L'Apothéose de Napoléon III

Date de publication : Novembre 2009
Auteur : Alain GALOIN

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Contexte historique

Le développement du rationalisme scientifique au XVIIIe siècle a entraîné le déclin de l’allégorie dans l’art. Victime de l’air du temps qui voyait rapidement refluer les valeurs humanistes et se fortifier le discours scientifique, l’allégorie ne répondait plus aux attentes de personne. Emphatique et creuse pour les artistes avides de sincérité, de réalisme et d’idéologie militante, elle semblait relever du plus pur obscurantisme pour les hommes de science. Son élitisme pédant était en contradiction avec la découverte de l’idéal démocratique. Au XIXe siècle, elle alla se réfugier dans l’académisme de l’art officiel et des peintres pompiers. Les frontons des hôtels de ville, des palais de justice, ou la décoration de quelques édifices religieux entretinrent ici ou là le souvenir du genre, mais la répétition systématique de quelques configurations majeures n’a pas suffi à pérenniser la source du discours allégorique dans la mémoire collective.

Analyse des images

Cette esquisse de Cabasson peut être divisée en trois registres.
Dans la partie centrale de l’œuvre, Napoléon III est debout sur un char avec, à ses côtés, la France qui lui donne la main et qui tient le drapeau tricolore dans la main droite. Le char est mené, à gauche, par Athéna et Héraclès. Athéna est coiffée du casque attique. Elle porte le bouclier rond (hoplon) orné en son centre du gorgonêion. Elle tient une lance dans la main gauche. Héraclès est revêtu de la peau du lion de Némée (leontè) et porte sa massue sur l’épaule droite. Leur char est suivi par les allégories de la Peinture, de la Sculpture et de l’Architecture, trois figures féminines. A l’extrême droite de ce registre, la Justice est assise sur un lion symbolisant la Clémence. Elle tient une balance dans la main droite et un sceptre dans la main gauche. Elle est encadrée par deux jeunes femmes : la Loi à gauche et, à droite, une figure allégorique qui pourrait être l’Autorité.
Dans le registre supérieur, une Renommée ailée survole l’attelage. Au-dessus de l’Empereur, une Victoire, tenant un rameau d’olivier dans la main droite, pose une couronne de laurier sur la tête du souverain. En haut et à gauche, deux putti soutiennent l’urne du suffrage universel. Celui de gauche brandit le parchemin sur lequel est inscrit le résultat : Napoléon III Empereur. L’aigle impérial plane au-dessus de l’ensemble tandis que, dans la nuée, l’ombre de Napoléon Ier émerge de la lumière et salue le cortège en soulevant son célèbre bicorne ; derrière lui, on distingue les maréchaux d’Empire admis au paradis des braves.
Au registre inférieur, un groupe central est constitué par Hermès, dieu du Commerce, identifiable à son caducée, qu’encadrent à gauche l’Abondance, qui s’appuie sur la corne d’Amalthée, et à droite Déméter, déesse de l’Agriculture et des produits de la terre, qui tient une faucille dans la main droite et dont le bras gauche repose sur une gerbe de blé. Ce groupe est environné, à gauche et à droite, par des putti. En bas et à gauche, deux amours ailés portent les armes impériales.

Interprétation

Nous sommes ici en présence d’un discours iconologique particulièrement riche et élaboré. Cabasson s’inspire manifestement du décor des vases grecs décrits dans le catalogue de la collection Hamilton gravé par Tischbein. Son Apothéose de Napoléon III est incontestablement une transposition de l’apothéose d’Héraclès, héros antique à qui ses fabuleux exploits ont valu de rejoindre les divinités de l’Olympe et de devenir un immortel parmi les dieux.
La présence de Napoléon Ier sur l’image inscrit le règne du neveu dans l’exacte continuité de celui de l’oncle. Le règne de Napoléon III tient sa légitimité du suffrage universel, puisqu’il est le fruit du plébiscite des 21 et 22 novembre 1852 ayant permis la proclamation de l’Empire le 2 décembre suivant. Le rameau d’olivier que brandit la Victoire rappelle le slogan de Napoléon III pendant la campagne électorale : « L’Empire, c’est la paix. »
Les autres figures allégoriques placent le règne sous le signe de l’ordre et de la justice, de la prospérité économique et du développement des beaux-arts.
On ne pourra manquer de comparer cette œuvre de Cabasson avec l’esquisse d’Ingres représentant L’Apothéose de l’empereur Napoléon Ier, réalisée un an plus tôt, en 1853, et conservée au musée Carnavalet. Cette esquisse était l’ébauche préparatoire du plafond du salon de l’Empereur à l’Hôtel de Ville de Paris. Présenté à l’Exposition universelle de 1855, ce plafond disparut dans l’incendie de 1871, pendant la Commune.

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L'Apothéose de Napoléon III
Bibliographie

Napoléon III et la Côte-d’Or catalogue de l’exposition, Dijon, 1968, n° 25.
Jean TULARD (dir.) Dictionnaire du Second Empire Paris, Fayard, 1995.

Pour citer cet article
Alain GALOIN, « L'Apothéose de Napoléon III », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/apotheose-napoleon-iii?t=133&d=1&i=467&type_analyse=0&oe_zoom=755&id_sel=755
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