Louis XIV, protecteur des arts

Date de publication : février 2017
Auteur : Jean HUBAC

Inspecteur d'Académie Directeur académique adjoint

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Contexte historique

Une commande de l’Académie royale de peinture et de sculpture

Le 27 février 1666, les membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture commandent à Henri Testelin la réalisation d’un portrait du roi destiné à orner la salle d’assemblée. Le procès-verbal des séances de l’Académie précise que le roi sera peint avec le manteau royal, en protecteur des arts. Presque deux ans plus tard, le 7 janvier 1668, l’artiste livre une grande toile qui suscite l’admiration de ses collègues, comme en témoigne l’analyse de l’historiographe de l’Académie, Georges Guillet de Saint-George.

Issu d’une famille de peintres, Henri Testelin embrasse la carrière de peintre de cour. En 1648, il participe avec son frère Louis à la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture, dont il devient secrétaire en 1650.

Élève de Simon Vouet, il réalise des portraits appréciés qui s’inspirent de l’art de son ami Charles Le Brun. On lui doit en particulier un portrait en majesté de Louis XIV enfant (1648), dans lequel il hérite d’un cadrage et d’un type iconographique dont il systématise l’usage : colonnes, tenture, trône à degrés, présentation frontale, manteau royal entrouvert sur une jambe droite gainée de blanc et terminée par un soulier à gros nœud.

Durant la seconde moitié de la décennie 1660, les almanachs sont nombreux à reprendre et diffuser cette représentation du roi, assis et en majesté. Pour réaliser la commande de l’Académie, Henri Testelin reprend donc ce motif figuratif.

Analyse des images

Louis XIV, roi des arts

Au centre de la composition, assis et fixant le spectateur, Louis XIV apparaît dans toute sa puissance souveraine, avec les apparats de la puissance et de la magnificence. Il se présente en costume de sacre, dans un grand manteau fleurdelisé brodé d’hermine, le collier de l’ordre du Saint-Esprit en évidence. Le roi tient en sa main droite la hampe du sceptre « de Charlemagne », long bâton surmonté d’une fleur de lys sur laquelle trône un portrait de l’empereur en majesté, globe crucifère et sceptre en main. Sa main gauche est posée sur la tête d’un enfant qui tient l’écu de l’Académie, signifiant la relation personnelle liant le monarque à l’institution artistique. Accentuant la diagonale structurante de la composition, la jambe droite, gainée de blanc et avancée, obéit à une convention artistique, symbole de la majesté, qui décentre légèrement vers la gauche le visage du roi.

Celui-ci exprime une sereine fermeté et une tranquille assurance, qui garantissent une protection aux objets symboliques occupant le premier plan. Le globe céleste, instrument de l’astronome, renvoie à la récente création de l’Académie royale des sciences et l’édification de l’Observatoire, dont le chantier commence en 1667. Le buste d’Alexandre évoque à la fois les mérites de la sculpture et la gloire militaire antiques, à laquelle peut être associée celle de Louis XIV. Le livre ouvert sur une figure géométrique et les instruments de mesure symbolisent l’art de la perspective et de la géométrie, tandis que la toile présente l’esquisse d’une peinture à venir du roi.

À l’arrière-plan, ouvert au-delà d’une arcade travaillée à l’antique, figure la fontaine dessinée par Charles Le Brun pour la cour du Louvre, qui ne sera finalement jamais édifiée.

Interprétation

Le roi protège les arts, les arts glorifient le roi

Dans la toile d’Henri Testelin, Louis XIV apparaît comme un prince ami des arts, complétant ainsi l’image d’un souverain à qui aucun domaine n’échappe.

L’année même de la réalisation de cette toile (1667), le roi se montre en roi de guerre et de paix victorieux dans les Flandres, et en roi de justice instaurant un nouveau code de procédure civile (le code Louis) – dans la description qu’il fait du tableau, Georges Guillet de Saint-George indique d’ailleurs que la tenue de Louis XIV (manteau du sacre sur la camisole rouge) est celle qu’il porte lorsqu’il siège au Parlement lors des lits de justice.

Dans ce portrait, qui reprend bon nombre de codes artistiques de représentation de la puissance souveraine, le roi participe donc à une « stratégie figurative de la monarchie française » (G. Sabatier), qui exalte le prince comme protecteur des arts.

Assis en majesté sur son trône, Louis XIV est à la fois le roi homme au visage réaliste (il a alors presque 30 ans) et le roi intemporel qui se manifeste dans une gloire conventionnelle et explicite. Henri Testelin convoque l’ensemble des arts – astronomie, peinture, sculpture, architecture, géométrie – autour d’un prince protecteur et mécène, qui bénéficie, en retour, de la mise des arts au service de sa gloire – la toile d’Henri Testelin est en elle-même un manifeste des liens entretenus entre le roi et les artistes, entre le roi et les arts. Significativement, la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture une vingtaine d’années plus tôt marque un tournant dans l’institutionnalisation et la mise en ordre des arts au service du roi.

Henri Testelin poursuit sa carrière de peintre du Roi jusqu’en 1681, lorsque sa foi réformée le contraint à l’exil aux Provinces-Unies. Il y décède en 1695, expatrié par la politique d’un roi dont il avait ironiquement contribué à exalter la gloire.

Bibliographie

BAJOU Thierry, La peinture à Versailles (XVIIe siècle), Paris, Réunion des musées nationaux / Buchet Chastel, 1998.

LIGNEREUX Yann, Les rois imaginaires : une histoire visuelle de la monarchie de Charles VIII à Louis XIV, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2016.

MILOVANOVIC Nicolas, MARAL Alexandre (dir.), Louis XIV : l’homme et le roi, cat. exp. (Versailles, 2009-2010), Paris, Skira-Flammarion / Versailles, château de Versailles, 2009.

SABATIER Gérard, Le prince et les arts : stratégies figuratives de la monarchie française, de la Renaissance aux Lumières, Seyssel, Champ Vallon, coll. « Époques », 2010.

Pour citer cet article
Jean HUBAC, « Louis XIV, protecteur des arts », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 18 septembre 2019. URL : http://www.histoire-image.org/de/etudes/louis-xiv-protecteur-arts
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