• Attentat de la rue Saint-Nicaise à Paris contre le 1er consul, le 3 nivôse au 9 (24 décembre 1800).
  • Revue de la Garde nationale, attentat de Fieschi.

    Eugène LAMI (1800 - 1890)

  • Attentat contre la vie de S.M. l'empereur Napoléon III.

Les attentats politiques au XIXe siècle

Date de publication : Septembre 2010

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Contexte historique

La multiplication des attentats politiques

Sous l’Ancien Régime, les attentats dirigés contre les personnalités politiques existaient déjà, ainsi qu’en témoigne par exemple l’assassinat d’Henri IV par François Ravaillac en 1610. Mais c’est avec la Révolution française et l’instauration du régime de la Terreur que les actes de violence et les meurtres ciblés se multiplient et que le concept de terrorisme commence à se forger. Un nouveau tournant spectaculaire est atteint lors du grand attentat de la rue Saint-Nicaise : le 24 décembre 1800, une « machine infernale » explosa sur le passage de la voiture du Premier consul, faisant vingt-deux morts et une centaine de blessés. Au cours du XIXe siècle, le phénomène s’amplifie, sous l’influence du développement du régime d’opinion et de l’avènement des médias. Les actes de violence subversive perpétrés contre les souverains culminent alors de façon marquante dans les attentats de Fieschi contre Louis-Philippe le 29 juillet 1835 et d’Orsini contre Napoléon III le 14 janvier 1858.

Analyse des images

Une violence meurtrière

Les attentats politiques perpétrés au XIXe siècle en milieu urbain à l’aide d’engins explosifs se caractérisent par leur violence meurtrière : à la différence du régicide qui frappe uniquement sa cible, ils font de nombreuses victimes dans la population. Tel a été le cas de l’attentat de la rue Saint-Nicaise, par lequel la conjuration royaliste a voulu assassiner le Premier consul Bonaparte, au lendemain du coup d’État du 18 Brumaire, alors qu’il tentait de pacifier la révolte de la chouannerie. Ainsi que le montre cette estampe aquarellée, l’explosion a été si violente que son souffle a tout balayé sur son passage, emportant passants, cavaliers, chevaux et calèches en tous sens, arrachant ou brisant de nombreuses fenêtres. La brutalité de la scène est bien rendue à travers l’opposition entre le tracé rectiligne de la rue et des façades d’immeubles et le désordre qui y règne, ainsi que par les rehauts d’aquarelle rouge sur les vêtements des victimes.

Une même impression de violence se dégage de la toile d’Eugène Lami (1800-1890), un peintre brillant qui excella dans la représentation des scènes militaires et des événements de son temps. Elle figure l’attentat perpétré par le républicain corse Giuseppe Fieschi sur la personne de Louis-Philippe alors que le roi procédait à la revue de la garde nationale sur les Grands Boulevards le 28 juillet 1835, à l’occasion de l’anniversaire de la révolution de Juillet. Si le roi en réchappa miraculeusement, la « machine infernale », composée de vingt-cinq canons de fusils assemblés, fit néanmoins dix-huit morts et quarante-deux blessés, dont un grand nombre de gardes nationaux qui gisent à terre, au premier plan du tableau. Tandis que la foule épouvantée tente de s’enfuir, la garde se précipite au secours du roi qui parvient à conserver son sang-froid.

Il y aura un nombre de blessés encore plus grand le 14 janvier 1858 lors de l’attentat de Felice Orsini, révolutionnaire et patriote italien, contre Napoléon III auquel il reprochait d’entraver l’unité italienne : cette fois, ce sont 156 personnes qui sont touchées, dont une douzaine mourront, par les trois bombes que lancent Orsini et ses complices sur le cortège impérial devant l’Opéra de la rue Le Peletier. Cette gravure représente le moment où, les détonations ayant cessé, l’impératrice, attendue par Napoléon III, descend saine et sauve de sa voiture. Les marques de l’explosion sont visibles aux fenêtres brisées, au sol lézardé ; certains corps sont contorsionnés ; la scène est envahie de fumée et de cailloux. Comme Fieschi, Orsini fut rapidement arrêté et guillotiné.

Interprétation

Une répression brutale

Qu’ils émanent des royalistes ou des républicains, ces trois attentats dirigés contre le régime en place ont eu des suites particulièrement brutales, à la mesure des passions qu’ils déclenchèrent : le premier, qui permit à Bonaparte de consolider son pouvoir, fut immédiatement suivi d’une répression policière impitoyable contre les jacobins puis les royalistes chouans, entraînant notamment l’exécution du duc d’Enghien en 1804 après la découverte de la conjuration de Cadoudal ; quant aux deux autres attentats, ils contribuèrent à jeter l’opprobre sur les républicains qui furent poursuivis et visés par un arsenal de lois répressives. Cependant, ces lois furent loin de mettre un terme aux actes criminels perpétrés contre les personnalités d’État. Ils se poursuivent tout au long du XIXe siècle, jusqu’à atteindre leur point culminant avec la vague d’attentats anarchistes à la dynamite qui secouent la France dans les années 1890 et l’assassinat du président Carnot le 24 juin 1894 par Caserio, un immigré italien. Préfigurant le terrorisme contemporain, ces violences prirent fin vers 1900, grâce à l’application stricte des lois scélérates à l’encontre des anarchistes, mais surtout grâce à la montée du socialisme et du syndicalisme, qui offraient aux opposants la possibilité d’exprimer leur mécontentement ou leur désaccord par les voies légales.

Bibliographie

Lucas DEBRETON, Louis-Philippe et la machine infernale 1830-1835, Paris, Amiot-Dumont, 1951.
André JARDIN et André-Jean TUDESQ, La France des notables (1815-1848), Paris, Le Seuil, 1973.
Jean TULARD, Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1987.
Jean TULARD, Dictionnaire du Second Empire, Paris, Fayard, 1995.
Philippe VIGIER, La Monarchie de Juillet, Paris, P.U.F., 1982.

Pour citer cet article
Charlotte DENOËL, « Les attentats politiques au XIXe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/attentats-politiques-xixe-siecle?i=1090&d=1&a=213&id_sel=605
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