• Vue de l’incendie de la ville du Cap Français. Arrivée le 21 juin 1793.
  • Proclamation de l’abolition de l’esclavage par Sonthonnax, commissaire de la République, en créole. 29 août 1793.
  • Nouvelles cartes de la République française.
  • Egalité de couleurs. Courage. Nouvelles cartes de la République française.

L'abolition aux Antilles

Date de publication : Octobre 2006

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Contexte historique

A Saint-Domingue l’esclavage est caractérisé par l’arrivée constante de nouveaux esclaves du fait de l’ampleur de la traite. On évalue entre 500 000 à 700 000 leur nombre, pour 30 000 blancs et 50 000 mulâtres ou hommes de couleur libres. Soucieuse de l’activité économique des îles, la Révolution a donné tout pouvoir, en 1791, à des assemblées coloniales que dominent les propriétaires européens. Mais les rivalités qui sont dues aux inégalités sociales, entre les colons et les commerçants des villes, entre les blancs et les mulâtres puis les esclaves, se développent par suite de l’affaiblissement de la présence du pouvoir métropolitain et de la guerre étrangère.

Des troubles apparus en 1790 se transforment en insurrection générale. Le décret du 15 mai 1791 reconnaissant la citoyenneté des « gens de couleur nés de pères et mères libres » entraîne l’île dans l’anarchie totale. Une guerre civile atroce fait 10 000 morts dont 2 000 blancs. Devant la ruine de Saint-Domingue et l’émigration des grands colons, l’Assemblée législative tente de réorganiser les colonies par le décret du 4 avril 1792, en envoyant des troupes et de nouveaux commissaires pour rétablir l’ordre. Avec Sonthonax, ceux-ci prennent d’abord position pour le maintien de l’esclavage car la conviction générale demeure que seule une abolition graduelle et préparée peut éviter l’anarchie.

Analyse des images

Vue de l’incendie de la ville du Cap-français

Le 24 juin 1793, le Cap-français (aujourd’hui haïtien), situé sur la côte nord de l’île, n’est plus qu’incendie, pillage et massacre. Cette gravure coloriée de J. B. Chapuy, montre, avec des effets de nuit impressionnants, les foyers d’incendie qui embrasent la ville; elle reprend le tableau peint d’après nature par J. L. Boquet, et offert par lui à la Convention le 23 frimaire an II/13 décembre 1794, pour rendre compte de la catastrophe.

Le Cap, ville la plus prospère et la plus importante de la colonie, était une cité coloniale de grande ampleur qui, sans doute, apparaissait plus moderne par son urbanisme que beaucoup de villes de métropole. Conçue par des ingénieurs, dotée la première d’un plan quadrillé, elle avait été agrandie à plusieurs reprises mais toujours selon les mêmes axes de voies et les mêmes modules d’îlots. C’était une ville régulière aux rues alignées, souvent plantées d’arbres, aux places ornées de fontaines ; elle était pourvue d’hôpitaux et de casernes. Au premier plan, de multiples types de navires, de la barque au trois ponts évoquent son intense activité portuaire.

Que s’est-il passé ? Face à Galbaud, nommé gouverneur des Iles sous le vent par Monge, ministre de la Marine et proche des Girondins, qui a formé une coalition, avec l’escadre nouvellement arrivée, les troupes et la population du Cap, le commissaire Sonthonax, pour empêcher la contre-révolution, opte alors pour la politique du pire : il appelle les Noirs à la liberté et au pillage, ouvre les prisons, introduit des bandes dans la ville. Galbaud se réfugie à bord d’un vaisseau de l’escadre et gagne les Etats-Unis avec 10 000 fugitifs, avant de rentrer en France.


L’abolition de l’esclavage en créole

Sonthonax se défend avec acharnement à Saint-Domingue contre les Anglais qui profitent de ces troubles pour envahir les Antilles françaises. Mettant son espoir dans les Noirs insurgés, Sonthonax proclame de sa propre autorité l’émancipation des esclaves, prononcée et publiée en créole et en français, le 29 août 1793. Il annonce la publication de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen adaptée par lui aux colonies.

