La bataille d'Iéna

Date de publication : Octobre 2006

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Contexte historique

Dès son accession au trône, conseillé par l’historien-ministre François Guizot (1787-1874), Louis-Philippe décide de transformer le château de Versailles en un musée dédié « à toutes les gloires de la France ». La conception de la galerie des Batailles, qui reprend les victoires militaires marquantes de l’histoire de France depuis la bataille de Tolbiac (496), s’inscrit parfaitement dans ce projet. La Révolution et l’Empire, que la Restauration avait escamotés, y sont réhabilités comme des pages de l’histoire nationale. Trente-trois toiles sont rassemblées dans la nouvelle galerie aménagée au premier étage de l’aile du Midi et inaugurée en 1837. Excepté quatre d’entre elles, ces toiles ont fait l’objet d’une commande dans laquelle figurent les trois tableaux réalisés par Horace Vernet (1789-1863), un des peintres favoris de Louis-Philippe, qui clôturent le parcours avec les batailles de Wagram (6 juillet 1809), de Friedland (14 juin 1807) et d’Iéna (14 octobre 1806).

Analyse des images

Le 26 août 1806, la quatrième coalition, constituée de la Prusse, de la Russie et de l’Angleterre, lance un ultimatum à Napoléon et exige le retour des troupes françaises au-delà du Rhin. L’Empereur réagit immédiatement et écrase l’armée prussienne à Iéna (14 octobre) puis entre dans Berlin en triomphateur (27 octobre).

Ce tableau n’illustre pas la bataille d’Iéna, mais une anecdote racontée dans le Bulletin de la Grande Armée. Napoléon, entouré de Berthier (à gauche de l’Empereur) et de Murat (en pelisse rouge galonnée d’or), passe au galop devant les rangs de la garde impériale à pied. Laissée inactive, celle-ci ronge son frein quand un jeune grenadier impétueux (à droite) s’écrie « En avant ». Furieux, l’Empereur, le visage fermé, freine son cheval et se retourne pour morigéner l’insolent : « Qu’est-ce ? Ce ne peut être qu’un jeune homme qui n’a pas de barbe qui peut vouloir préjuger ce que je dois faire ; qu’il attende qu’il ait commandé dans trente batailles rangées avant de prétendre me donner des avis. »

Rien ne permet d’identifier Iéna dans cette scène : le décor est des plus neutres, et aucun élément topographique ne rappelle le site de la bataille. Seuls les deux tiers gauches du tableau suggèrent les combats : rassemblements de troupes, fumées d’artillerie, fougue et nervosité des chevaux. Le tiers droit, où sont alignés les grenadiers à pied de la garde impériale, illustre la discipline militaire et l’obéissance indéfectible au chef que vient seule troubler l’impétuosité d’une jeune recrue.

Interprétation

Le souci d’unification des héritages de l’Ancien Régime et de la Révolution, le regain de l’engouement pour l’Empereur, mais également une indéniable admiration pour ses qualités militaires et politiques, sont les points que la monarchie de Juillet perpétue et entretient. Le souvenir impérial sera matérialisé durant le règne par le replacement de la statue de Napoléon au sommet de la colonne Vendôme (28 juillet 1833), par l’inauguration de l’Arc de triomphe (1836) et, point culminant, par le retour des cendres aux Invalides (15 décembre 1840).

Dans un souci de cohésion sociale, Louis-Philippe cherche à fonder historiquement son règne dans la continuité de toutes les gloires de la France, et l’Empereur y trouve bien évidemment sa place. Toutefois, dans la Bataille d'Iéna. 14 octobre 1806, comme dans les deux autres tableaux de Vernet (Bataille de Friedland.14 juin 1807 et Bataille de Wagram.6 juillet 1809), les combats sont gommés et remplacés par des événements anecdotiques. Placée au centre, la figure de Napoléon illustre le chef militaire et le tacticien de génie, dédaigneux du danger, froid et déterminé, mais aussi indifférent à ses hommes. L’enthousiasme aveugle des soldats suivant l’Empereur sur les champs de bataille est bien représenté, mais la froideur du regard et la réprimande cinglante de l’Empereur marquent une distance hautaine envers la troupe. Le tableau de Vernet est de ce fait très éloigné des estampes de Raffet (« Mon Empereur, c’est la plus cuite ») ou de Charlet (« On ne passe pas ! »), qui mettent l’accent sur la popularité de l’Empereur et sur les liens empreints de simplicité et de bonhomie qui l’unissent à ses soldats. Tableaux officiels, les œuvres commandées par Louis-Philippe insistent en revanche sur les qualités purement militaires et stratégiques de l’emblématique homme de pouvoir ; la légitimité populaire, comme l’affection des masses pour le « petit caporal », sont de ce fait volontairement niées.

Bibliographie

Claire CONSTANS, Les Peintures du musée national du Château de Versailles, Paris, RMN, 1995.
Claire CONSTANS, Versailles.
La galerie des Batailles
, Beyrouth, Éditions Khayat, 1981.
Thomas W.
GAEHTGENS, Versailles, de la résidence royale au musée historique.
La galerie des Batailles et le musée historique de Louis-Philippe
, Paris, Albin Michel, 1984.
Alain PIGEARD, Les Campagnes napoléoniennes : 1796-1815, Entremont-le-Vieux, Éditions Quatuor, 1998.
Emmanuel de WARESQUIEL, « La figure de Napoléon dans la bataille à travers trois générations de peintres, de Gérard à Meissonier », in Cahiers du C.E.H.D. n° 23, Nouvelle histoire bataille (II), Vincennes, Éditions du C.E.H.D., 2004.

Pour citer cet article
Delphine DUBOIS, « La bataille d'Iéna », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/bataille-iena?i=731&d=1&c=Grande%20Armee
Commentaires
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miss 96 le 30/12/2013 à 05:12:06
meri pour votre desccription je vais avoir une bonne note grace a vous en histoire des arts

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