La bataille d’Eylau

Auteur : Robert FOHR

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Contexte historique

Après la création de la Confédération du Rhin (12 juillet 1806) qui réunit seize princes allemands sous la présidence de Murat, grand-duc de Berg, archichancelier de l’Empire, et la dissolution du Saint-Empire romain germanique, l’empereur se trouva confronté à un ultimatum de la Prusse (1er octobre) et à une quatrième coalition des puissances étrangères qui réunit l’Angleterre, la Prusse, la Russie et la Suède.

La « marche vers l’Est », jalonnée de victoires – batailles d’Iéna et d’Auerstaedt (14 octobre), prise de Berlin (25 octobre), armistice franco-prussien (9 novembre), prise de Varsovie (28 décembre), bataille d’Eylau (8 février 1807), armistice franco-suédois (18 avril), capitulation de Dantzig (26 mai), bataille de Friedland (14 juin), armistice franco-russe (21 juin) –, s’achève par la paix de Tilsit (7 juillet).

Analyse des images

Le sujet du tableau avait fait l’objet, malgré la réticence des artistes pour ce genre d’exercice, d’un concours lancé en mars-avril 1807 par Dominique Vivant Denon, directeur du musée du Louvre, sur l’ordre de l’empereur.

Denon rédigea pour les concurrents une notice détaillée accompagnée d’un croquis numéroté qui précisait le point d’observation, les éléments du paysage, la position des armées, la place, les attitudes et les costumes des différents personnages. Ce programme iconographique, en vérité trop riche pour tenir en un seul tableau, éclaire parfaitement les intentions qui présidaient à cette commande officielle. Il s’agissait de représenter « le lendemain d’Eylau, et le moment où l’Empereur visitant le champ de bataille vient porter indistinctement des secours et des consolations aux honorables victimes des combats ».

La notice de Denon, si elle évoque bien un « vaste champ de carnage », escamote en fait complètement les lourdes pertes françaises (notamment celles d’Augereau) et ne désigne explicitement que les corps ensanglantés des Russes. Il convenait en revanche de mettre en valeur la magnanimité et la compassion de l’empereur, représenté entouré de ses généraux, s’inquiétant des soins médicaux apportés aux blessés – ce qui ne constituait pas réellement pour lui une priorité –, et suscitant ainsi la gratitude et le dévouement des soldats, même vaincus.

Interprétation

Le projet de Gros, qui respectait dans ses grandes lignes le programme de Denon, fut choisi parmi les vingt-six esquisses remises le 15 mai 1807 au musée Napoléon.

La beauté du paysage enneigé à l’arrière-plan, le réalisme sans concession avec lequel sont traitées les victimes du premier plan, identifiables pour la plupart avec des soldats russes, la noblesse de l’attitude du jeune hussard lituanien jurant fidélité à l’empereur (figure prévue dans le programme de Denon), la majestueuse bonté dont est empreinte la figure de Napoléon, sont autant de traits qui distinguent cet exceptionnel morceau de propagande, conçu dès l’origine comme un pendant aux Pestiférés de Jaffa dont il reprend la thématique de la compassion souveraine.

Bibliographie

André CHASTEL, L’Art français, t. 4, Le Temps de l’éloquence 1775-1825, Paris, Flammarion, 2000.

Roger DUFRAISSE, Michel KERAUTRET, La France napoléonienne. Aspects extérieurs, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1999.

Annie JOURDAN, Napoléon, héros, imperator, mécène, Aubier, 1998.

Jean TULARD (dir.), Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1987 nouv. éd., 1999.

Jean TULARD (dir.), L’Histoire de Napoléon par la peinture, Paris, Belfond, 1991.

COLLECTIF, De David à Delacroix, catalogue de l’exposition au Grand Palais, Paris, Grand Palais, 1974-1975.

Pour citer cet article
Robert FOHR, « La bataille d’Eylau », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/bataille-eylau?i=62&d=1&a=41
Commentaires
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mayou le 12/06/2014 à 06:06:04
j'aime beauoup ce site, où tout est très bien expliqué ça ma beaucoup aidée pour une étude de tableau.
merci beaucoup
Lepic le 01/03/2012 à 07:03:33
Attention à ne pas tomber dans un excès de déshumanisation : "Il convenait en revanche de mettre en valeur la magnanimité et la compassion de l’Empereur, représenté entouré de ses généraux, s’inquiétant des soins médicaux apportés aux blessés – ce qui ne constituait pas réellement pour lui une priorité ". Napoléon fut très marqué par l'importance des pertes ainsi qu'il l'écrit dans une lettre à Joséphine écrite le 8 février à 3 heure du matin : "Mon amie la victoire m'est restée mais j'ai perdu bien du monde. La perte de l'ennemi plus grande encore ne me console pas.".Napoléon veilla personnellemnt à l'évacuation des blessés ainsi qu'en témoigne ses lettres adressés à Dau intendant de la Grande Armée pour l'accueil des blessés. Même s'il a veillé à assurer laa promotion de sa gloire par plusieurs écrits il fut très attristé par la perte de ses nombreux compagnons d'armes.