• Clef de montre en pendeloque.

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  • Couple.

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Bijou utilitaire

Date de publication : Mars 2008

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Contexte historique

La spécialité bijoutière de la chaîne ne cesse de croître tout au long du XIXe siècle, notamment sous le second Empire. Les chaînes d’or ou d’argent s’utilisent en colliers ou en bracelets mais surtout en supports de montre. Le bracelet-montre n’existe qu’à titre expérimental et son essor ne date que du XXe siècle. La montre du XIXe siècle se porte accrochée à une chaîne, un ornement utile par définition, destiné à la fois aux hommes et aux femmes. La clientèle est nombreuse et variée, la chaîne se développant à tous les niveaux de qualité, du luxe (ornée de perles et de diamants) au très bon marché (en acier, en métal doré) en passant par la chaîne fine (en or ou en argent massif). S’adaptant à tous les niveaux de fortune, elle correspond aussi à tous les goûts, car les formes et les modèles se renouvellent en permanence.
L’engouement du public ne se dément pas sur les marchés d’exportation. L’enquête sur la Fabrique de Paris organisée en 1860 par la Chambre de commerce (Chambre de commerce de Paris, Statistique de l’industrie à Paris, 1864) fait état des principaux genres de chaînes exportées : châtelaines (chaînes de montre très ouvragées, ornée de motifs) chaînes de gilet, bracelets de fantaisie ou de joaillerie, objets qui s’accrochent aux chaînes : groupes, breloques, clés, cachets…
Les chaînistes emploient des méthodes semi-industrielles pour obtenir de la petite série. Les plus renommés d’entre eux, Jules Moche ou la maison Gross, Langoulant et Cie manifestent, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, un constant souci d’innovation technique. Auguste Lion (1830-1895), installé rue des Archives à Paris en 1855, dépose de nombreux brevets d’invention et de perfectionnement. L’une de ses innovations, citée dans le rapport de l’Exposition universelle de Vienne de 1873, consiste en « spirales continues dont chaque spire s’emboîte sans soudure dans la précédente. L’ensemble forme des colliers souples qui ressemblent à des serpents aplatis, dont on fait des colliers et des bracelets très pratiques ».

Analyse des images

La première image montre un des objets destinés à être suspendus à une chaîne de montre et que vendent en quantité les bijoutiers chaînistes. Cette clé de montre de taille conséquente (4 sur 6 cm) fabriquée en or au milieu du XIXe siècle témoigne d’un certain raffinement. Les matières choisies : topaze, citrine, verre de couleur…s’harmonisent en teintes jaunes assorties à celle du métal, sculpté d’après des motifs de cornes d’abondance.
La deuxième image, le portrait photographique d’un couple anonyme, très traditionnel, date de la deuxième moitié du XIXe siècle. La jeune femme porte de manière visible un des meilleurs spécimens de l’industrie de la chaîne, une Léontine. Cet ornement « tient le milieu entre le collier et le crochet de ceinture » explique Henri Vever. La montre est suspendue par un coulant à une grande chaîne accrochée au décolleté par une petite broche. La Léontine sert à la fois de collier, de porte-montre et de crochet de ceinture.

Interprétation

Ces deux modèles de « bijoux utiles » relèvent de ce qu’on nomme au XIXe siècle la bijouterie fine, segment de gamme de bijouterie qui privilégie le travail du métal et emploie des matières relativement précieuses. La Léontine est faite d’un cordon d’or souple ; la clé de montre, également en or, est ornée de pierres semi-précieuses.
Leurs possesseurs devaient donc bénéficier d’un certain niveau de vie et appartenir à la bourgeoisie. Ce genre utilitaire de bijoux est d’ailleurs tout à fait conforme à l'imagerie un peu stéréotypée des bourgeoisies moyennes du XIXe siècle, qui privilégient les valeurs du travail et de la rigueur. La très grande bourgeoisie française préfère, dès que sa fortune le lui permet, un mode de vie ostentatoire dans la lignée du modèle aristocratique de l’Ancien régime.
L’industrie de la chaîne ne se cantonne pas à la gamme de modèles présentés ici. La loi de 1884 libéralisant la fabrication des bijoux d’exportation représente pour les chaînistes une impulsion supplémentaire. Leur réussite se remarque surtout lors de l’Exposition universelle de 1900. Les rapporteurs notent que ces fabricants ont su garder « une production de qualité tout en offrant de la chaîne d’or à bas titre (14 carats, 12 carats et 9 carats) d’un fini irréprochable et d’une variété immense » tandis que « les chaînes les plus nombreuses, bon marché, se fabriquent en argent ». (Rapports du jury international à l’exposition universelle de 1900, 1901). La bijouterie du XIXe siècle a su s’adapter remarquablement à ces clientèles hétérogènes, avec une offre d’ornements correspondant aux moyens et au style de vie de chacune.

Bibliographie

Henri VEVERLa bijouterie française au XIXe siècle 1800-1900Paris, H.
Fleury, 1906-1908.
Sociétés & Représentations(n° 20, 2005) « Puissances du gothique »

Pour citer cet article
Jacqueline VIRUEGA, « Bijou utilitaire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/bijou-utilitaire?i=859&d=31&c=bourgeoisie&id_sel=1563
Commentaires
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claudealfred le 16/07/2011 à 02:07:03
Félicitations à Madame Jacqueline Viruega pour ce travail de recherche exceptionnel,je suis amateur de montres anciennes,et je recherche une "léontine"pas évident !MERCI
claude carpentier