Le « bain antique »

Date de publication : Avril 2011

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Contexte historique
Une représentation néoclassique du bain antique à l’orée du Second Empire 

Élève de Jean Auguste Dominique Ingres, mais aussi influencé par Eugène Delacroix et Paul Delaroche, Théodore Chassériau (1819-1856) est vite reconnu comme l’un des plus grands peintres de son époque. Exposant dès 1836 au Salon, il opère une certaine synthèse entre l’académisme, le néoclassicisme, l’orientalisme et le romantisme, acquérant une grande renommée pour ses portraits, ses peintures de genre et ses scènes historiques. 

À cet égard, Tepidarium est sans doute son œuvre la plus célèbre et la plus caractéristique. Présentée avec un grand succès au Salon de 1853 et acquise peu après par l’État, elle figure parfaitement un genre et un style très prisés dans les débuts du Second Empire. 

Par le thème choisi et l’esthétique de la représentation, cette toile nous renseigne aussi sur une certaine vision des bains et de l’hygiène caractéristique de la « nouvelle époque », entre référence classique et modernité.
Analyse des images
Au centre était le bain 

À l’occasion d’un voyage effectué dans les années 1840, Chassériau découvre Pompéi et les vestiges des bains de Vénus Génitrix. Conçu par son auteur comme une véritable « fresque antique dérobée au mur de Pompéi », Tepidarium présente donc clairement une scène antique où de nombreuses femmes de la cité s’adonnent au plaisir des bains dans la partie des thermes où l’on peut prendre des bains tièdes (tepidus), se reposer et se sécher. 

La structure de la composition permet de saisir rapidement l’ensemble de l’œuvre. Richement décorée de peintures et de gravures murales, la haute salle du tepidarium abrite de nombreuses femmes : assises autour d’un bassin sur pieds, celles qui viennent aux bains, nues ou vêtues d’étoffes légères ; derrière elles apparaissent celles qui, debout et habillées, les servent, portant des mets ou des amphores. Au centre de la toile, une jeune femme s’étire et se sèche, tandis qu’une autre lui parle, assise.
Interprétation
La leçon antique à l’heure « moderne » du Second Empire 

L’Antiquité de Chassériau est aussi un peu orientale, évoquant aussi bien l’exotisme et la douceur d’un harem d’Afrique du Nord. Alors que l’ambiance légèrement érotique, les postures nonchalantes et sensuelles, la langueur, la blancheur et la ligne pure des corps rappellent sans équivoque Ingres et ses femmes au bain, l’usage de la couleur et la sensualité de l’ensemble doivent plus à Delacroix. 

Propre au néoclassicisme comme au romantisme qui influencent également Chassériau, ce mélange à la fois artistique et historique des références antiques et orientales est très caractéristique de la vision de l’époque. En effet, on considère alors que les usages raffinés de la civilisation romaine en matière d’hygiène se prolongent dans le monde arabe, ce que confirment à Paris les récits des riches voyageurs français de plus en plus nombreux à goûter sur place aux joies des bains. Le succès à la fois public et officiel de Tepidarium exprimerait et contribuerait alors à diffuser l’idée que l’hygiène, qui devient justement une préoccupation de santé publique sous le règne de Napoléon III, peut aussi être perçue et vécue comme un délice. Le rapport au corps et à sa propreté ainsi que la conscience naissante de la nécessité de l’hygiène prendraient alors un double visage, comme d’autres éléments de cette « modernité » du Second Empire.
Bibliographie
Alain CORBIN [dir.], Histoire du corps, vol. II « De la Révolution à la Grande Guerre », Paris, Le Seuil, coll. « L’Univers historique », 2005.
Christine PELTRE, Théodore Chassériau, Paris, Gallimard, coll. « Monographies », 2001.
Alain PLESSIS, De la fête impériale au mur des Fédérés.
1852-1871
, Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1979.
Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Le « bain antique » », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/bain-antique?hsfem=1&i=1139
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