• Bracelet d'après James Pradier.

    François-Désiré FROMENT-MEURICE (1802 - 1855)

  • Médaillon chaîne : "cheveux de Madame la Maréchale, Duchesse d'Istrie, 2 juin 1840".

    ANONYME

  • Bague composée de cheveux tressés.

    ANONYME

Bijou romantique

Date de publication : Mars 2008

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Contexte historique

Après d’autres pays européens comme l’Angleterre, le romantisme s’épanouit en France avec la décennie 1820. Le mouvement culturel le plus important du XIXe siècle « privilégie le cœur au détriment de la raison », en réaction au classicisme. Il entraîne une révolution esthétique profonde, porteuse à la fois de nostalgie du passé et de vision de l’avenir contestatrice. Il bouleverse la littérature, l’architecture et les arts décoratifs. Son influence en bijouterie est déterminante.
Les bijoux romantiques en faveur à partir de 1820 marquent une rupture esthétique d’avec ceux du Premier empire, en renouvelant et en multipliant leurs sources d’inspiration. Une bonne part d’entre eux appartient au style sentimental, qu’ils renouvellent totalement. Ils se caractérisent par l’attrait pour le pittoresque et l’exacerbation des sentiments.
Un homme en particulier incarne le romantisme dans les domaines de la bijouterie et de l’orfèvrerie, François Désiré Froment-Meurice (1802-1855). Henri Vever le présente comme « l’orfèvre par excellence » et affirme de ses œuvres inspirées de la Renaissance française et italienne qu’elles « sont le point de départ de tout ce qui se fabrique dans le genre. La qualité et le fini de ses bijoux historicistes et naturalistes sont considérés comme les meilleurs. » L’admiration de ses pairs - François-Désiré Froment-Meurice reçoit deux médailles d’argent à l’Exposition nationale de 1839, la médaille d’or en 1844 et la grande médaille de la première Exposition universelle en 1851 à Londres – se double de celle de l’élite de son temps. Le comte de Rambuteau, préfet de Paris, rétablit pour lui en 1839 le titre d’Orfèvre joaillier de la Ville de Paris, qui avait été supprimé par la Révolution française. Théophile Gautier voit en lui un nouveau Benvenuto Cellini, Victor Hugo lui dédie en 1841 un poème dans les Contemplations.

Analyse des images

Le bracelet en argent et en métal doré, orné d’émaux et d’opales, composé d’après James Pradier, peintre et sculpteur (1790-1852), relève autant de l’orfèvrerie que de la bijouterie. Outre qu’il est signé Froment-Meurice, il présente un double intérêt : son esthétique et sa fonction. Sa forme est typique du romantisme classique, avec une sculpture très prononcée, aux motifs à la fois féminins et inspirés de la nature. Il présente à son sommet un minuscule coffret ouvrant, à l’intérieur ouvragé et à l’extérieur émaillé. Destiné sans doute à recevoir des mèches de cheveux, ce coffret donne au bracelet une fonction apparentée à celle des médaillons ouvrants. Ce genre de médaillon, qui permet de porter sur soi le portrait ou une mèche de cheveux d’un proche, bijou sentimental par excellence, connaît tout au long du XIXe siècle un succès jamais démenti.
La bague de cheveux tressés, non signée, cerclée et doublée d’argent ou de vermeil, délicatement ouvragée, date des années 1830-1850. Elle présente un travail très fin et soigné, alors que le médaillon de la duchesse d’Istrie paraît plus dépouillé. Celui-ci, daté de 1840, est composé de matériaux assez rares (or, nacre, lapis-lazuli et soie à l’intérieur du médaillon contenant les cheveux) mais sa façon est extrêmement simple et dépourvue d’ornements. La fabrication de bijoux avec des cheveux, pour perpétuer le souvenir d’un défunt ou montrer son affection pour un vivant, caractérise parfaitement les formes paroxystiques du courant sentimental du XIXe siècle.

Interprétation

Ces modèles, qui appartiennent à la première moitié et au milieu du XIXe siècle, ne montrent que partiellement les manifestations du sentimentalisme en bijouterie. Les bijoux commémoratifs ornés de prénoms, de dates, d’initiales sont innombrables. L’engouement est aussi grand pour les bijoux formant acrostiches : les initiales des pierres serties dans un bracelet forment un mot ou une devise. Le musée de la vie romantique à Paris a exposé des bracelets de ce genre ayant appartenu à George Sand.
Le courant sentimental inspire également des bijoux très symboliques, qui s’ornent de motifs de cadenas, de mains croisées, de colombes qui signifient gages d’amour, de myosotis pour la pensée, d’ancres, de lierre et de serpents pour la fidélité, de croix pour l’espoir, de cœurs pour la charité.
Ces parures sentimentales destinées aux femmes dans leur presque totalité correspondent aux stéréotypes féminins de la jeune fille pudique, de la femme réservée, de la veuve éplorée. Celle-ci ne peut, pendant la période du « grand deuil », porter que de la bijouterie noire, dite bijouterie de deuil et faite de bois, d’acier, de jais ou de verre teinté. Ces bijoux de deuil comportent des motifs de serpent, de flambeau éteint, de croix, des inscriptions comme « memoriam aeternam ». Ces ornements reflètent tant la mentalité du XIXe siècle qu’ils disparaissent avec lui et tombent dans l’oubli au XXe siècle.

Bibliographie

Henri VEVERLa bijouterie française au XIXe siècle 1800-1900Paris, H.
Fleury, 1906-1908.
Sociétés & Représentations(n° 20, 2005) « Puissances du gothique »

Pour citer cet article
Jacqueline VIRUEGA, « Bijou romantique », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/bijou-romantique?i=857&id_sel=1557&album=17376&from=album
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