Artillerie et artilleurs dans la bataille du chemin des Dames

Date de publication : Octobre 2007

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Contexte historique

16 avril 1917 : l’offensive Nivelle

Le lieu choisi par le général Nivelle pour sa tentative de rupture du front au printemps 1917 est, si l’on peut dire, familier des guerres à travers les siècles. César y combattit les Belges, avant que les périodes du haut Moyen-âge, de la Guerre de Cent ans, de la Fronde ou encore de l’Empire y voient se succéder les combats. En 1917, les abrupts reliefs calcaires du Soissonais sont occupés par les Allemands depuis la fin de 1914. Ces derniers ont installé des positions défensives sur les pentes boisées et fortifié les galeries souterraines (« creutes ») : la position apparaît imprenable. Après une forte préparation d’artillerie qui se révélera inefficace, les combattants sont lancés à l’assaut des raidillons bien protégés, et ce malgré la boue et la mauvaise visibilité. Mais les choses ne passent pas comme l’escompte le Haut-Commandement : « les pauvres fantassins avaient pour mission en quelques heures de franchir l’Aisne, de monter la pente boisée du Chemin des Dames, de traverser les quelques kilomètres du plateau (…) le soir, on escomptait leur arrivée près de Laon ! […] A la fin de la journée, on avait avancé de cinq cents mètres au lieu des dix kilomètres prévus » (J.-B. Duroselle, La Grande Guerre des Français, p. 197). Persévérant dans l’erreur, Nivelle ordonne de poursuivre les opérations pendant trois semaines en engendrant des pertes colossales (271.000 hommes hors de combat début mai). Ces événements participent de l’éclatement des mutineries, des grèves et de la crise du moral à l’arrière.

Analyse des images

Bombarder l’ennemi : moyens matériels et humains

Avant l’entrée en lice des troupes terrestres, les lignes allemandes sur le Chemin des dames sont la cible d’une préparation d’artillerie de huit jours, visant à annihiler les défenses adverses. 5 310 canons de tous types sont alors employés sur quarante kilomètres de front, nécessitant pour leur approvisionnement l’équivalent de plus de 800 convois ferroviaires. La pièce photographiée ici est un 320 mm de fabrication Schneider, d’un poids de 160 tonnes, construit en 1870 pour la défense côtière. Ils furent reconvertis en 1916 en obusiers installés sur des châssis pour voie ferrée (« affûts-trucks »). Cette option technique est nécessitée par le poids de ces mastodontes et leur recul lors du tir. Une pièce d’un tel calibre, pouvant tirer à une cadence de un coup-minute, est servie par plusieurs hommes, dont les tâches sont diverses : manutention, mécanique, transmissions et, bien sûr, repérage et visée. De tels canons permirent à la France de combler partiellement son retard sur l’Allemagne en termes d’obusiers lourds. Jusqu’ici les dirigeants militaires français, obnubilés par les vertus de l’offensive, croyaient que les petites pièces de 75 mm suffiraient à emporter la décision. Réalisant un peu tard son aggiornamento, la France augmente considérablement ses capacités en pièces lourdes : si 308 unités sont disponibles au début de la guerre, c’est un total de 6 700 qui est produit entre 1914 et 1918, sans jamais toutefois égaler le gigantisme en la matière de la sidérurgie d’outre-Rhin, symbolisé par la « Grosse Bertha » et son tube de 35 mètres. Quelques canons du type 320 présenté seront réquisitionnés par les nazis en 1940 pour équiper le Mur de l’Atlantique, leur procurant ainsi une longévité exceptionnelle pour une arme de cette catégorie.

Interprétation

Au cœur de la guerre moderne et industrielle

Durant les conflits précédant 1914-1918, les pertes étaient aux deux tiers imputables aux armes à feu portées. La Première Guerre mondiale voit un basculement s’opérer, puisque c’est alors l’artillerie qui devient la cause de la même proportion de décès. Les hommes de l’infanterie redoutent par conséquent le feu de l’ennemi, désormais subi dans des conditions inouïes de violence, de durée et de concentration. Mais les mêmes maudissent aussi leurs propres canons, coupables de tirs mal parfois mal ajustés et meurtriers. Les artilleurs sont également vus d’un mauvais œil, car suspects d’être des « embusqués ». S’il est vrai que les pertes globales sont effectivement plus élevées dans l’infanterie, les risques pour des combattants tels que ceux visibles sur le document ne sont cependant pas nuls : repérable par avion, leur batterie peut être elle-même bombardée, ne leur laissant que de faibles chances de survie en cas de coup au but. L’essor de cette forme de combat a par ailleurs des répercussions sur la vie économique et sociale de l’arrière, où fleurissent les usines de tournage d’obus, productions dans lesquelles les femmes prennent une part notable. Le rapprochement peut être fait, et l’amertume des anciens combattants ne s’en privera pas, entre les images des parcs d’artillerie regorgeant de munitions flambant neuves, et les champs de croix qui en sont la conséquence directe. Dans le même ordre d’idées, les enrichissements réalisés au travers de cette activité ont donné lieu à des récriminations au sein de l’opinion, souvent outrée quant à la bonne fortune des « profiteurs de guerre » et des « marchands de canons ».

Bibliographie

Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.
Jean-Baptiste DUROSELLELa Grande Guerre des FrançaisParis, Perrin, 1998.
Thierry HARDIER «  »Déluge de feu et de fer ».
Les bombardements sur le Chemin des dames entre 1914 et 1918 », in Nicolas OFFENSTADT, Le Chemin des dames.
De l’événement à la mémoire
Paris, Stock, 2006, pp.
65-76.
Thierry HARDIER et Jean-François JAGIELSKICombattre et mourir pendant la Grande Guerre (1914-1925)Paris, Imago, 2001.
Rémy PORTELa mobilisation industrielle.
« Premier front » de la Grande Guerre
Paris, 14-18 éditions, 2005.

Pour citer cet article
François BOULOC, « Artillerie et artilleurs dans la bataille du chemin des Dames », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/artillerie-artilleurs-bataille-chemin-dames?i=821
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