L'arbre de mai

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Contexte historique
Alexis Bafcop (1804-1895) expose au Salon de 1831 à 1840 des portraits et des tableaux de genre à sujet « ethnographique ». Le motif de la plantation du mai est un lieu commun des études folkloristes au XIXe siècle. La présence du drapeau tricolore, adopté comme emblème officiel par la monarchie de Juillet, pose la question des relations entre le temps cyclique du rite agraire et le temps de l'histoire. Le choix de situer la scène en Bretagne revêt par ailleurs une signification particulière.
Analyse des images
La pratique du mai collectif, attestée dans de nombreuses régions de France dès le XIe siècle, consistait à aller chercher un arbre en forêt et à le planter sur la place du village dans la nuit du 30 avril au 1er mai. Décoré de rubans, l'arbre était promené en procession par les jeunes gens du village. La coutume était liée aux associations de jeunesse qui, comme groupes organisés, avaient dans la vie sociale un rôle de première importance. Cette pratique ne doit pas être confondue avec la coutume des mais individuels plantés devant la porte des jeunes filles à marier. La scène est située en Bretagne, région où la coutume, selon Arnold Van Gennep, semble avoir été plus marginale : « Dans le pays de Baud seulement, vers 1840. » La composition du tableau reproduit des modèles plus anciens (telle une estampe anonyme intitulée Le Printemps, conservée à la BNF) qui présentent la même disposition (musicien à gauche, arbre incliné, bâtiment à droite). Quant à la représentation des costumes bretons, elle doit plus aux gravures d'Olivier Perrin ou aux peintures d'Eugène Leleux qu'à l'observation directe. Le moment représenté est celui de la plantation proprement dite, l'arbre étant halé et soutenu par des jeunes gens sous le regard de la communauté villageoise. La présence, dans la partie gauche de la toile, d'un violoneux annonce la fête à venir ; celle du vieil homme au premier plan peut étonner dans le cadre d'une fête liée à la jeunesse.
Interprétation
Depuis l'Académie celtique, instituée par le Ier Empire, la Bretagne est devenue la terre de prédilection pour la recherche d'un passé mythique. Les années 1840 voient un renouveau de la celtomanie et un intérêt accru pour les sujets bretons. Représenter le drapeau tricolore dans une fête située dans cette région que l'imaginaire folkloriste regarde comme la plus traditionnelle représente une sorte de manifeste : on considère comme un fait la reconnaissance, même dans les régions les plus « typées », de cet emblème, et par là des valeurs nationales.
Bibliographie
Nicole BELMONT « Le joli mois de mai », in L'Histoire n° 1, mai 1978.
Catherine BERTO, « L'invention de la Bretagne, genèse sociale d'un stéréotype », in Actes de la Recherche en Sciences sociales ,Paris, Ed.
de Minuit, 1980.
Marie-France GUEUSQUIN Le Mois des dragons Paris, Berger-Levrault, 1981.
Arnold VAN GENNEP Manuel de folklore français contemporain , tome I, vol.
4, « Cérémonies périodiques cycliques »Paris, Picard, 1949 réed.
Robert Laffont coll. « Bouquins », 1998.
André VARAGNAC « Les mais d'autrefois », in Notre terre 13271
Pour citer cet article
Frédéric MAGUET, « L'arbre de mai », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 23 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/arbre-mai?i=394&d=1&c=Bretagne
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