• André Malraux en 1933

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  • André Malraux pendant la guerre d’Espagne vers 1936

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  • André Malraux dédicaçant son livre La Condition humaine après avoir reçu le prix Goncourt

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André Malraux, écrivain engagé

Date de publication : Octobre 2003

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Contexte historique

Né en 1901 et mort en 1976, l’écrivain et homme politique André Malraux est considéré par beaucoup comme la plus grande conscience du XXe siècle. Sa jeunesse est placée sous le signe de l’aventure et de l’imagination, facettes parmi d’autres du « farfelu », terme dont Malraux se servira toute sa vie pour désigner l’univers mental de ses années de jeunesse. Après des études écourtées, Malraux décide de se consacrer à la passion qu’il éprouve pour les livres. Il devient éditeur dès l’âge de dix-neuf ans. Une autre passion l’habite cependant, celle de l’Asie. En 1923, une expédition douteuse et malheureuse au Cambodge, d’où il tente de ramener des bas-reliefs khmers, lui fait découvrir la corruption du monde colonial et la misère des autochtones indochinois. Cette prise de conscience marque le début d’un engagement politique ininterrompu. De 1924 à 1925, il anime en Indochine un journal qui dénonce avec virulence les piliers du système colonial et il côtoie les jeunes militants de l’indépendance du Vietnam. Les éléments collectés lors de ce séjour asiatique lui fournissent la toile de fond d’un roman, La Condition humaine, qui, publié en 1933, lui assure désormais une célébrité internationale. Dans ces années de montée du fascisme – Hitler est chancelier d’Allemagne depuis le 30 janvier 1933 –, Malraux voit dans le communisme la seule possibilité de lutte efficace contre ce qu’il considère comme une idéologie « fermée », exaltant la différence face à la communauté : s’il n’adhère pas au Parti communiste, il en devient un actif et éloquent compagnon de route à partir de 1933. En 1936, le déclenchement de la guerre civile espagnole est pour lui l’occasion de mettre en pratique sa conception de l’engagement : il propose au gouvernement espagnol d’organiser l’aviation républicaine – alors inexistante – et fonde l’escadrille España dont il devient le colonel. Il joue un grand rôle dans la constitution de la défense aérienne républicaine, et les opérations d’España parviennent à plusieurs reprises à stopper la progression des troupes franquistes. Rentré en France au début de l’année 1937, Malraux travaille au roman que lui a inspiré l’expérience du combat en Espagne, L’Espoir, et assiste à la débâcle de la République espagnole : les années d’avant-guerre voient la posture de l’engagement se heurter à l’expérience de l’échec.

Analyse des images

Ces trois photographies où Malraux apparaît à très peu d’années d’intervalle révèlent assez bien la diversité des facettes du personnage. Dans la première, qui date de 1933, Malraux l’esthète pose à côté d’une superbe statue qu’il a ramenée d’Afghanistan. Il s’agit d’une statue célèbre provenant du Gandhara, province du nord-ouest de l’Inde que conquirent, au terme de leur progression orientale, les armées d’Alexandre le Grand. Elle symbolise mieux que toute autre la rencontre de l’Orient et de l’Occident, aisément discernable à travers le mélange des caractères : la pose est celle d’un bouddha, les yeux étirés à l’infini ceux des statues d’Angkor, tandis que le drapé du vêtement et la coiffure en boucles gracieuses sont en tout point semblables à ceux des statues hellènes !
La deuxième photographie, prise la même année, représente Malraux l’écrivain en pleine séance de dédicaces de La Condition humaine, œuvre parue en décembre 1933, que couronna le prix Goncourt décerné à l’unanimité et qui fut publiée en de nombreuses langues. Récit du soulèvement communiste de Shanghai contre les milices du Kuo-min-tang[1], La Condition humaine est avant tout une interrogation métaphysique sur le sens de l’action humaine.
Dans la troisième photographie (nous sommes en 1936 en Espagne), Malraux le colonel d’escadrille pose en tenue d’aviateur, béret plat et vareuse à col de fourrure. Son regard, où la volonté semble le disputer au lyrisme, révèle les deux aspirations contradictoires du futur personnage du commandant dans L’Espoir, Magnin.

Interprétation

L’apparente diversité de ces « personnages » ne doit pas conduire à penser que Malraux ait voulu emprunter tour à tour des postures existentielles destinées à lui révéler le sens de la destinée humaine. La proximité des dates auxquelles ces photographies furent prises empêche d’ailleurs de le penser. Sa vie fut en effet marquée par la persistance d’une même idée. Cette idée est tout entière comprise dans la conception qu’a Malraux de l’art comme recréation de l’homme par lui-même, seule réponse possible à l’absurdité d’un monde sans Dieu. L’art – dans l’union consubstantielle qu’il exige entre une idée et un faire – est ce qui donne forme à l’informe et qui simultanément invente un système de représentations dans lequel l’homme peut se reconnaître en même temps que se transcender. Cette pensée sous-tend une compréhension de l’existence où l’action n’est pas seulement la mise en application d’idées, mais la possibilité même d’émergence de l’idée : d’où la nécessité de l’engagement dans l’action comme condition de possibilité de cette création, qui se réalise pour Malraux par l’écriture. La phrase célèbre d’un des personnages de L’Espoir, « transformer en conscience la plus grande expérience possible », exprime assez bien la vision qui fut celle de l’écriture et de la vie pour Malraux. C’est cependant dans Les Voix du silence (1951) que ce dernier dévoilera pleinement sa conception métaphysique de l’art.

Bibliographie

Fançoise BRUNELThermidor, la chute de RobespierreParis, Complexe, 1989.

Notes

1. Ou Guomindang, « parti du peuple du pays ».

Pour citer cet article
Hermine VIDEAU, « André Malraux, écrivain engagé », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/andre-malraux-ecrivain-engage?i=495&d=1&e=hermine%20videau&id_sel=821
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