L'Histoire par l'image 1789-1939

L'Histoire par l'image 1789-1939
Hors-série Napoléon Bonaparte
Réunion des musées nationaux en partenariat avec la Direction générale des patrimoines

Un transparent de Carmontelle

Paysage de fantasie animé de scènes champêtres.

© Photo RMN - R. G. Ojeda

Agrandissement - Zoom

Titre : Paysage de fantasie animé de scènes champêtres.

Auteur : CARMONTELLE, Louis CARROGIS (dit) (1717-1806)
Dimensions : Hauteur 48.5 cm - Largeur 126 cm
Technique et autres indications : Transparent, aquarelle, gouache.
Lieu de Conservation : Musée Condé (Chantilly) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-000819 / DE1936.1.1


Contexte historique

Louis Carrogis dit Carmontelle, lecteur du duc de Chartres et « divertisseur » pour les Orléans, est plus connu au XVIIIe siècle pour ses proverbes que pour ses transparents. Pourtant, c’est à partir des années 1780 que celui-ci est également plus actif dans la création de jeux d’optique. Il nomme transparents les dessins très fins qu’il présente à la haute société. On sait « [qu’exposés] à la lumière du jour, devant un seul carreau de ses croisées, ils se déroulaient successivement aux yeux des spectateurs pendant une heure […] Pour peindre ces sortes de tableaux, il était obligé de travailler debout sur le papier appliqué à sa vitre ». Très à la mode au XVIIIe siècle, car considéré comme un objet pédagogique et en même temps ludique, la lanterne magique est présente dans de nombreuses familles de la noblesse ou de la haute bourgeoisie. Elle est un moyen de socialiser la science. A l’époque où Cosmorama, Panorama, Diorama, Fantasmagories et lanterne magique deviennent de plus en plus fascinantes et accessibles au plus grand nombre, ces transparents proposent un spectacle que Carmontelle, tel un véritable réalisateur, monte de toutes pièces. Ce procédé offre une grande facilité d'exécution et d'emploi, propre à intéresser les artistes et les amateurs. Il fait figure de précurseur à la fin du XVIIIe siècle par son habileté à mêler images en mouvement et histoire parlée.


Analyse de l'image

Ce transparent porte encore les traces du cadre dessiné par Carmontelle. En effet, afin de donner plus de relief à la scène présentée, il l’entoure d’un liseret noir (système qui est par la suite repris par le cinématographe) qui protège également le dessin. Carmontelle actionne lui-même des manivelles qui permettent de dérouler les différentes scènes peintes sur plusieurs mètres ; il donne vie aux personnages par des changements de voix et raconte son histoire par un défilement sans temps mort. Dans un esprit qui se rapproche de la peinture de paysage, Carmontelle exécute ces tableautins. Il utilise comme cadre à ses histoires, en général, le domaine du duc d’Orléans, Monceau, souvent transcendé grâce à ses talents de topographe, mais il recrée également de nombreuses demeures en Ile-de-France ainsi que des villages ou de simples échoppes. Le transparent présenté ici montre l’insouciance de la noblesse de l’Ancien Régime dans une promenade au bord d’un canal et qui s’apprête à découvrir une ruine. Dans l’esprit de son temps, Carmontelle, avec son invention illusionniste accompagnée de jeux de mots et de calembours, se moque de la bonne société dont il fait partie et qui est en train de disparaître.


Interprétation

Quand les découvertes et les possibilités matérielles commencent à faire bouger les images, Carmontelle, en véritable homme de théâtre, est un des premiers artistes à vouloir faire de ses créations une œuvre complète. Il cherche à faire évoluer ses paysages et ses personnages en temps réel dans un décor changeant au fil des situations. Certains rouleaux de transparents complets ne permettent cependant pas de connaître l’action véritable de ces pièces puisque Carmontelle n’a laissé aucun élément précisant l’intrigue. Dans la veine de Robertson, qui créé les Fantasmagories dans les années 1790, mêlant plusieurs disciplines, telles que lanterne magique, illusion et musique, Carmontelle réunit théâtre, musique et image animée dans une composition éphémère. Il crée une nouvelle sorte de spectacle adaptable à des publics différents, transportable et maniable par une seule personne. Dans un but de contrôle de l’image, de l’action et du texte, Carmontelle a voulu créer une œuvre d’art totale.

Auteur : Saskia HANSELAAR


Bibliographie

  • Laurence CHATEL du BRANCION, « Les transparents de Carmontelle », article dans Lumière, transparence, opacité, catalogue d’exposition au nouveau musée national de Monaco, sous la direction de Jean-Michel Bouhours, Monaco, 2006.
  • FAMIN, « Revue nécrologique de M. Carmontelle » in La Gazette nationale ou le Moniteur universel, n°364, mardi 30 décembre 1806, p. 4 de la livraison [p. 1564].

Mots-clés

cinéma - innovation

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