Alexis de Tocqueville

Date de publication : Juillet 2008

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Contexte historique
Tocqueville en Amérique

Alexis de Tocqueville (1805-1859), historien, penseur et publiciste français de la famille de Malesherbes, appartient à une famille noble qui a échappé de justesse à la Terreur jacobine. Légitimiste et donc loyal à la branche aînée des Bourbons, il répugne à servir le nouveau régime. C’est pourquoi, juriste auditeur au tribunal de Versailles, il préfère se faire envoyer aux Etats-Unis en 1831. Il est chargé avec Gustave de Beaumont d’y étudier la question épineuse du système pénitentiaire, dont ils rendront compte dans un ouvrage de 1832. Mais au fil du voyage, son objectif principal devient l’analyse d’une république accomplie qui fascine encore dans la France de 1830, à nouveau en proie à la Révolution. Dans De la démocratie en Amérique (1835), Tocqueville écrit que « le peuple règne sur le monde politique américain comme Dieu sur l’univers. Il est la cause et la fin de toutes choses ; tout en sort et tout s’y absorbe. ». C’est en effet dans le Nouveau Monde qu’il acquiert la certitude que l’histoire des peuples évolue globalement vers la démocratie – conçue comme pouvoir du peuple, mais aussi comme régime social où les conditions ne sont plus figées. Cette mobilité sociale, constatée de visu en Amérique, renforce ainsi chez les citoyens le sentiment d’égalité procuré par l’égalité stricte des droits.
Analyse des images
Portrait d’un notable

En 1850, date du portrait brossé par Théodore Chassériau, Tocqueville a déjà publié depuis 10 ans le deuxième tome de son De la démocratie en Amérique, où l’évocation de cette dernière est moins importante, laissant la place à une réflexion politique plus large. Chassériau est un élève d’Ingres relativement connu, apprécié de Delacroix par exemple. Il peint Tocqueville en notable qu’il est devenu, à la fois député de Valognes et élu au Conseil général du département de la Manche. En dépit de la banalité bourgeoise du décor, une porte blanc cassé et le dos vert satiné d’un fauteuil, l’homme paraît plus jeune que ses 45 ans. Il est représenté debout, de trois-quarts, dans ce qui semble être son bureau. Le costume noir, sans fioritures, contraste avec la pâleur toute romantique du visage sur lequel se dessine un mince sourire, mi-désolé, mi-ironique.
Interprétation
Les leçons du modèle politique américain

C’est sans doute là un reflet de l’ambiguïté de l’époque, entre déception des résultats de la Révolution de 1848 et inquiétude quant au futur réservé à la nation par le président Louis-Napoléon Bonaparte. En 1835, Tocqueville avait écrit de manière prémonitoire : « Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu’on l’a organisé aux États-Unis, ce n’est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible ». En 1850, la France est devenue plus libérale et démocratique comme le souhaitait Tocqueville, membre du parti de l’Ordre. Mais elle a dû affronter aussitôt l’assaut des républicains les plus révolutionnaires et élire en 1849 un président au suffrage universel qui n’apporte aucune garantie contre une dérive monarchique du régime. De fait, deux années plus tard, un coup d’Etat fera du neveu de Napoléon le second empereur français.
Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Alexis de Tocqueville », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/alexis-tocqueville?c=democratie&d=1&i=889&type_analyse=0&oe_zoom=488&id_sel=488
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