Bains publics sur un bateau à Rouen

Date de publication : Juin 2013

Responsable des fonds iconographiques, archives départementales de Seine-Maritime

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Contexte historique

Premiers pas vers l’hygiène

Au XVIIIe siècle, les rivières restent le seul lieu de baignade pour la quasi-totalité de la population. Par souci de pudeur plus que de réel confort, des palissades clôturent l’espace réservé aux usagers, préfigurant ainsi l’installation des premiers établissements de bains. Leur ouverture est évidemment soumise à l’autorisation des autorités locales mais aussi à celle du roi.

En 1762, l’architecte rouennais Louis Gilbert présente à la Municipalité et à l’Académie des arts et belles-lettres un projet de bateau aménagé à l’usage de bains publics. Il reçoit un accueil favorable, et les édiles soulignent que « cet établissement sera très utile, même nécessaire pour l’entretien de la santé des habitants ». Par lettres patentes en date du 9 avril 1763, le roi permet à Louis Gilbert et à Marie Adrienne Bioche sa femme « d’establir sur la rivière de Seine devant la ville de Rouen et dans les endroits qui leur seront indiqués par les juges de police de la ditte ville un ou plusieurs bateaux sur lesquels ils pourront establir des bains chauds ou naturels conformément au plan attaché aux dittes lettres ».
Dans les décennies suivantes, les quais de Rouen accueilleront plusieurs bateaux de ce type. Des bateaux-lavoirs y feront également leur apparition.

Analyse des images

Un ouvrage architectural 

D’une grande simplicité, l’aménagement du bateau est toutefois décrit avec minutie. La distribution de l’espace est détaillée, les accès et les différents niveaux précisés. L’indication des ombres portées, des escaliers, de l’échelle et du sens du courant du fleuve nommé « rivière » sont caractéristiques d’un plan d’architecture. Le projet comporte des éléments d’ingénierie d’une grande modernité, une pompe permet de faire monter l’eau du fleuve qui est par la suite chauffée dans un fourneau situé dans la cale. L’usage de cette eau est clairement mis en évidence par l’emploi de la même teinte.

L’établissement accueille des hommes et des femmes, deux passerelles permettant d’accéder aux espaces qui leur sont respectivement réservés.

Interprétation

Une représentation soignée

Le droit de proposer des bains chauds n’est pas accordé fréquemment. Ce service est souvent l’exclusivité de la corporation des barbiers étuvistes. L’accord du roi fixe à trois livres le prix maximal qui pourra être exigé de chaque usager. D’une qualité exceptionnelle, le présent plan a été annexé à ces lettres patentes lors de leur enregistrement par le parlement de Normandie. Quelques décennies plus tard apparaissent sur la Seine des bateaux-écoles de natation dont les plans, plus sommaires, sont parvenus jusqu’à nous. Les archives départementales conservent également des photographies de bateaux-lavoirs qui permettaient aux lavandières de travailler dans de meilleures conditions tout en continuant de laver avec l’eau du fleuve. 

Bibliographie

· « Notes sur les Bains-douches » in Congrès des Sociétés Normandes, Scientifiques, artistiques et littéraires / Jules ROGER, Le Havre, [s. n.], 1905.

· Jean-Pierre GOUBERT, La Conquête de l’eau, Paris, Robert Laffont, 1986. 

Pour citer cet article
Catherine DEHAYS, « Bains publics sur un bateau à Rouen », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 17 Octobre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/bains-publics-bateau-rouen?i=1300
Commentaires
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vieux greement le 01/04/2014 à 12:04:58
Bonjour,
un pan d'histoire méconnu, je ne connaissais pas l'existence de ces bateaux douches. Merci pour cet article