt comme suspecte aux yeux des révolutionnaires, et, outre sa folie, la légende retiendra d’elle l’image d’une tueuse sanguinaire. Théroigne ne fut pas la seule à pâtir de cet ostracisme à l’encontre de son sexe, et, dès l’automne 1793, toute activité politique féminine fut officiellement interdite, avec la fermeture des clubs de femmes. Ce revirement de l’opinion à l’encontre des femmes, traitées de monstres lorsqu’elles prenaient part à la vie politique, reflète la conception que les révolutionnaires, influencés par Rousseau, se faisaient alors de la société, dans laquelle l’espace politique était réservé aux hommes, tandis que les femmes devaient s’occuper de leur foyer.

Auteur : Charlotte DENOËL


Bibliographie

  • Marie-Paule DUHET, Les femmes et la Révolution, 1789-1794, Paris, Gallimard, 1979 (collection « Archives »).
  • Dominique GODINEAU, Citoyennes tricoteuses. Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française, Aix-en-Provence : Alinéa, 1988, 2e éd., Paris, Perrin, 2003.
  • Elisabeth ROUDINESCO, Théroigne de Méricourt, une femme mélancolique sous la Révolution, Paris, Seuil, 1989.
  • Jean-René SURATTEAU et François GENDRON, Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, P.U.F., 1989.
  • Jean TULARD, Jean-François FAYARD, Alfred FIERRO, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, Paris, Laffont, 1987.

Mots-clés

féminisme - femmes - figures révolutionnaires - portrait

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