• Révision de la Constitution.

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  • Jeu de massacre parlementaire.

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L'antiparlementarisme des années 30

Date de publication : Septembre 2011

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Contexte historique
Lorsque les radicaux soutenus par les socialistes reviennent au pouvoir en mai 1932, la crise économique à laquelle la France a échappé jusqu’en 1931 frappe désormais le pays alors que les tensions internationales s’accroissent. Cinq cabinets dits de « néo-Cartel » tombent en treize mois, victimes ou coupables d’une même impuissance. Les droites se rient de cette « valse des ministères » et dénoncent violemment l’incurie devant la crise et les faiblesses face à la menace que fait peser l’Allemagne en ayant porté Hitler au pouvoir. Les organisations ou ligues antiparlementaires, en sommeil depuis 1926, relèvent la tête. La grande presse se déchaîne et fait éclater ce scandale politico-financier qu’est l’affaire Stavisky.
Analyse des images
La première affiche dresse un constat par les mots « Le régime parlementaire s’écroule ». L’image occupe la majeure partie de la surface disponible et doit aux pressions qui s’exercent sur le Palais-Bourbon jusqu’à l’abattre d’écraser un peu plus encore un texte dont elle est la stricte illustration : le Palais-Bourbon, au fronton duquel pend un bien triste drapeau tricolore, se fissure et s’effondre en laissant à peine le temps du salut à une foule de députés affolés qui s’enfuient en une débandade indigne valant à certains de s’affaler. Le responsable de ce qui figure ici comme un tremblement de terre n’est pas pour autant désigné. La seconde affiche fait en revanche la part belle au texte qui occupe près des deux tiers de sa surface. Le Parlement, de victime et d’objet qu’il était sur la première affiche, devient ici sujet de l’Histoire : « En 17 ans [soit depuis la fin de la guerre, figurée, dans la suite des portraits de présidents du Conseil par celui de Clemenceau, premier en date] le Parlement français a renversé trente ministères », dit le commentaire. Ceux-ci sont figurés dans le tiers restant sous la forme convenue d’un jeu de massacre dont le cadre rappelle quelque peu la silhouette du Palais-Bourbon et où les « têtes » à abattre sont représentées, dans l’ordre chronologique de succession des ministères, par la photo de chacun des présidents du Conseil sur un socle à son nom. Trente au total : « La durée moyenne d’un ministère est de 6 mois », commente le texte.
Aucune de ces affiches n’est signée mais elles s’inscrivent bien à divers titres dans le combat politique de l’heure. La première, vraisemblablement antérieure au 6 février 1934, suscite par son graphisme le rire aux dépens des élus, ridicules. Elle comporte cependant un mot d’ordre, celui d’une révision de la Constitution, sous forme impersonnelle. Dans la seconde affiche, consécutive à la chute du cabinet Doumergue en novembre 1934, le ton change singulièrement, bien que le mot d’ordre soit le même. L’affiche interpelle le Français, lecteur, et l’exhorte à agir. Son texte débute par un constat qui vaut affirmation : « Un pareil régime ne peut pas durer. » Le régime en question n’est pas nommé mais simplement désigné par ses actes : massacres des ministères, impuissance face à la crise et aux tensions européennes (qui ne sont pas davantage nommées). Ce Français est ensuite invité à agir en « exigeant la réforme de la Constitution ». Une réforme qui passe par l’obtention du droit de dissolution et de référendum, soit deux mesure susceptibles de modifier radicalement l’équilibre des pouvoirs pour le meilleur profit de l’exécutif.
Interprétation
Les lois constitutionnelles de 1875 accordaient à l’exécutif, et notamment au président de la République, un authentique pouvoir. Mais la défaite de Mac-Mahon en 1877 face aux républicains a jeté le discrédit sur le droit de dissolution, désormais entaché de césarisme. Cette évolution a été confortée par l’échec du mouvement boulangiste, revendiquait la révision de la Constitution en vue d’un renforcement de l’exécutif. Dès lors tout projet de réforme allant dans le même sens se voit suspecté d’être antirépublicain. Ces soupçons n’épargnent ni Clemenceau, pourtant devenu le « Père de la victoire » qui échoue en 1920 à l’élection présidentielle, ni Millerand qui doit démissionner en 1924. D’un autre côté, le mode de scrutin proportionnel, qui induit un émiettement de la représentation, favorise l’instabilité gouvernementale. Les partisans d’une réforme de l’Etat réduits au silence depuis 1924 reprennent de la voix sous l’égide d’André Tardieu qui publie en 1934 L’Heure de la décision et a la ferme volonté de réussir là où ses prédécesseurs ont échoué. Les affiches participent donc de ce combat qui vaut à la violence politique d’opérer un retour en force, en particulier le 6 février 1934. Au lendemain de cette grave crise politique, la droite retrouve le pouvoir mais se voit réduite à de nouveaux expédients. Le ministère Doumergue tombe en novembre 1934 après avoir une nouvelle fois tenté de réviser la Constitution, tentative restée vaine et qui sera la dernière de la IIIe République.
Bibliographie
Christian DELPORTE et Laurent GERVEREAU Trois Républiques vues par Cabrol et Sennep Paris, BDIC, 1996.
Serge BERSTEIN Le 6 février 1934 Paris, A.
Colin coll. « Cursus », 2001.
Nicolas ROUSSELIER « André Tardieu ou la crise du constitutionnalisme libéral », in Vingtième siècle janvier-mars 1989.
Pour citer cet article
Danielle TARTAKOWSKY, « L'antiparlementarisme des années 30 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01 Octobre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/antiparlementarisme-annees-30?c=6%20fevrier%201934&d=1&i=346&oe_zoom=574&id_sel=574
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