© Photo RMN - F. Raux
Titre : L'école d'Apelle.
Auteur : Jean BROC (1771-1850)
Date de création : 1800
Dimensions : Hauteur 375 cm - Largeur 480 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-529648 / RF27
Le Salon de 1800 est le dernier du XVIIIe siècle et il est pourtant, celui qui présente le plus de nouveautés artistiques. En 1800, après le coup d’état du 18 Brumaire, le général Napoléon Bonaparte réussit à s’imposer et devient Premier Consul. Dès cette époque, il commence à se servir de l’art pour légitimer un pouvoir qu’il a pris de force. De jeunes peintres, tels qu’Antoine-Jean Gros, deviennent les chantres de l’histoire contemporaine. Toutefois, cette peinture n’est pas la seule à être présente sur les cimaises des Salons. Les héros antiques sont toujours omniprésents et de nouveaux thèmes apparaissent telle la représentation des poèmes d’Ossian, évocation sentimentale et fantastique d’un deuil de la génération post-révolutionnaire. Deux Primitifs exposent ce que devrait être la peinture moderne. Paulin Duqueylar a peint un Ossian chantant (huile sur toile, musée Granet, Aix-en-Provence) qui rebute les critiques par la crudité de ses couleurs et l’emploi d’un nouveau sujet. Jean Broc, élève de David et camarade d’atelier de Duqueylar, révèle l’Ecole d’Apelle à ce Salon et reçoit un prix d’encouragement. Pourtant, malgré l’enthousiasme du public face à ce tableau de grand format, il reste incompris. Les critiques contemporains ne saisissent pas la signification de l'action développée par Broc.
Dans une architecture qui s’inspire des modèles antiques et de la Renaissance, mais également de son maître (les trois arcades sont une référence implicite à celles du Serment des Horaces), Broc met en scène Apelle, le peintre le plus talentueux d’Alexandre le Grand, et ses élèves. Contrairement à ses contemporains, qui utilisent des couleurs chaudes, le peintre cherche à retrouver la fraîcheur des teintes antiques et des fresques du XVe siècle ; il espère ainsi transmettre un sentiment antique et primitif, en accord avec le sujet présenté. Montrant sa prouesse à réaliser des académies, il donne vie à de nombreux jeunes gens, dispersés par groupe ou seul. Chaque personnage est une étude en elle-même de différentes attitudes, qui incarnent le Beau Idéal. Dans une culture classique, où l’Antiquité est érigée en idéal absolu, l’école d’Apelle devient un exemple pour les jeunes peintres. Broc marque également un net changement par rapport à son maître par le fort clair-obscur, utilisé au premier-plan. Il dépeint Apelle qui montre à ses élèves un dessin, la Calomnie d’Apelle, à l’époque de Broc attribué à Raphaël. Ce dessin représente un épisode où un peintre, jaloux du talent de son rival, Apelle, l’accuse de trahison. Apelle exécute pour se défendre de ses détracteurs un tableau où un innocent est traîné par la Calomnie, l’Envie et le Repentir. Cet exemple emblématique de la Calomnie, représenté par Sandro Botticelli ou Albrecht Dürer, est repris par Broc, à travers Raphaël. L’artiste de 1800 ne cherche pas à montrer la calomnie en elle-même, de prime abord, mais se sert du lieu d’apprentissage, l’atelier, pour le porter au vu de tous. Broc réussit une mise en abime anachronique, qui dépeint un artiste antique expliquant un dessin de Raphaël, artiste de la Renaissance.
Ce tableau dans un tableau n’a pas été appréhendé à sa juste mesure par la critique, sans doute à cause de son mauvais emplacement au Salon. Le choix de Broc pour ce sujet peut s’expliquer d’une part par les goûts des Primitifs en matière d’art, et d’autre part par les critiques que David faisait à Broc. Le maître trouve que Broc est un coloriste qui ne se préoccupe pas assez du dessin. Et surtout il déclare qu’il ne doit pas « [se] mettre dans l'esprit qu'il est un Raphaël ». Le tableau se comprend comme un manifeste pictural de la secte, qui illustre une césure avec le classicisme de David et désire justement ne pas être vue comme dissidente et mauvais pour l’art mais au contraire comme un groupe légitime mais également comme une marque de rébellion ouverte et personnelle face au maître. Le tableau de Jean Broc est le symbole d’un changement en art ; les idées utopiques de la Révolution ont été transmises à la génération de l’atelier de David à la fin des années 1790. La fraîcheur des couleurs et l’originalité de la touche de Broc font que son style est remarqué par plusieurs artistes, dont Jean Auguste Dominique Ingres, son ancien camarade d’atelier. En accord avec la nouveauté de la situation politique française, Broc, qui montre un personnage calomnié, ferait-il également référence à Napoléon et à son pouvoir contestable ? En tout cas, Broc s’inscrit à la toute fin du XVIIIe siècle dans un esprit de création, cherchant à rompre tout lien avec un passé récent et surtout dans une volonté de s’affirmer comme moderne, par la nouveauté du sujet.
Auteur : Saskia HANSELAAR
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