L’Argent de Zola

Date de publication : Juin 2011

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Contexte historique
La finance a pignon sur rue 

Le XIXe siècle est pour la France celui de la révolution industrielle, dont une des composantes est le développement de la finance. Ce bouleversement des structures d’une société traditionnellement agraire et artisanale va s’incarner à travers des symboles divers : dynasties industrielles (de Wendel, Schneider) ou bancaires (Rothschild), mais aussi des lieux. Lancée en 1807 par Napoléon Ier, la construction de la Bourse de Paris, le palais Brongniart, est ainsi achevée en 1825. Peintre du monde social de son époque, Émile Zola, dans le cadre de sa grande fresque des Rougon-Macquart, s’attelle en juin 1890 à l’écriture d’un roman centré sur la presse et les milieux financiers, thèmes auxquels il songe depuis plusieurs années. Il en situe l’action à la fin du Second Empire, mais ce sont bien des scandales comme le krach de l’Union Générale (1882) qui orientent son inspiration. Comme l’indique l’annonce en caractères rouges en haut de l’affiche, c’est à partir de fin novembre 1890 que ce roman, L’Argent, paraît en feuilleton dans le quotidien Gil Blas. La publicité en avait été faite dans ses colonnes le 16 novembre, ce qui permet de dater le document présenté de façon précise.
Analyse des images
Une publicité pour roman-feuilleton 

La partie supérieure de l’affiche présente le texte publicitaire : aux informations pratiques succède le titre du roman dont les lettres fantaisie suivent une légère oblique. Le nom du journal figure entre ces deux lignes rouges, dans sa typographie habituelle. 

La partie inférieure est occupée par la façade néoclassique, aux colonnades de style corinthien, du palais Brongniart. Les ombres de la trentaine de personnages allant et venant sur les marches du grand escalier évoquent l’image typique des hommes de Bourse en habit et chapeau noir, et l’arrivée d’une calèche renforce encore l’impression d’affairement. Les façades de l’édifice sont depuis 1852 ornées de statues allégoriques, visibles en arrière-plan, de l’Agriculture, de l’Industrie, du Commerce et de la Justice. C’est bien cette dernière qui est détournée au premier plan : yeux bandés mais animée, elle semble laisser pleuvoir sans discernement les pièces d’or sur les spéculateurs.
Interprétation
La société au miroir de la littérature et des medias de masse 

« Amuser les gens qui passent, leur plaire aujourd’hui et recommencer demain », telle était la devise du fondateur du Gil Blas, Auguste Dumont (1816-1885). L’affiche réalisée pour L’Argent de Zola traduit de fait la double vocation de cet organe, à la fois littéraire (il publie aussi Maupassant, par exemple) et de divertissement. Le choix artistique du romancier se combine aux options éditoriales pour faire sens dans l’histoire longue du traitement des évolutions sociales à travers la littérature. Le roman-feuilleton, initié au cours de la monarchie de Juillet par la publication des œuvres d’Eugène Sue notamment, en est au XIXe siècle le cadre privilégié. Entre 1870 et 1914, on passe de 1,5 à 5,5 millions d’exemplaires de journaux vendus quotidiennement : un média de masse existe désormais, à même d’ancrer fortement des représentations dans un lectorat toujours plus étendu.
Bibliographie
Christophe CHARLE, « Le romancier social comme quasi-sociologue entre enquête et littérature : le cas de Zola et de L’Argent », in Éveline Pinto (dir.), L’Écrivain, le savant et le philosophe, Paris, Publications de la Sorbonne, 2003, p. 31-44.
Béatrice LAVILLE (éd.), « Champ littéraire fin de siècle autour de Zola », in Modernités, n° 20, 2004.
Lise QUEFFÉLEC, Le Roman-feuilleton français au XIXe siècle, Paris, P.U.F., 1989.
Émile ZOLA, L’Argent, Paris, Gallimard, coll. « Folio-Classique », 1980, [1891], préface d’André Wurmser, édition établie et annotée par Henri Mitterand.
Pour citer cet article
François BOULOC, « L’Argent de Zola », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/argent-zola?i=1153
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