Le baiser de l'Alsacienne

Date de publication : Septembre 2009

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Contexte historique

Durant la Première Guerre mondiale, le calendrier des Postes propose quelques scènes militaires présentant les troupes au repos (Le Repas aux avant-postes) ou des compositions mettant en valeur la modernité de l’armée française (L’Aéroplane estafette, Chasse aux avions). La guerre est traitée avec prudence, sans violence, sans scène de bataille. L’après-guerre voit fleurir les « calendriers de la victoire », dont le motif le plus fréquent est le défilé à cheval des armées françaises ou alliées sur les Champs-Elysées.

Analyse des images

C’est à cette série que se rattache Le baiser de l’Alsacienne. Le sujet retenu pour illustrer ce calendrier est l’arrivée des troupes françaises dans un village alsacien. La cavalerie défile, trompettes en tête, dans une attitude qui suggère davantage la parade qu’une scène de libération. Le village pavoisé aux couleurs de la France ne montre aucun signe d’une occupation allemande. L’Alsace présentée ici répond aux lieux communs folkloriques, l’image accumulant les stéréotypes visuels réputés définir l’identité alsacienne : les maisons à pans de bois, les sapins, la montagne suggérée à l’arrière-plan et surtout les costumes féminins. Ces derniers sont les costumes alsaciens folklorisés tels qu’on se les représentait dans les années 20, avec une notation assez précise du gilet et de la broderie au bas de la robe rouge. Sur le plan technique, l’image est imprimée en chromolithographie pure, technique complexe au prix de revient élevé, dont l’emploi pour les calendriers est plutôt caractéristique des années 1880-1900 que des années 20. Il s’agit d’un calendrier de luxe, qui tranche radicalement avec la production courante des années de guerre et de l’immédiat après-guerre. Cet emploi tardif de la chromolithographie, dans un genre où les techniques de tramage comme la quadrichromie sont déjà bien installées, constitue à lui seul une emphase du sujet représenté : la libération de l’Alsace mérite un traitement technique privilégié.

Interprétation

Le thème du baiser au soldat, lieu commun des scènes de libération, est renforcé par une partition des genres et des âges pouvant suggérer l’union d’une Alsace féminine et d’une France masculine : les soldats, sourire aux lèvres, sont des hommes jeunes auxquels leur qualité de cavaliers confère une puissance accrue. L’Alsace est représentée par des femmes, un vieillard et un enfant. La scène ne montre pas la libération de Strasbourg mais celle d’une petite commune rurale, comme en témoignent les canards au premier plan, signe de l’adhésion à la France de l’Alsace tout entière.

Animations
Le baiser de l'Alsacienne
Bibliographie

Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.
Jean-Marie MAYEUR « Une mémoire frontière : l’Alsace » in Pierre Nora (Dir) Les Lieux de Mémoire Paris, gallimard réed. coll. « Quarto », 1997.
Jean-Claude RICHEZ et Alfred WAHL La vie quotidienne en Alsace entre France et Allemagne Paris, Hachette, 1993.

Pour citer cet article
Frédéric MAGUET, « Le baiser de l'Alsacienne », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/baiser-alsacienne?i=396&hspgm=1
Commentaires
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Charlie le 26/12/2012 à 09:12:56
Bonjour,

Le commentaire du baiser de l'Alsacienne est très intéressant et de grande qualité mais l'animation mise en ligne est défectueuse car il y a une juxtaposition du calendrier en grand format qui ne permet pas de profiter pleinement de l'iconographie de cette image.
Je vous remercie d'y remédier pour apprécier le commentaire.

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