• L’Exposition des produits de l’industrie française dans la cour Carrée.

    ANONYME

  • Table et fauteuil de toilette.

    Rosalie DESARNAUD-CHARPENTIER (1782 - 1871)

L'ancêtre des Expositions universelles

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Contexte historique

L’industrie exposée pour relancer l’économie française

La première exposition des produits de l’industrie française eut lieu en 1798 à l’initiative du ministre François de Neufchâteau. Trois ans plus tard, le Consulat reprit cette initiative destinée à « offrir un panorama des productions des diverses branches de l’industrie dans un but d’émulation »(Anne Dion-Tenenbaum, Un âge d’or des arts décoratifs, Paris, 1991, p.116.). Au lendemain de la Révolution, l’économie nationale devant être confortée, notamment vis-à-vis de l’Angleterre, la juxtaposition de techniques très variées et la délivrance de récompenses devaient stimuler une fructueuse concurrence nationale.

Analyse des images

Variété et richesse

En 1801, l’exposition eut lieu dans la cour Carrée du Louvre, aménagée à cet effet. L’endroit était symbolique. Un an après l’ouverture du musée des Antiques, le palais accueillait les créations les plus modernes et les plus luxueuses. Cette deuxième édition affirmait le retour de Paris à la tête de la création de luxe, place qu’aucune autre capitale ne lui avait disputée depuis le début du XVIIIe siècle.

Le dessin anonyme de Carnavalet évoque la diversité des objets présentés : mobilier, bronzes d’ameublement, cristaux ou tissus, qui démontrent un savoir-faire précieux et un style néoclassique renouvelé.

Après une seule édition sous l’Empire, la Restauration renoua avec ces expositions en 1819. Elles prirent un caractère compétitif appuyé, chaque maison créant spécialement des objets dans le but de remporter les éloges du public, mais surtout les premiers prix. Dans chaque domaine apparurent donc des créations de plus en plus audacieuses et originales.

La boutique de Marie Désarnaud-Charpentier était spécialisée dans la réalisation et la vente d’objets et de meubles en cristal monté. Cette table de toilette assortie d’un fauteuil qu’elle présenta à l’exposition de 1819 fut incontestablement son plus grand succès. Si, par ses formes rondes et légères et son décor néoclassique sur le thème de la beauté et du charme, elle illustre très bien le style en vogue sous la Restauration, sa technique de création est surprenante. La structure en métal du meuble est en effet entièrement dissimulée par des éléments en cristal taillé maintenus par des bronzes dorés et ciselés de très grande qualité. Le plateau est couvert d’une plaque de verre églomisé à fond bleu. C’était la première fois que l’on réalisait ainsi un objet de cette importance. Le jury lui attribua une médaille d’or, et la duchesse de Berry salua cette nouveauté en achetant cette toilette pour son château de plaisance de Rosny-sur-Seine.

Interprétation

Sous la Restauration, le rôle de mécène que la famille royale jouait sous l’Ancien Régime semblait avoir disparu. Les expositions des produits de l’industrie furent l’occasion pour elle, par les achats qu’elle y fit, de renouer avec cette tradition. Mais seule la duchesse de Berry, nièce de Louis XVIII, remplit cette fonction avec suffisamment d’intérêt et de talent pour réellement influencer le style de son époque. Le château de Rosny, où la toilette fut envoyée, résumait le – bon – goût de la duchesse.

Ce style fut surtout marqué par l’évolution des techniques de création, ce que cette toilette démontre efficacement. En effet, une telle réalisation n’a été possible que grâce au développement des manufactures de cristal qui, dans l’est de la France, mirent au point les méthodes de fusion et de taille du cristal issues du métier traditionnel du verre. Louis XVIII et Charles X furent tous deux très attentifs au développement des usines de Lorraine et les favorisèrent par leur intérêt soutenu et leur protection personnelle (cf. Baccarat).

Les premières expositions des produits de l’industrie furent organisées à la hâte et le succès public ne fut pas vraiment à la mesure de ce que suggère le dessin conservé à Carnavalet. Néanmoins, le principe fut posé dès le début que les objets d’art devaient avoir une exposition particulière, avec un système de récompenses calqué sur celui des Salons de l’Académie. C’était leur accorder une reconnaissance dont ils ne bénéficiaient pas auparavant et leur donner le double statut de créations artistiques et de moteurs de l’économie nationale. Les nombreuses commandes que Napoléon Ier passa aux manufactures de soie lyonnaises participaient du même désir.

C’est en cela que ces premières manifestations peuvent être considérées comme les ancêtres des Expositions universelles de la seconde moitié du siècle.

Bibliographie

Anne DION-TENENBAUM Un âge d'or des arts décoratifs, 1814-1848 Paris, RMN, 1991.

Pour citer cet article
Nicolas COURTIN, « L'ancêtre des Expositions universelles », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/ancetre-expositions-universelles?i=232&d=11&t=321
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