• Carte postale.

    ANONYME

  • "En Alsace ! Le vrai plébiscite".

    Georges Bertin SCOTT (1873 - 1942)

  • Photographie du film "Alerte".

    ANONYME

L’Alsace libérée

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Contexte historique

La terrible défaite de la France en 1870 entraîne la perte de l’Alsace-Lorraine au profit de l’Allemagne.

L’hostilité à la Prusse dans les deux provinces est alors très forte, l’annexion est une violence subie mais point acceptée. Pour les Français, cette nouvelle frontière issue de la signature du traité de Francfort est synonyme de mutilation. On stigmatise la « germanisation forcée » et l’on se jure de récupérer tôt ou tard ces « deux enfants arrachés » à la « mère patrie ».

Analyse des images

Le document no 1 est une carte postale en couleur, datant de 1914, illustrant le retour de l’Alsace à la France. L’organisation générale (la disposition des personnages qui ont l’air figé dans un étonnant arrêt sur image, le décor de type toile peinte, l’analogie historique, les tenues vestimentaires, les accessoires…) est caractéristique de l’imagerie populaire patriotique. Cette jeune femme en costume régional, c’est l’Alsace telle qu’on la représente à l’époque. Elle fait face, toute souriante, à un soldat français avec son képi et son pantalon rouge qui tient un drapeau tricolore dont elle recouvre ses épaules. À ses pieds, gît l’emblème de la présence allemande depuis 1870 : le poteau frontière surmonté d’un écusson avec un aigle impérial et l’inscription « Deutsches Reich » (Empire allemand). Au-dessus d’eux, on distingue dans un ciel nuageux une figure allégorique ailée (symbolisant la victoire) qui brandit un drapeau français. Elle regarde vers le haut où apparaissent des scènes de batailles héroïques (références à la participation des Alsaciens aux combats de la Révolution et à l’épopée impériale), et tend son bras vers le bas en direction des deux personnages, faisant ainsi le lien entre le passé et le présent.

Le document no 2 est une variante du précédent. Intitulé « En Alsace ! Le vrai plébiscite », il s’agit d’un dessin célèbre de Georges Scott daté du 2 août 1914 qui a fait la première page du journal L’Illustration (le 15 août) avant d’être reproduit en innombrables cartes postales et affiches. L’artiste l’a réalisé au moment de l’annonce de l’entrée des troupes françaises à Mulhouse. On y trouve à peu près les mêmes éléments que dans le document no 1. Cependant, cette fois, la malheureuse Alsace, enfin libérée du joug terrible que les Allemands faisaient peser sur elle, s’est jetée aux bras d’un jeune lieutenant français (peut-être d’origine alsacienne ? il faut en effet savoir que l’armée française comptait beaucoup d’officiers issus des territoires annexés) qui participe à l’assaut victorieux. Ce geste attendrissant veut signifier le grand attachement et la fidélité de l’Alsace à la France. Tandis qu’à l’arrière-plan d’intrépides soldats, baïonnette au canon, franchissent la frontière en chargeant, entraînés par un autre officier, sabre au clair.

Le document no 3 est une photographie prise durant le tournage d’un film de fiction. Peut-être Alerte ! (1918) de G. Pallu et E. Berny. Toujours est-il que la composition est absolument identique à celle du dessin de Georges Scott (document no 2) qui, de toute évidence, a servi de modèle. On peut noter un autre cas de figure tout à fait comparable : L’Anniversaire du traité de Francfort (mai 1918) réalisé par la Section cinématographique de l’armée française (SCA). Cette petite fiction[1] (5 min) sur le statut de l’Alsace depuis 1871 reprend, elle aussi, le dessin de Scott.

Interprétation

L’historiographie apporte la preuve que, dans l’acceptation de la guerre, en août 1914, le désir de reconquérir l’Alsace-Lorraine ou de prendre sa revanche sur l’Allemagne tiennent assez peu de place. Pourtant, les revendications françaises sur les provinces perdues refont surface immédiatement après les premiers combats.

Ce thème est le plus souvent utilisé sous forme d’images faisant l’objet de multiples tirages. Les documents ci-joints en donnent une idée saisissante. Jusqu’en 1916, de telles représentations sont probablement en accord avec les aspirations et la sensibilité de l’immense majorité des contemporains (on l’oublie trop souvent rétrospectivement). Les choses changent par la suite, et une large partie du public n’accepte plus ces images naïves et dépassées. Cependant, elles ne disparaîtront jamais totalement, prouvant combien certaines mentalités, malgré la durée de la guerre, résistèrent au changement.

Bibliographie

Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

François ROTH, La Guerre de 70, Paris, Fayard, 1990.

Notes

1. Le célèbre critique cinématographique Louis Delluc dénonça le côté grotesque de ce film : « Dernièrement on a projeté une folie de ce genre, à la gloire de l’Alsace je crois. L’Alsace en a vu d’autres. Tout de même, cette fille dépoitraillée, liée au poteau frontière, détachée par un poilu, ô symbole ingénu assaisonné de vieilles actualités de guerre ! Pour moi, je ne puis croire que la SCA y soit pour quelque chose. J’ai pensé plutôt à certains dessins joyeux qui, avant la guerre, symbolisaient parfois le goût parisien aux yeux des étrangers. Ces dessins venaient de Berlin. Les films dont je parle viennent de Paris. C’est chose plus triste à penser » (in Paris-Midi, 13 juillet 1918).

Pour citer cet article
Laurent VÉRAY, « L’Alsace libérée », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/alsace-liberee?i=99&d=1&c=Alsace-Lorraine&id_sel=200
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