• A « La République française ».

    Henri GERVEX (1852 - 1929)

  • La rédaction du Journal des Débats en 1889.

    Jean BERAUD (1849 - 1935)

L'âge d'or de la presse

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Contexte historique
Depuis la fin de la Restauration, la presse quotidienne prédomine en France. Dans la seconde moitié du siècle, la généralisation des presses rotatives et de la composition mécanique, le développement des transports ferroviaires et du télégraphe électrique, participent à l’essor des moyens d’information. Surtout, la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté d’écrire et de publier des journaux périodiques marque les débuts d’une ère de prospérité exceptionnelle pour la presse. On dénombre 1 540 titres à Paris en 1885, 1 665 en 1887. Ainsi, sous la IIIe République, le quotidien devient-il un produit de consommation courante, grâce à l’industrialisation de la fabrication, à la modernisation de la distribution et aux avancées de l’alphabétisation. « Les progrès de la consommation des journaux entre 1880 et 1914 et la place de choix occupée dans leurs colonnes par la politique intérieure contribuèrent largement à la démocratisation de la vie politique. […] La presse a indéniablement fait de la politique la préoccupation essentielle d’une masse sans cesse croissante de lecteurs. » (C. Bellanger, J. Godechot, P. Guiral, F. Terrou,

1972, p. 255-257)
Analyse des images
La République française, journal fondé par Gambetta en novembre 1871, fut considéré dès sa création comme un « organe sérieux et autorisé du parti démocratique ». Le quotidien – tiré à 15 000 exemplaires en 1878 – recrute ses rédacteurs parmi les anciens collaborateurs de la Défense nationale. En 1890, Joseph Reinach, qui a repris la direction du journal en 1886, commande ce portrait de groupe que Gervex exécute dans la droite ligne des portraits collectifs du XVIIe siècle (Hals, Rembrandt). Réunis dans le bureau directorial où trône l’effigie de Gambetta disparu en 1882, les rédacteurs, J. Roche, J. Reinach, E. Arène, Challemel-Lacour, Waldeck-Rousseau et E. Spuller sont saisis dans l’instantané de leurs activités quotidiennes, confrontant leurs propres écrits à ceux du Temps, leur concurrent le plus direct. Dans l’austérité des costumes sombres et du décor transparaît l’ambition du fondateur du journal : « M. Gambetta nous recommanda de nous considérer chacun, non comme un journaliste, mais comme un futur membre du gouvernement ; nous devions exposer nos idées avec le sérieux, la gravité, la maturité qui conviennent à des hommes prêts à les appliquer. » (Freycinet, Souvenirs, Paris, 1912, tome.I, p. 28-29)
La grande toile de Béraud, qui commémore le centenaire de la naissance du Journal des débats, est plus animée. Réunissant l’ensemble des collaborateurs, une quarantaine, parmi lesquels Lavisse, Ernest Renan, Hippolyte Taine, Jules Lemaître, Paul Bourget, Léon Say et Jules Dietz, le peintre a immortalisé l’antique salle de rédaction, inchangée depuis le rachat du journal par les frères Bertin en 1799. Tribune des républicains conservateurs, le Journal des débats s’attache « l’élite académique du monde des arts et des lettres ». Prônant un « journalisme de qualité », où « l’information est en soi moins importante que le commentaire auquel elle donne lieu » (C. Bellanger, J. Godechot, P. Guiral, F. Terrou, 1972, p. 351), il dédie une large part de ses colonnes à la vie culturelle : « Le Journal des débats a conservé cet antique académisme. On y cultive le style raffiné. On y traite spécialement la politique, l’économie sociale, la science, la littérature et la bonne grammaire classique. C’est un journal de nuance. » (A. Pereire, 1924, p. 135)
Interprétation
L’audience du Journal des débats reste faible (6 935 exemplaires en 1880). Au cœur des grands scandales qui agitent alors l’opinion publique (canal de Panama, affaire Dreyfus), les chroniques demeurent modérées, en marge des grands courants de pensée contemporains. A l’inverse, La République française, journal conçu dès sa création comme un instrument de propagande, est censée réunir les partisans du programme de son fondateur. Alors que les grands titres d’information, tels que le Petit Journal ou La Petite République – tirant respectivement à 583 820 et 196 372 exemplaires en 1880 – ne se font pas directement l’écho des doctrines républicaines, La République française, dont le tirage quotidien s’élève seulement à 11 506 exemplaires, se présente comme une feuille d’opinion politique – Gambetta l’avait surtout destinée à servir de relais aux journaux de province, qui, eux, avaient conservé leur rôle d’organe électoral.
Bibliographie
Henri Gervex 1852-1929 catalogue de l’exposition, musée Carnavalet, 1er février-2 mai 1993, Paris, Paris-Musées, 1992.
Claude BELLANGER, Jacques GODECHOT, Pierre GUIRAL, TERROU Fernand (dir.) Histoire générale de la presse française tome III, Paris, PUF, 1972.
René de LIVOIS Histoire de la presse française Lausanne, Editions Spes, 1965.
Alfred PEREIRE Le Journal des débats politiques et littéraires 1814-1914 Paris, Librairie ancienne Edouard Champion, 1924.
Pour citer cet article
Emmanuelle GAILLARD, « L'âge d'or de la presse », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/age-presse?i=450&d=1&e=emmanuelle%20gaillard&id_sel=730
Commentaires
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HistoirePourTous le 14/06/2011 à 04:06:48
Excellent article. Étonnant de compter plus de 1500 titres à la fin du 19e siècle ! La comparaison avec les difficultés rencontrées par la presse contemporaine est frappante, cette dernière étant de plus en plus sujette à des regroupements sous l'égide de grands groupes financiers ou industriels, et dont la liberté et la marge de manœuvre éditoriale s'effrite.

Nous vous invitons aussi à découvrir un article sur "les débuts de la photographie de presse", publié sur le magazine en ligne "Histoire pour Tous" et disponible à l'adresse suivante:
http://www.histoire-pour-tous.fr/dossiers/89-histoire-des-sciences-et-des-techniques-/281-les-debuts-de-la-photographie-de-presse.html

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