L'Histoire par l'image 1789-1939

L'Histoire par l'image 1789-1939
Hors-série Napoléon Bonaparte
Réunion des musées nationaux en partenariat avec la Direction générale des patrimoines

Olympe de Gouges

Olympe de Gouges.

© Photo RMN - T. Le Mage

Agrandissement - Zoom

Titre : Olympe de Gouges.

Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 28 cm - Largeur 21.3 cm
Technique et autres indications : Aquarelle et mine de plomb.
Inscription : elle s'était offerte pour défendre Louis XVI
Collection Rothscild
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-519732 / 3807DR


Contexte historique

Les femmes et la Révolution

La participation politique des femmes aux événements s’est affirmée durant la Révolution française. Tantôt dans la rue, tantôt dans les tribunes des clubs, sociétés ou assemblées, les femmes ont occupé le terrain de l’action militante à plusieurs reprises, en particulier lors des journées insurrectionnelles des 31 mai-2 juin 1793 et du 9 thermidor an II (27 juillet 1794) qui virent respectivement la chute des Girondins et celle des Robespierristes. Souvent surnommées péjorativement les « tricoteuses », en référence à leur travail manuel qu’elles continuaient à exercer dans les tribunes publiques, tout en participant activement aux délibérations politiques, ces militantes s’engageaient sur tous les fronts : lutte contre la misère et la faim, contre la Gironde à la Convention, etc. Parallèlement à ces combats, un mouvement de défense des droits de la femme se fait jour, soutenu par quelques personnalités comme Olympe de Gouges, Etta Palm d’Aelders ou Théroigne de Méricourt qui revendiquent la liberté de la femme et l’amélioration de sa condition sur le plan civil, social ou économique.


Analyse de l'image

Olympe de Gouges, une militante féministe

Née en 1748 à Montauban d’un père boucher ou bien du noble Le Franc de Pompignan, d’après ses dires, Marie-Olympe de Gouze monte à Paris en 1766, après son veuvage, et, sous le nom d’Olympe de Gouges, se lance dans une carrière littéraire, tout en partageant la vie de Jacques Biétrix de Rozières, un haut fonctionnaire de la Marine. Auteur de nombreux romans et pièces de théâtre, elle s’engage dans des combats politiques en faveur des Noirs et de l’égalité des sexes. Son écrit politique le plus célèbre est la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (septembre 1791), véritable manifeste du féminisme adressé à Marie-Antoinette. Prenant pour modèle la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, elle affirme que « la femme naît et demeure égale à l’homme en droits » (art. 1). A la suite de Condorcet, qui avait rédigé l’année précédente un traité Sur l’admission des femmes au droit de cité, elle considère que la femme détient des droits naturels au même titre que les hommes et doit pouvoir participer en tant que citoyenne à la vie politique et au suffrage universel. Olympe de Gouges revendique également pour les femmes la liberté d’opinion et la liberté sexuelle : à ce titre, elle réclame la suppression du mariage et l’instauration du divorce. Sur le plan politique, d’abord attachée à une monarchie modérée, puis républicaine, elle rejoint les Girondins et, convaincue que les femmes doivent jouer un rôle dans les débats politiques, propose à la Convention d’assister Malesherbes dans sa défense du roi Louis XVI en décembre 1792, qu’elle juge fautif en tant que roi mais non en tant qu’homme. Toutefois, sa demande sera rejetée au motif qu’une femme ne peut assumer une telle tâche. C’est cet épisode malheureux que rappelle la légende manuscrite de l’aquarelle anonyme représentant Olympe de Gouges dans l’attitude d’une femme savante, assise sur un fauteuil de style Louis XV, un livre à la main. Très fluide et transparente, cette aquarelle rehaussée de mine de plomb et le fond de paysage simplement esquissé annoncent le romantisme à venir. En 1793, lors de la Terreur, Olympe de Gouges s’en prend à Robespierre et aux Montagnards qu’elle accuse de vouloir instaurer une dictature et auxquels elle reproche des violences aveugles. Après l’insurrection parisienne des 31 mai-2 juin et la chute de la Gironde, elle prend ouvertement parti en faveur de celle-ci à la Convention et est arrêtée le 20 juillet 1793 pour avoir rédigé un placard fédéraliste à caractère girondin, Les Trois Urnes ou le Salut de la Patrie. Jugée le 2 novembre, elle fut exécutée sur l’échafaud le lendemain.


Interprétation

La Révolution : une avancée pour les droits des femmes ?

Sur le plan politique, les révolutionnaires refusent de reconnaître le droit des femmes à participer à la vie politique. Après les avoir laissées un temps se constituer en clubs et se mêler aux mouvements populaires, un terme est officiellement mis à l’automne 1793 à toute activité politique féminine, avec l’interdiction des clubs féminins et le refus de la citoyenneté pour les femmes. Ce revirement de l’opinion par rapport aux femmes se durcit en 1795, lors de l’insurrection de prairial (20-24 mai) : la Convention interdit d’abord aux femmes d’entrer dans ses tribunes, puis d’assister aux assemblées politiques et de s’attrouper dans la rue, cependant que de nombreuses femmes sont pourchassées dans la nuit du 1er au 2 prairial et jugées par une commission militaire. Si les femmes se virent ainsi exclues des affaires de la cité, les révolutionnaires prirent néanmoins quelques mesures pour améliorer leur statut civil et social et les soustraire à l’oppression masculine : l’égalité des droits de succession entre hommes et femmes fut admise le 8 avril 1791, le divorce, réclamé par Olympe de Gouges, instauré le 30 août 1792 et la reconnaissance civile concédée aux femmes le 20 septembre 1792, lors des lois sur l’état civil. Mais de telles avancées furent de courte durée, car le Code civil napoléonien, promulgué le 21 mars 1804, rétablit bientôt les pleins pouvoirs du chef de famille. Seul le divorce échappe momentanément à ce retour en arrière : il ne sera supprimé qu’en 1816.

Auteur : Charlotte DENOËL


Bibliographie

  • Olivier BLANC, Marie-Olympe de Gouges. Une humaniste à la fin du XVIIIe siècle, Paris, René Viénet, 2003.
  • Marie-Paule DUHET, Les femmes et la Révolution, 1789-1794, Paris, Gallimard, 1979 (collection « Archives »).
  • Dominique GODINEAU, Citoyennes tricoteuses. Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française, Aix-en-Provence : Alinéa, 1988, 2e éd., Paris, Perrin, 2003.
  • Sophie MOUSSET, Olympe de Gouges et les droits de la femme, Paris, Pocket, 2006.
  • Jean-René SURATTEAU et François GENDRON, Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, P.U.F., 1989.
  • Jean TULARD, Jean-François FAYARD, Alfred FIERRO, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, Paris, Laffont, 1987.

Mots-clés

féminisme - femmes - figures révolutionnaires - portrait

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