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Titre : Manon Philipon, dite Madame Roland.
Auteur : Johann Ernst Jules HEINSIUS (1740-1812)
Date de création : 1792
Date représentée : 1792
Dimensions : Hauteur 67 cm - Largeur 53 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Jeanne Phlipon dite Madame Roland
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 86-001282
Les salons féminins au XVIIIe siècle
Nés au XVIIe siècle, les salons particuliers tenus par des femmes se multiplient au siècle suivant à Paris et l’on compte de plus en plus de grands salons comme ceux de Madame Geoffrin, Madame du Deffand, Julie de l’Espinasse ou Madame Necker. Lieux de sociabilité et de vie intellectuelle, où l’art de la conversation à la française est roi et où s’épanouit la philosophie des Lumières, ces salons réunissent artistes, savants, écrivains. Ils sont pour les femmes cultivées l’occasion de s’exprimer et de débattre avec les hommes de sujets politiques, religieux ou sociaux, à une époque où la question de la subordination des femmes est soulevée par les philosophes des Lumières et où on s’interroge sur la question de leurs droits naturels. La Révolution française met fin à cette forme de sociabilité mondaine typiquement parisienne : l’émigration entraîne la dispersion des salons aristocratiques et les clubs récupèrent une partie de leurs habitués, tandis que certains salons nouvellement créés se politisent, devenant des lieux d’échange des idées révolutionnaires, à côté des clubs ou des sociétés populaires.
Madame Roland, l’égérie de la Gironde
Le salon que tenait Jeanne Marie Philipon (1754-1793), dite Madame Roland, rue Guénégaud illustre bien cette sociabilité politique nouvelle qui s’est mise en place au moment de la Révolution. Johann Ernst Heinsius, un peintre de genre allemand émigré en France, où il était réputé pour ses portraits de femmes, tout spécialement dans les cercles de la cour, a laissé de Madame Roland un portrait en médaillon d’une facture préromantique. Représentée simplement vêtue d’une robe au large décolleté découvrant les épaules, les cheveux lâchés tombant en cascade, celle-ci était issue du milieu de l’artisanat d’art par son père, maître graveur place Dauphine. Dotée d’une grande aptitude pour les études, elle se passionne dès le plus jeune âge pour la lecture et lit les philosophes des Lumières, notamment Montesquieu, Voltaire et surtout Rousseau, qui fut son maître. Très vite, elle adhère aux idéaux républicains. En 1776, elle rencontre Jean-Marie Roland de la Platière, inspecteur des manufactures, et l’épouse en 1780. De 1780 à 1789, les époux habitent Amiens puis Lyon, et Madame Roland seconde son mari dans ses travaux durant ces années. Toute acquise aux idéaux de 1789, elle s’engage politiquement et, depuis Lyon, encourage la mise en place d’un réseau de sociétés populaires et la tenue de fédérations des clubs de chaque département. Revenue définitivement à Paris avec son mari en février 1791, Madame Roland organise à son domicile, rue Guénégaud, un salon qui attire une kyrielle d’hommes politiques de l’extrême-gauche comme Robespierre, Pétion, Desmoulins ou Brissot. Lieu mondain à la mode, son salon fut l’un des creusets de l’élaboration de la politique girondine, tandis que, grâce à ses relations avec les Girondins, Roland de la Platière est nommé ministre de l’intérieur le 23 mars 1792. Devenue l’égérie des Girondins, Madame Roland oriente la politique de son mari ministre, rédigeant notamment en son nom la célèbre lettre au roi du 10 juin 1792 dans laquelle Roland adjure le roi de renoncer à son veto et de sanctionner les décrets, lettre qui valut à Roland son renvoi trois jours plus tard. Après le 10 août 1792 qui consacre la chute de la monarchie, Roland est rappelé au ministère, mais, devant les attaques de plus en plus virulentes des Montagnards qui lui reprochent son inertie, celui-ci finit par démissionner le 23 janvier 1793. Après le départ de son mari du ministère, Madame Roland, qui entretient une liaison platonique avec Buzot, l’un des orateurs du parti girondin, continue de jouer un rôle dans la politique girondine. Lors de la chute de la Gironde, le 2 juin 1793, Madame Roland est décrétée d’arrestation comme son mari. Tandis que ce dernier parvient à se réfugier à Rouen, celle-ci se laisse arrêter. Libérée le 24 juin, elle est à nouveau incarcérée le jour même et, dans l’attente de son jugement, rédige à la Conciergerie ses Mémoires qui sont un témoignage exceptionnel sur l’histoire de la Gironde comme sur son engagement personnel dans la politique. Jugée le 8 novembre 1793 pour avoir participé à la conspiration contre la République, Madame Roland est condamnée à mort et exécutée le soir même sur l’échafaud.
Le rôle politique des femmes sous la Révolution
Déjà entamée à l’été 1792, avec la mise en place de la première phase de la Terreur, la chute des salons est définitivement entérinée avec le procès de Madame Roland. Instruite et consciente de sa supériorité intellectuelle, Madame Roland a joué depuis son salon de la rue Guénégaud un rôle d’inspiratrice auprès des milieux dirigeants, à la limite entre le privé et le public, suivant en cela une tradition du XVIIIe siècle. Elle souhaitait mettre son savoir et ses idées au service de la République, sans revendiquer pour autant un rôle politique de premier plan pour les femmes : influencée par les idées rousseauistes, elles jugeait que celles-ci devaient demeurer à leur place au sein de la sphère privée et contribuer par là au bonheur de la société, plutôt que de se mêler ouvertement de politique. Ces positions modérées n’étaient pas partagées par tous, et d’autres figures plus radicales, comme Condorcet ou Olympe de Gouges, revendiquaient la reconnaissance des droits naturels de la femme et son égalité avec les hommes. Toutefois, si la Révolution a accordé aux femmes certains droits civils comme l’égalité successorale ou le divorce et encouragé leur instruction, elle les a complètement exclues de la vie politique, interdisant dès l’automne 1793 tous les clubs féminins. Destinée à remettre les femmes « à leur place », cette mesure représente une régression par rapport à l’Ancien Régime où les femmes avaient le droit d’excercer la Régence.
Auteur : Charlotte DENOËL
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