La propagande franquiste

Date de publication : janvier 2019

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Contexte historique

Barcelone, 1942

Après la fin de la guerre civile (17 avril 1936 - 1er avril 1939) et la victoire définitive des nationalistes menés par le général Franco, l’Espagne se retrouve ruinée, décimée et encore traumatisée par les années de conflit. Les Républicains qui n’ont pas pu ou voulu fuir en exil sont confrontés au régime franquiste dont ils sont les spectateurs impuissants ou les victimes directes. La dictature s’installe en effet, faite d’accointances plus ou moins franches avec les régimes fascistes en Europe, de répression, d’épuration, de contrôle de l’information et d’« éducation » du peuple. Dans le fil de l’expérience récente de la guerre des opinions, les nouvelles autorités poursuivent un intense effort de propagande et réécrivent l’histoire du conflit à leur unique avantage.

Barcelone : il y a trois ans Franco te libéra est une affiche imprimée par la Jefatura Provincial de propaganda (mention en bas à droite de l’image), c’est-à-dire la Direction provinciale de propagande mise en place par le nouveau pouvoir dans chaque province espagnole, ici la Catalogne. Haute de près d’un mètre, elle est placardée sur de nombreux murs de la cité catalane au début de l’année 1942.

Analyse des images

Portrait du « libérateur »

Encadrant une représentation de Franco, le texte se divise en deux parties. L’adresse à la ville figure sur la partie supérieure et le message occupe la partie inférieure, qui fait référence à la prise de Barcelone par les troupes nationalistes le 26 janvier 1939. L’auteur de l’affiche a d’ailleurs joué de différentes typographies pour obtenir des effets visuels qu’il espère significatifs : le nom de Franco est ainsi nettement mis en évidence.

Au centre de l’image, le portrait en buste du général est quant à lui de facture assez classique. Paré de son uniforme militaire et de ses décorations (sur le col et la poitrine), ceint du ruban de chef des Armées, Franco est représenté en toute solennité. Un jeu subtil de lumières et le travail technique sur la photo originelle donne cependant une touche de modernité à la représentation, nimbant presque le général d’une sorte d’aura. Enfin, Franco apparaît ici sous un jour serein et presque bienveillant plutôt que martial ou menaçant. Regardant au loin, il présente finalement un visage à la fois rassurant et déterminé.

Interprétation

Le caudillo et la nouvelle Espagne

Barcelone : il y a trois ans Franco te libéra marque d’abord la personnalisation du pouvoir que le nouveau régime entend diffuser et mettre en œuvre auprès des populations. Chef de guerre et désormais chef d’État, le caudillo est placé au centre de l’image et du message. C’est bien Franco lui-même - dont le nom surgit avec éloquence en caractères plus gros et plus gras - qui a pris Barcelone il y a trois ans. Auréolé de sa gloire militaire (on rappelle sa victoire), Franco est mis au même niveau que la ville elle-même (plutôt qu’à ses habitants) à qui le texte rappelle ce que ce dernier a fait pour elle.  

Dans le contexte de la seconde guerre mondiale, alors que les combats font rage en Europe et ailleurs, le général est présenté comme un véritable guide pour son peuple : charismatique, visionnaire, sûr de lui, gage et garant de la tranquillité comme de la « liberté » de son peuple. Premier berceau des mouvements républicains ou d’extrême gauche, longtemps principal foyer de la résistance aux assauts nationalistes, Barcelone fut ainsi délivrée des oppresseurs (républicains, communistes, trotskystes, anarchistes) qui la tyrannisaient. Cette « libération » dont l’affiche célèbre en quelque sorte l’anniversaire étant intervenue dans un passé pas si lointain, on comprend également que les menaces (intérieures ou extérieures) sur celle-ci planent toujours, ce qui justifie que l’on fasse allégeance au général et à ses méthodes.

 Écrite en castillan et structurée autour de la figure de Franco, l’affiche illustre enfin une autre facette de la nouvelle propagande franquiste. Au service d’un État désormais centralisateur refusant violemment tous les particularismes provinciaux, elle a pour mission de construire un pays unifié culturellement et politiquement sous le commandement d’un seul chef.

Bibliographie

BARRACHINA, Marie-Aline, Propagande et culture dans l’Espagne franquiste, 1936-1945, Grenoble, Ellug, 1998.

BERTHIER, Nancy, Le franquisme et son image. Cinéma et propagande, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1999

MIRO, Joan, Écrits et entretiens, Paris, Daniel Lelong, 1995.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « La propagande franquiste », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 21 août 2019. URL : http://www.histoire-image.org/de/etudes/propagande-franquiste
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