L'Histoire par l'image 1789-1939

L'Histoire par l'image 1789-1939
Hors-série Napoléon Bonaparte
Réunion des musées nationaux en partenariat avec la Direction générale des patrimoines

Les Demoiselles Harvey

Les Demoiselles Harvey.

© Photo RMN - M. Bellot

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Titre : Les Demoiselles Harvey.

Auteur : Jean-Auguste Dominique INGRES (1780-1867)
Dimensions : Hauteur 27.5 cm - Largeur 18 cm
Technique et autres indications : Encre grise, lavis gris, pierre noire, plume.
Vers 1804.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 98-011340 / RF12293


Contexte historique

En 1804, alors que Napoléon Bonaparte devient Empereur, Jean Auguste Dominique Ingres s’entoure d’un cercle amical hétérogène, composé de peintres, de musiciens et de ses amis de la région de Montauban. Dans ce groupe, une famille anglaise, composée de Mme Harvey et de ses deux filles Henrietta et Elisabeth, est intéressante par la profession de peintre de la plus jeune. Elisabeth Harvey expose au Salon, tout comme Ingres. Comme de nombreuses jeunes femmes en ce début de siècle, elle fait carrière dans la peinture de 1802 à 1812 où elle présente différents sujets à caractère historique aux Salons. Si certaines femmes gravent leurs noms durablement dans l’histoire de l’art, comme Constance Mayer par exemple, Elisabeth Harvey reste une de celles qui ont tenté de vivre de leur art mais, qui à cause du mariage et des convenances, ont été obligées de se retirer dans l’ombre de leurs collègues masculins. Ingres, qui excelle dans l’exécution des portraits et croque souvent ses proches et amis, laisse un témoignage de cette artiste ainsi que de sa sœur, elle-même peintre amateur, permettant ainsi d’appréhender la société brillante et diversifiée du début du XIXe siècle.


Analyse de l'image

Ce dessin de 1804 exécuté au pinceau et au lavis gris est rare dans l’œuvre d’Ingres par la singularité de la pose des deux jeunes femmes mais également par les matériaux utilisés. Ce travail est une esquisse préparatoire à un tableau aujourd’hui perdu. Les Demoiselles Harvey, sœurs anglaises, installées en France à une date inconnue, sont artistes peintres. Elles sont à la mode de leur temps, puisqu’elles sont habillées de longues robes blanches, en référence aux drapés antiques, très prisés sous l’Empire. Elles portent également des châles en cachemire, souvenir rapporté par le général Napoléon Bonaparte lors de la campagne d’Egypte et adopté par les femmes. Elles ont les cheveux relevés, également à l’Antique. La rapidité d’exécution qui se ressent dans ce dessin montre l’intimité des trois artistes et est distinctive des portraits exécutés par Ingres au début de sa carrière. Il a réussi à capter la tendresse qui unit les deux sœurs dans l’instant où elles posent côte à côte, enlacées. En effet, la plus grande, Elisabeth Norton (de son vrai nom) entoure de son bras, Henrietta, l’aînée, et lui tient la main, tout en penchant sa tête sur celle de sa sœur. Ce geste affectueux n’exclut pas cependant le reflet d’une attitude un peu dominante provenant de la plus jeune, plus à l’aise que son aînée dans l’art de la peinture. Ce dessin est également original, car il témoigne d’un des seuls portraits en pied qu’Ingres aurait réalisé. Il montre l’habitude des dessins très soignés qu’il exécutera à la fin des années 1800 et après. Toutefois, dans cette esquisse, aucun arrière-plan ne permet de discerner si le peintre a peint les deux jeunes femmes dans un intérieur ou dans un décor extérieur, évoquant leur passion commune pour la peinture. Ingres apporte un soin particulier à la représentation de ces deux jeunes artistes en favorisant leur jeunesse, leur beauté et leur fonction.


Interprétation

Il existe très peu de portraits des femmes peintres de cette époque et bien souvent les autoportraits de ces jeunes femmes sont eux aussi assez rares. Suivant ce schéma, les sœurs Harvey ne se sont jamais représentées ; seul le dessin d’Ingres et quelques croquis permettent de connaître leurs visages. Le dénigrement dont certaines ont fait l’objet et l’attribution de leurs œuvres à des hommes ont engendré un oubli et une difficulté pour comprendre leur importance sur la vie artistique française. Or, Elisabeth Harvey est une de ces artistes qui participent activement à la vie artistique parisienne durant une décennie. Elle est la plus douée des sœurs et on connaît surtout d’elle Malvina pleurant la mort d’Oscar (1806, huile sur toile, Paris, musée des Arts Décoratifs), qui montre une grande maîtrise de la composition et des figures, ainsi qu’une grande connaissance du texte. Henrietta, bien qu’amateur, peint des paysages et se contente d’un succès privé (comme de nombreuses autres jeunes femmes dont l’art est confiné dans le cercle familial ou amical). Le double portrait, réalisé par Ingres, illustre un pan inconnu de la vie artistique du début du XIXe siècle, par la présence souvent oubliée des femmes.

Auteur : Saskia HANSELAAR


Bibliographie

  • Hans NAEF, « Henrietta Harvey and Elizabeth Norton : Two English Artists », The Burlington Magazine, février 1971.
  • Georges VIGNE, Ingres, Paris, Citadelles et Mazenod, 1995.

Mots-clés

femmes - portrait

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