Cette émancipation immédiate et générale des esclaves ne rallie que peu d’appuis à Sonthonax car c’est une lutte franco-française qui a provoqué la situation dans l’île. Habilement, il fait procéder à des élections et envoie les députés élus auprès de la Convention de façon à en obtenir le soutien. Les premiers parvenus en France, Dufaÿ le blanc, Mills, le mulâtre et Belley le noir, obtiendront la confirmation de l’abolition, le 16 pluviôse an II.

Le sans-culotte et le nègre

A Paris, existait à l’opposé du lobby des colons, un courant favorable à la révolte armée des Noirs, parmi les sans-culottes. Aucun lien concret n’a existé avec les esclaves révoltés lors de la proclamation de l’émancipation. Un jeu de cartes du début de l’année 1793 témoigne cependant de cet intérêt. Cette carte, l’égalité de couleur qui remplace le valet de carreau représente un noir révolté, un fusil à la main, assis sur un ballot de café, dans un champ de canne à sucre. Son attribut est le courage ; il symbolise la lutte des esclaves révoltés depuis 1790. Le sans-culotte, dans une pose analogue, représente l’égalité de rang qui a pris la place du valet de cœur.

Le brevet de ce jeu, sollicité le 19 janvier 1793, deux jours avant l’exécution de Louis XVI, sera délivré le 17 février. Jean-Démosthène Dugourc, le premier à oser changer les figures traditionnelles du jeu, adhère spontanément aux idées jacobines. La mort du roi donne tout son sens de propagande politique à son jeu intitulé « Nouvelles cartes de la République française » qui proclame sans ambages : «  Plus de rois, de Dames, de valets ; le génie, la liberté, l’égalité les remplacent. La loi seule est au-dessus d’eux ».

Cette feuille, le placard publicitaire du jeu, était souvent découpée et les cartes collées sur des cartons. La première phrase met en valeur les nouveaux types de valets rouges. « Si les vrais amis de la philosophie et de l’humanité ont remarqué avec plaisir parmi les types de l’Egalité le Sans-culotte et le Nègre… ». Le combat des Noirs contre l’esclavage est assimilé à celui des révolutionnaires parisiens pour l’Egalité, le principe préféré du sans-culotte.

Interprétation

Profitant des troubles pour envahir les Antilles françaises, les Anglais s’emparent au printemps 1794 de la Martinique, Sainte-Lucie et la Guadeloupe. Ils prennent ensuite pied à Sain-Domingue et occupent Port-aux-Princes le 4 juin 1794. Sonthonax abandonne le terrain et rentre en France.

Face aux Anglais débarqués en masse, le général Laveaux, gouverneur de l’île, s’appuie sur le décret d’abolition de l’esclavage. Il se rallie un important contingent de Noirs sous le commandement de Toussaint Louverture. Saint-Domingue suit désormais le destin de cet homme.

L’abolition proclamée aux Antilles, sans préparation, en pleine insurrection et sans moyens de mise en place, ne recevra du fait de la guerre qu’une application restreinte, limitée à la Guadeloupe et à la Guyane.

Bibliographie

Yves BENOTLa Révolution française et la fin des coloniesParis, La Découverte, 1987.
Thierry DEPAULISLes cartes de la Révolution, cartes à jouer et propagandeMusée français de la Carte à jouer, Issy-les-Moulineaux, 1989.
Emilie d’ORGEIX et Laurent VIDALLes villes françaises du Nouveau mondeParis, Somogy, 1999.
La Révolution française à travers les Archives, des Etats généraux aux 18 brumaireParis, Archives nationales-La Documentation française, 1988.
Guide des sources de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitionsDirection des Archives de France, La documentation française, Paris, 2007.

Pour citer cet article
Luce-Marie ALBIGÈS, « L'abolition aux Antilles », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/abolition-antilles?i=735&d=1&c=abolition%20de%20l%20esclavage&id_sel=1300
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